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Les populistes qui dénoncent l’UE piochent dans les caisses

République Tchèque. 250 000 personnes défilent pour réclamer la tête du 1er ministre populiste

C’est la plus grosse manifestation depuis 1989. 250 000 personnes ont défilé pour réclamer la démission du Premier ministre populiste Andrej Babis et de la ministre de la justice Marie Benesova. Babis est accusé d’avoir détourné des fonds européens à hauteur de 2 millions d’euros.

lundi 24 juin

Crédit photo : Michal Cizek

Ils étaient 250 000 à se masser dans le parc de Letna, lieu hautement symbolique en République Tchèque. C’est la plus grosse manifestation depuis la révolution de velours de 1989. Le Premier ministre populiste Andrej Babis est soupçonné de fraude aux subventions européennes. Depuis le mois de mai des manifestations ont lieu pour exiger sa démission. Il n’y a pas que sa tête qui est réclamée. La ministre de la justice Marie Benesova est également dans la tourmente. Proche du Premier ministre, elle est accusée de vouloir freiner les poursuites judiciaires. Elle a été nommé en avril dernier après la démission de son prédécesseur suite à « une recommandation émise par la police de mettre en accusation Andrej Babis », selon Le Monde.

Les populistes qui dénoncent l’UE piochent dans les caisses

Babis, fondateur du groupe agroalimentaire Agrofert, est au centre de plusieurs affaires. Il est accusé d’ « avoir artificiellement saucissonné, en 2007-2008, un projet hôtelier de son conglomérat dans l’unique but de bénéficier d’une aide européenne de 2 millions d’euros ». De plus, il est accusé d’être en conflit d’intérêts. En effet, il a annoncé en 2017 avoir renoncé à jouer un rôle dans sa société Agrofert, mais il semblerait qu’il continue à percevoir des revenus dans l’entreprise via des « fonds fiduciaires contrôlés entre autres par son épouse » d’après France24. RFI explique que pour ce conflit d’intérêts, Bruxelles réclamerait 17,4 millions d’euros à la République Tchèque.
Considéré comme le Donald Trump tchèque Babis est en grande difficulté. Si son parti ANO a remporté les élections européennes, ces scandales font tache d’huile pour cette formation de l’ALDE. Son parti créé en 2011 a un programme populiste avec une campagne contre la corruption et lutte contre la classe politique affairiste. Autrement dit, il n’est que l’exemple même de ce que son parti devait combattre.

On constate donc que le populisme loin d’être la solution au système politique actuelle n’en est que le prolongement. Andrej Babis, qui refuse de démissionner, a été nommé par le président Milos Zeman, pro-russe et chinois anti-migrant. Il a pu former son gouvernement avec l’aide des partis traditionnels tchèques tels les sociaux-démocrates du CSSD, et a obtenu la confiance du Parlement grâce au soutien du parti communiste, KSCM.

Les libéraux de l’ODS qui sont de retour au premier rang après la claque de 2013 (ils avaient fini 5ème aux législatives), sont en embuscade derrière la mobilisation organisée par l’ONG Million de moments pour la démocratie. Ils tentent en effet de récupérer la colère en brandissant la menace de faire de la République tchèque une nouvelle Hongrie ou Pologne.

Si les manifestants suivent la direction du mouvement, on peut se questionner sur le débouché politique. Au lieu d’appeler à une date le lendemain et de mettre la pression par la grève, il a été décidé d’attendre le 16 novembre prochain (pour les 30 ans de la révolution de Velours) pour faire un autre rassemblement. Si les organisateurs ont expliqué qu’il pourrait y avoir d’autres dates, d’ici là aucune n’est fixée. Pour pousser un Premier ministre qui a raflé 30 % des voix aux Européennes, il faudra passer à la vitesse supérieure.




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