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Politique

Rétention des notes : Macron parle de « prise d’otages », vague d’indignation sur les réseaux sociaux

Dans un entretien à France Info, Emmanuel Macron a laissé entendre qu'il était hors de question de prendre « nos enfants et leurs familles en otages » à propos des rétentions des notes du Bac décidées par les enseignants mobilisés contre la réforme Blanquer. Une formule qui passe bien mal, quelques mois après le tristement célèbre épisode des lycéens de Mantes-la-Jolie, retenus à genoux par des CRS pendant plusieurs heures et dont les images avaient choqué au début du mouvement des Gilets Jaunes.

jeudi 11 juillet

Emmanuel Macron a décidément le sens de la formule. Alors que nombre d’enseignants sont mobilisés depuis plusieurs semaines contre la réforme Blanquer, ces derniers ont décidé de ne pas rentrer certaines notes du baccalauréat dans le logiciel en fin de semaine dernière. Les grévistes ont alors vu le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer passer en force afin de donner les résultats de l’examen coûte que coûte. Quitte à remplacer les notes manquantes par celles du contrôle continu, rompant ainsi totalement avec l’équité entre les candidats.

Une décision qui a conduit à des situations ubuesques puisque les résultats donnés n’étaient alors que provisoires. Certains lycéens, d’abord recalés ont ainsi été sortis du système d’admission post-bac avant de finalement obtenir leur diplôme, mais ne sont donc plus inscrits sur les listes d’attente pour rentrer dans les formations universitaires de leur choix. On imagine la source de stress pour les jeunes et leur famille…

L’instrumentalisation de l’angoisse des candidats

C’est pourtant sur ce terrain que s’est placé le président de la Macronie, en faisant dans la demi-mesure puisqu’il s’est carrément permis de parler de « prise d’otages ». « On ne peut pas prendre nos enfants et leurs familles en otage », a-t-il ainsi lancé ce dimanche dans une interview à France Info. « Je respecte la liberté d’opinion, la liberté syndicale, mais à la fin des fins, on ne peut pas prendre nos enfants et leurs familles en otage. »

« Quand on est enseignant on a des droits mais aussi des devoirs », a poursuivi le chef de l’Etat avant d’apporter son soutien à son ministre, désireux d’en finir avec ce mouvement via sa décision d’attribuer les notes du contrôle continu. « Je pense que le ministre a eu la bonne réaction. Quand un examen est attendu avec angoisse, notre devoir à tous est d’être au rendez-vous. »

A Mantes-la-Jolie, qui a pris qui en otage ?

Emmanuel Macron s’est ensuite permis de rappeler qu’il était attaché au droit de grève, alors même que cette volonté ministérielle de donner des résultats du Bac sans avoir l’ensemble des copies rendues par les enseignants va à l’encontre dudit droit de grève de ces derniers. « Il peut y avoir des désaccords, évidemment le droit de grève, de manifestation seront préservés, j’y tiens beaucoup, je le dis avec beaucoup de respect pour ceux qui expriment ces désaccords. Mais en aucun cas ces désaccords ne peuvent se faire en prenant en otage nos jeunes, dans un moment qui est toujours un moment d’angoisse et extrêmement important pour leurs familles », a-t-il encore martelé.

Le vocabulaire employé, et notamment la notion de « prise d’otages » a de quoi choquer. Un professeur gréviste d’histoire-géographie en lycée pris en otage au bataclan à répondu au chef de l’État via Twitter : « Je suis un des rescapés de l’attentat du Bataclan et j’ai été parmi les profs grévistes qui ont retenu notes et copies. Votre emploi de l’élément de langage prise d’otages pour cette grève me scandalise et me blesse. » Il poursuit, « en utilisant le terme ’prise d’otages’ pour les profs grévistes qui ont retenu notes et copies, non seulement vous associez les fonctionnaires de l’Education nationale à des terroristes, mais en plus vous insultez les victimes ». L’enseignant gréviste de critiquer la manœuvre sémantique du président : « Les mots ont un sens et même une symbolique et il est trop facile, pour des enjeux communicationnels d’essayer de braquer l’opinion contre les professeurs, souvent caricaturés comme des fainéants privilégiés. »

Une expression de « prise d’otages » qui a d’autant plus de quoi choquer qu’il y a quelques mois, des forces de l’ordre interpellaient 146 lycéens à Mantes-la-jolie. Ces derniers avaient été forcés de se mettre à genoux pendant plusieurs heures, mains sur la tête. Des images datées du 6 décembre dernier, en plein début du mouvement des Gilets Jaunes et qui avaient provoqué une vague d’indignation dans tout le pays, indigné de voir des forces de l’ordre humilier publiquement des jeunes, alors que la personne filmant la scène se permettait même un commentaire suivant : « Voilà une classe qui se tient sage ». Il semblerait qu’en matière de prise d’otages de jeunes lycéens, ce gouvernement n’ait de leçons à recevoir de personne.




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