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Réquisitions, prestataires privés, GAV, armée… tous les moyens sont bons pour briser la grève des éboueurs

En raison d’une grève dans le secteur de gestion des déchets, le ramassage et les incinérateurs, les poubelles s’accumulent dans les rues. Sur décision des préfecture en Île-de-France et à Marseille, les éboueurs ont été contraints à reprendre le travail par des réquisitions, alors qu’ils sont en grève. Des mesures répressives, comme on a vu à la SNCF et la RATP ou encore dans l’Énergie, pour tenter de mettre un terme à la détermination des grévistes.

samedi 8 février

Jeudi, à Marseille, le préfet signe un arrêté pour réquisitionner des agents de propreté en grève, à la demande de la métropole qui a invoqué 3000 tonnes d’ordures dans les rues. En cause, la contestation contre la réforme des retraites qui a aujourd’hui été rejointe par les éboueurs de Paris et Marseille notamment, mais aussi par la mise à l’arrêt depuis le 23 janvier de trois usines de traitement des déchets d’Île-de-France. 
Un éboueur à Paris en grève depuis le 5, [à qui nous avons donné la parole sur Révolution Permanente raconte dans notre interview que chez les éboueurs, tout est mis en place pour empêcher qu’ils se mobilisent : « Au niveau de la mobilisation ça a été dur au niveau des éboueurs parce qu’un arrondissement sur deux a été privatisé en 2006, suite à un fort mouvement de grève, pour limiter la mobilisation. Du coup, pour les travailleurs, ça semble peine perdue de lutter, car tout ce qu’on ne ramasse pas c’est ramassé par le privé quelques heures plus tard. Du côté du privé, ils ont un préavis, mais il y a peu de syndicats et la plupart des travailleurs ne sont même pas au courant qu’ils peuvent faire grève, sans compter la répression utilisée par la hiérarchie qui fait beaucoup flipper les mecs, qui n’osent même pas refuser les heures supplémentaires. »
Après une action de blocage des TIRU [incinérateurs] d’Ivry et de Saint-Ouen le 15 janvier, la grève a été votée dans le secteur, et cela a acté l’arrêt des fours de trois incinérateurs franciliens. « Normalement, toutes les TIRU ont aussi des centres de stockage pour vider les bennes… sauf qu’à un moment, les grévistes ont commencé à bloquer les camions pour empêcher de vider ! C’est là que ça a commencé à s’entasser un peu dans les rues, et ce même s’ils continuaient à déposer à la TIRU de Romainville, qui est juste un lieu de stockage (sans incinérateur). »

Mairies et préfectures usent de tous les moyens pour briser la grève

La réforme des retraites en cours attaque tous les travailleurs, et les éboueurs ne sont pas épargnés. C’est la reconnaissance de la pénibilité de leur travail qui est menacée alors que l’espérance de vie d’un éboueur est de 7 ans inférieure à la moyenne nationale. Les préfectures hurlent à propos des risques liés à l’insalubrité des rues, masquant le fait qu’elles nient celles d’un travail qui use les corps et qui mériterait davantage de protection encore comme de nombreuses professions usantes et dangereuses. 
 
Si l’efficacité d’une grève peut souvent se mesurer au degré d’hostilité des médias et pouvoirs en place, on en voit l’illustration à Marseille, où les 3000 tonnes de déchets qui s’amoncellent dans les rues font la une dans les journaux. C’est leur droit de grève qui est remis en cause, avec un service minimum instauré, on a aujourd’hui affaire aux réquisitions des grévistes. Les préfets de Paris et des Bouches-du-Rhône ont ainsi réquisitionné les personnels en grève qui sont prévenus individuellement, par huissier ou par agent assermenté.
 
Alors que lundi la reconduction de l’extinction des fours était votée par les grévistes des différents incinérateurs, le Syctom a immédiatement réagi en demandant à la Préfecture de durcir la réquisition pour briser la grève : « Pour rappel, ces 3 usines (...) traitent chaque jour les déchets de 6 millions d’habitants, soit 6000 tonnes / jour". Les mesures de réquisition sont justifiées par les “risques d’accumulation d’ordures sur la voie publique ou dans les camions bennes en attente de déchargement », conduisant à une réquisition de 162 personnels depuis le début des blocages. 
 
Un des agents réquisitionnés sur le site d’Issy-les-Moulineaux interviewé sur Révolution Permanente n’en revient pas : « Je n’ai jamais vu ça en 30 ans. J’ai reçu une lettre de réquisition qui menace d’amendes et de prison ». Refuser de s’y soumettre représente en effet un délit qui est puni de six mois d’emprisonnement et de 10 000 euros d’amende, selon le gouvernement. 
 

 
C’est aussi avec des prestataires privés que les préfectures se donnent les moyens de briser la grève. À Marseille, la métropole a eu recours à 110 bennes de prestataires privés venant renforcer les réquisitions. 
 
De plus suite à l’occupation par les grévistes de deux centres de transfert des déchets, empêchant ainsi les agents d’entreprises privées, non grévistes, d’y décharger leurs bennes un autre moyen des préfectures, a été d’utiliser l’armée pour collecter les ordures. 150 militaires, des hommes de la Sécurité civile de Brignoles, dans le Var, avaient été appelés en renfort.
 
Encore ce vendredi matin, à la suite des réquisitions et de la vague de répression qui s’abat aujourd’hui sur le mouvement, au piquet de grève du garage de camions-poubelles d’Aubervilliers, la police a arrêté un délégué syndical ainsi qu’une chercheuse du CNRS venue sur le site en soutien à la grève. Un rassemblement pour demander leur libération s’est tenu devant le commissariat à partir de 10h
 
Les éboueurs sont ainsi copieusement traités comme des preneurs d’otages, et leur droit de grève est en permanence remis en cause. Sarkozy avait lui aussi eu massivement recours aux réquisitions lors du mouvement contre la précédente réforme des retraites à l’automne 2010, réquisitions dénoncées par l’Organisation internationale du travail à l’époque. Les grèves des travailleurs sont combattues farouchement et par tous les moyens par le patronat et les pouvoirs politiques. Il s’agit pourtant de l’arme la plus décisive que possèdent les travailleurs, c’est pourquoi il faut soutenir les grévistes et nous défendre, aussi férocement qu’ils nous attaquent.

Crédit photo : Emilio Guzman




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