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Répression sanglante au Sénégal : les manifestants dénoncent la complicité de la France

Depuis l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko, un vaste mouvement de contestation porté par la jeunesse déferle sur le Sénégal. Réprimés par des tirs à balles réelles, faisant plusieurs morts, les manifestants dénoncent des grenades « made in France » et s’en prennent aux symboles de l’impérialisme français.

vendredi 5 mars

Souvent présenté comme l’un des pays les plus stables de l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal vit ces derniers jours au rythme d’une révolte populaire massive. En effet, le 3 mars dernier, Ousmane Sonko, l’un des principaux opposants au président actuel, Macky Sall, a été arrêté pour “troubles à l’ordre public”. Il se rendait alors au tribunal accompagné de soutiens, pour se défendre des accusations de viols qui pesaient sur lui.
L’événement a déclenché une vague de protestations et de révoltes massives dans tout le pays. L’opposition, comme les manifestants, dénonce un coup monté visant à écarter Sonko de la course à la présidentielle de 2024. Face aux manifestants, l’État a répondu par une répression sanguinaire et tire à balles réelles sur la foule, faisant officiellement un premier mort jeudi, mais dont le bilan pourrait en réalité être beaucoup plus lourd.

Une répression féroce donc, condamné par Amnesty International, qui dénonce la détention arbitraire de Ousmane Sonko, l’enrôlement “d’individus armés de gourdins” au côté de la police pour réprimer, les tirs dans la foule, mais également la censure. En effet, les accès aux réseaux sociaux ont été restreints et plusieurs chaînes de télévision ont été suspendues, accusées de faire la promotion « d’images de violences », ce qui a amené les manifestants à s’en prendre aux locaux de chaînes affiliées au pouvoir.

L’impérialisme français dans le viseur des manifestants

Pour l’heure, Emmanuel Macron n’a toujours pas réagi aux événements actuels au Sénégal. Un silence qui s’accompagne d’une couverture pour le moins partielle des grands médias français, relevant tout juste que certaines enseignes françaises ont été prises pour cible, sans plus de détail. Pourtant, il est clair que les symboles de la France au Sénégal sont particulièrement visés.

Total, Auchan, Carrefour et bien d’autres enseignes sont prises d’assaut par les manifestants, qui dénoncent la mainmise néo-coloniale de la France au Sénégal. C’est une partie intégrante des revendications de ce mouvement qui aspire à plus de démocratie, alors que le président Sall, qui réprime et emprisonne ses opposants politiques, a toujours été soutenu par la France, tout au long de son mandat. En Août 2020, le président sénégalais été même reçu en grande pompe à l’Elysée, dans le cadre d’une rencontre traitant de la situation au Sahel et au Mali « où la France appuie les efforts en cours de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en vue d’une transition pacifique et d’un retour à un pouvoir civil »selon les mots de l’Élysée. L’occasion, aussi, d’évoquer de grands dossiers de la relation bilatérale à la suite de la visite d’Emmanuel Macron au Sénégal en février 2018. Parmi eux figurent le chantier du TER de Dakar et le campus franco-sénégalais », pour reprendre les mots de TV5 Monde.

Mais la contestation des manifestants ne s’arrête pas seulement à la prise d’assaut des enseignes françaises. En effet, l’impérialisme français est largement accusé d’avoir fourni au pouvoir en place des équipements de répression. Ainsi, des mises en garde sur Twitter fleurissent, notamment vis-à-vis des grenades de désencerclement qui ont, visiblement, mutilé nombre de manifestants. Ces même grenades utilisées en masse contre les mouvements sociaux en France, et qui aujourd’hui servent à mater la révolte des sénégalais.

À ce titre, on comprend mieux le silence radio des médias français et de Macron, quand il voit l’un de ses principaux alliés en Afrique de l’Ouest mis en difficulté face à une révolte populaire qui pointe du doigt les conséquences de l’impérialisme français et sa responsabilité directe dans la violence de la répression par l’État sénégalais.

Alors que des milliers de sénégalais agitent le mot d’ordre « France hors du Sénégal », la jeunesse, les travailleurs et les classes populaires de l’hexagone doivent afficher tout leur soutien à la révolte en cours. Face à l’impérialisme, nous nous devons d’exiger dans la rue et par l’action, le retrait des troupes françaises présentes d’Afrique, l’arrêt d’exportation d’armes et d’outils de répression et l’expropriation et la mise sous contrôle des travailleurs sénégalais des grandes entreprises françaises qui pillent les ressources du pays.




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