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Vous avez dit « pénurie » ?

Restauration : « J’ai quitté le métier à cause des salaires, des horaires et des gros cons »

Macron a annoncé lundi vouloir défiscaliser les pourboires. Depuis, les témoignages affluent pour rappeler la réalité du travail dans la restauration alors que les patrons du secteur se plaignent d’une « pénurie de main d’œuvre ».

mercredi 29 septembre

Nous relayons le thread de @Pr1nceSSConnaSS, publié sur Twitter

Je souhaitais revenir sur ce que j’ai vu et subi pendant mes 10 années dans la restauration. Vous comprendrez vite pourquoi les restaurateurs peuvent chouiner que les gens ne veulent plus bosser, ça me fait doucement ricaner. Et pourquoi défiscaliser les pourboires est une idée de merde.

La femme du patron qui vole les pourboires quand elle encaisse les additions, car elle est la seule autorisée à toucher à la caisse.
Le poste logé dans l’hôtel avec téléphone et interphone branchés dans la chambre y compris la nuit et pendant les jours off.
Le salaire déclaré à mi-temps et le reste versé au black. Ce qui impactera directement tes indemnités chômage pendant l’inter-saison ainsi que ta future retraite.
Le poste logé en dortoir limite insalubre où tu partages donc ta chambre pourrie avec deux autres salariées.
Se faire virer parce qu’on n’a pas accepté qu’un client nous pelote le cul à pleine main.
Le patron qui te demande de raccourcir ta jupe.
Les apprentis humiliés toute la journée et à qui on fait nettoyer la hotte de la cuisine à 1h du matin après un week-end de malade.
Le patron qui te jette une bouteille de ketchup en verre à la tête parce que la commande que tu viens de lui annoncer ne lui plaît pas.
Le poste nourri où tous les repas sont steak haché/purée ou jambon/pâtes. Tous. Pendant 3 mois.
Le poste où la seule boisson autorisée au personnel est l’eau du robinet et un café par jour.
Le restaurant où la moitié du personnel est formé de clandestins payés 10 balles par jour.
Les semaines de 7 jours travaillés pendant 2 mois. Et 1 seul jour de repos hebdomadaire ensuite.
Le patron qui t’engueule parce que tu as 10 minutes de retard alors que tu fais des semaines de 50 heures payées 39.
Les clients qui te considèrent à moitié comme une pute et veulent en avoir pour leur argent.
Le patron qui appelle les serveuses « les salopes », les apprentis « les tafioles » et les cuisiniers « les champions »....
Le cuisinier qui te menace avec un couteau parce que tu as accepté une table à 13h20 alors qu’on est censé accepter jusqu’à 13h15.
Le patron qui ne peut pas donner la prime promise en échange des congés hebdos non pris parce que « janvier a été moyen ». Mais change de 4x4.

J’en oublie sûrement. Et tout ça, pour des contrats en CDD... donc, de la précarité. Ce qui oblige à supporter si tu veux bouffer. Et, oui, parfois, les pourboires sont ce qui te permet de garder la tête hors de l’eau. Donc tu acceptes avec le sourire... Ne vous méprenez pas, j’ai adoré bosser en restauration. Quand on est dans une bonne équipe, c’est génial. J’ai quitté le métier à cause des salaires, des horaires et des gros cons.

Lire nos autres témoignages :

Dictature patronale dans la restauration : pourquoi les salariés ne veulent plus y travailler

Coup de gueule : « pourboires défiscalisés : une arnaque pour ne pas augmenter nos salaires ! »




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