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Politique

Racisme décomplexé de la droite

« Ressortir le Kärcher » : la rhétorique sarkozyste de Pécresse contre les quartiers populaires

Dans un entretien pour La Provence publié le 5 janvier, Valérie Pécresse a donné un ton résolument sécuritaire à sa campagne présidentielle, à l’occasion d’un déplacement dans le Sud-Est. Prise en tenaille entre les débats sur la politique sanitaire de Macron et les obsessions identitaires de Zemmour, la candidate de LR cherche à exister en ressortant les anciennes recettes de la droite sarkozyste : plus de policiers et de places en prison pour réprimer dans les quartiers populaires.

jeudi 6 janvier

Crédits photo : Pascal Guyot / AFP

Le 5 janvier, le journal La Provence a publié en ligne un entretien avec Valérie Pécresse dans lequel celle-ci a avancé des éléments de son programme sécuritaire, manifestant un zèle tout particulier à s’inscrire dans les pas de Nicolas Sarkozy.

En 2005, à la suite de la mort de Sidi-Ahmed Hammache, 11 ans, tué par deux balles perdues, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, s’était rendu à la cité des 4000 à la Courneuve. C’est au cours de ce déplacement qu’il a prononcé une petite phrase restée depuis célèbre : « Dès demain, on va nettoyer au Karcher la cité des 4 000. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu’il faudra, mais ça sera nettoyé.  »
Ainsi, lorsque Pécresse déclare à La Provence en pleine campagne présidentielle qu’elle va « ressortir le Kärcher de la cave  », la référence est assumée et la volonté de séduire un ancien électorat sarkozyste aujourd’hui éclaté est évidente.

En effet, la candidate des Républicains fait face au défi de se trouver une place à droite, entre une coalition macroniste qui se rêve comme la nouvelle « droite de gouvernement » et une extrême droite qui comptent deux candidats de poids avec Le Pen et Zemmour.

Il faut dire d’une part que LR a été peu audible dans la dernière séquence politico-médiatique focalisée sur la question sanitaire et le parcours accidenté du projet de loi prévoyant le pass vaccinal. Pécresse soutient la mesure tandis que son porte-parole Aurélien Pradié est contre et que les députés du parti étaient divisés sur la question au moment du vote. Agiter la question sécuritaire est donc un moyen pour Pécresse de tenter de recentrer le débat sur un terrain sur lequel elle se sent plus à l’aise et peut avancer un programme réactionnaire clair.

D’autre part, Pécresse entend se réclamer d’une droite dure. En premier lieu, pour s’assurer la loyauté des adhérents qui ont soutenu la candidature de Ciotti lors du congrès de décembre 2021. Ciotti s’était fait remarquer dans les débats par sa ligne identitaire et sécuritaire particulièrement dure, proposant de lutter contre le « grand remplacement » et de créer un « Guantanamo à la française », rendant floues ses délimitations avec l’extrême-droite.
Mais Pécresse veut aussi incarner une perspective crédible auprès de secteurs tentés par un vote pour Zemmour au premier tour et sait qu’elle devra pour cela jouer très à droite.

Pécresse avance des propositions qui se veulent radicales mais qui rappellent surtout la politique sécuritaire de Sarkozy, comme ministère de l’Intérieur de Chirac d’abord, puis en tant que président de la République. Elle réclame ainsi « des brigades coups de poing, incluant des moyens numériques, le fisc, mais aussi l’armée, afin de sécuriser les périmètres d’intervention  », 20 000 places de prison supplémentaires ou encore de revenir sur l’aménagement des peines courtes pour que celles-ci soient réalisées en prison.

Il s’agit d’une attaque en règle contre les quartiers populaires au sein desquels le harcèlement des jeunes par la police est déjà une réalité et la prison affecte les familles en plus de briser les individus qui y sont enfermés.




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