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Monde

Deuxième vague

Résurgence du coronavirus dans le monde. Pour une stratégie sanitaire à la hauteur

Après des discours rassurants de la part des gouvernements à l'international, la deuxième vague de Covid-19 se confirme sur fond de crise économique majeure. Une catastrophe pour les classes populaires, qui doivent exiger une stratégie sanitaire conséquente.

lundi 14 septembre

Crédit photo AFP

La 2e vague prend le relai sur la 1e, 900 000 décès dans le monde

« Cela va devenir plus dur. En octobre, en novembre, on va voir une mortalité plus élevée ». Les mots du directeur de la branche européenne de l’Organisation mondiale de la santé ce lundi sont sans appel sur l’état de l’épidémie en Europe. Ils font écho aux propos du Conseil scientifique français, qui avait admis la semaine dernière un « constat d’échec » nous menant « droit dans le mur ».

En fin de semaine dernière, c’est le Premier ministre qui évoquait, suite au Conseil de défense, une « dégradation manifeste de la situation ». Une annonce qui sonne comme des aveux alors que Castex nous expliquait jusqu’alors qu’il n’y avait pas de quoi s’affoler et qu’Olivier Véran, interrogé sur la gravité de l’épidémie adoptait le discours du « oui mais non ».

Résultat, des mots inquiétants alors que la première vague du Covid-19 continue de sévir à l’international avec comme épicentre l’Amérique (Les Etats-Unis enregistrent 6,5 millions de cas et le Brésil 4,3 millions). En effet, 51 000 nouveaux cas ont été recensés en Europe par l’OMS en une journée, soit davantage que ce qui avait été observé en avril. Si les conditions de dépistage sont aujourd’hui bien plus favorables qu’il y a six mois, ces chiffres corroborent l’hypothèse d’une seconde vague venant s’entrechoquer avec la première. C’est d’ailleurs ce qu’a admis explicitement le gouvernement autrichien, alors même que le pays est, proportionnellement à sa population, moins touché que la France avec 870 cas ce samedi.

Avec la crise économique, l’aggravation des conséquences de la crise sanitaire sur les classes populaires

Mais avec la crise économique sans précédent depuis 1929 et des prévisions de récession bien plus dramatique que lors de la crise de 2008, les gouvernements sont réticents à admettre une telle gravité tant il s’agir de faire redémarrer sur le long terme une économie en crise. C’est ainsi que, malgré les clusters dans les écoles, Elizabeth Borne expliquait le 4 septembre que les établissements devaient rester ouverts pour laisser les parents travailler. De l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’Argentine qui rouvre les bars et restaurants avant même d’avoir atteint le pic épidémique pour relancer l’économie alors que les hôpitaux sont saturés à 100% dans la province pauvre de Jujuy et que les infectiologues alertent que « ce n’est pas du tout le moment de lever les restrictions ». Au même titre, la Finlande a décidé d’assouplir les mesures sanitaires pour favoriser le tourisme malgré les réticences du ministère de la santé.

Ce qui semble se profiler est donc l’exacerbation d’une logique où le profit prime sur les vies, comme l’avait insinué à ses salariés lors de la première vague, en mars dernier, le patron de Derichebourg en soufflant qu’il leur faudrait choisir entre mourir de faim ou mourir du virus. En parallèle d’une nouvelle surexposition de la population, et en particulier des classes populaires travaillant dans les secteurs essentiels pendant la crise sanitaire, le plan de relance du gouvernement va gonfler les profits du patronat sur le dos des travailleurs précarisés par les baisses de salaires, les licenciements et l’embauche sur des contrats courts. Même politique parmi les Etats européens qui ont annoncé des plans de relance similaires comme en Espagne ou en Allemagne qui ont débloqué respectivement 140 et 130 milliards d’euros.

Contre la gestion autoritaire de la crise, gratuité des masques et stratégie de dépistage

Dans les pays d’Europe où l’OMS s’inquiète d’un pic épidémique à l’automne avec 51 000 nouveaux cas en une journée, c’est encore l’impréparation et l’absence de coordination qui priment. Quand la Finlande assouplit les règles pour privilégier le tourisme, la République-Tchèque et le Portugal les renforcent. Quand la France réduit à 7 jours la quarantaine, le Royaume-Uni l’augmente à 10 jours pour les voyageurs français.

Partout, le masque obligatoire est en revanche à l’honneur, mais sans gratuité. Le coût important que cela représente pour les familles populaires pousse alors les plus précaires à réutiliser des masques par manque de moyens. En République Tchèque, premier pays européen à avoir imposé le port du masque obligatoire, « un masque respiratoire fabriqué dans l’UE coûte au maximum 175 couronnes tchèques (soit 6,45 euros) sans TVA, et il faut compter le double pour un masque fabriqué hors UE. » selon Libération. Mais dans des pays sans régulation des prix par l’Etat comme l’Allemagne, les prix peuvent varier d’un magasin à l’autre et aller jusqu’à 3€ par masque chirurgical. Un coût faramineux alors que 17% de la population européenne vit sous le seuil de pauvreté.

A défaut de gratuité, cette mesure revient donc principalement à une augmentation de la gestion policière de l’épidémie sans efficacité sanitaire. Si la France est un triste exemple de cela, c’est malheureusement la norme dans l’ensemble des pays touchés par l’épidémie. En Espagne, la vidéo d’un homme noir arrêté et violenté par la police à Bilbao qui a mis en lumière cette gestion raciste et autoritaire. Au Royaume-Uni, les contrôles de police ont augmenté de 22% avec la crise, principalement à l’encontre des populations racisées selon Amnesty International.

En parallèle, le dépistage, s’il est plus important qu’au sortir de la première vague, est néanmoins caractérisé par une gestion erratique. De fait, la saturation des centres de dépistages observée ces dernières semaines mène au surmenage du personnel en même temps qu’elle favorise les contaminations au sein même des files d’attente. Également, les délais moyens de 8 jours pour obtenir ses résultats font perdre en visibilité sur l’évolution de l’épidémie tout en rendant inefficaces les mesures de confinement suivant des résultats positifs.

Et le reconfinement privilégié par l’Etat d’Israël aux vues de l’état de reprise de l’épidémie questionne sur la capacité des gouvernements à proposer des mesures autre qu’une gestion répressive de la crise au profit du grand patronat et le confinement comme ultime recours. De fait, comme l’écrit l’ancien membre de la Direction Générale de l’Armement (DGA) Alain Dunaud dans les colonnes de L’Opinion, « nous savions [dès les années 2000] que les stratégies de confinement avaient une efficacité limitée pour stopper une épidémie émergente et qu’il était indispensable de mettre en place une stratégie cohérente de réponse, mêlant confinement, dispositifs de détection (analyse de l’air ambiant…) et d’analyse médicale (laboratoires fixes et mobiles de haute sécurité biologique), équipements de protection (médicaments, vaccins quand disponibles, masques, enceintes confinées…), chaines de décontamination, dispositifs de traitement, avec les hommes et les structures pour les opérer. »

De toute évidence, ces conclusions tirées de longue date ne sont pas suffisantes pour que les gouvernements parviennent à élaborer une stratégie pour lutter contre la pandémie sans hypothéquer la vie des populations. Entre la crise sanitaire et la crise économique, c’est une tornade multidimensionnelle qui risque de s’abattre si un plan de bataille à la hauteur ne vient pas confronter les plans de relance pro-patronal élaborés par les chefs d’Etat. Les leçons de la première vague, l’expérience des secteurs essentiels à la société (santé, transports, grande distribution, alimentation, services publics de l’éducation) doivent contribuer à exiger largement une stratégie de dépistage cohérente, des masques gratuits à échelle mondiale et des moyens massifs pour sauver nos vies, améliorer nos conditions de travail (maintien de l’emploi sans baisse de salaire, interdiction des licenciements et des CDD) et sauver les services publics.




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