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Retour des masques dans les écoles primaires, le pari perdu de Macron

Un mois seulement après la levée de l’obligation du port du masque dans les écoles primaires pour les départements sous le seuil d’alerte, le gouvernement revient en arrière et montre encore une fois son incapacité à mettre en œuvre une stratégie sanitaire à la hauteur de la résolution de la crise.

dimanche 7 novembre

Crédit photo : PATRICK HERTZOG / AFP

Ce mercredi, à l’issue d’un Conseil de défense et d’un Conseil des ministres, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a annoncé le retour de l’obligation du port du masque dans les écoles primaires dans 39 départements où le taux d’incidence a dépassé à nouveau le seuil d’alerte de contamination, à savoir 50 cas pour 100.000 habitants.

Dès ce lundi, un mois seulement après la levée de l’obligation, 61 départements au total seront donc concernés par la mesure. Ce retour du masque à l’école s’inscrit dans un contexte de rebond généralisé de l’épidémie à travers l’Europe, en Russie notamment. Une remontée des cas en France qui, malgré l’efficacité de la vaccination dans la baisse drastique du nombre de morts, illustre cependant encore une fois la stratégie sanitaire erratique et particulièrement irresponsable du gouvernement.

En effet, déjà en septembre, le gouvernement annonçait la levée de l’obligation du masque dans le primaire contre l’avis du conseil scientifique qui alertait sur le risque d’une « épidémie pédiatrique à la rentrée ». Macron reprenait ainsi la posture de « l’épidémiologiste » et faisait de la levée des masques dans les écoles le symbole et le pari de sa gestion de la crise, sachant pertinemment l’effet électoral et politique du démasquage des enfants et de celui du retour des « jours heureux ». Un pari visiblement perdu, étant donné que, d’après les dernières publications de Santé publique France, l’épidémie est à nouveau en hausse, avec une augmentation du taux d’incidence estimé à +14%. Une situation qui oblige le gouvernement à revoir à la baisse ses annonces avec, ici, la ré-obligation du port du masque dans les écoles. Sans aucun plan à côté, si ce n’est le retour au « niveau 2 » du protocole mis en place à la rentrée dans les départements concernés.

Ce retour en arrière est la suite logique de l’insuffisance du gouvernement, et n’étonne d’ailleurs pas au sein du corps enseignants, comme le rapporte un article des Echos dans lequel Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, estime que cet « effet yoyo » et « ces allers-retours risquent de créer de l’instabilité et de l’insécurité dans les écoles ». Une citation qui illustre bien ce « stop and go » qui a été la base de la pseudo-stratégie de gestion de la crise par le gouvernement.

En effet, les choix du gouvernement ont montré leur inefficacité, voire leur résultat contre-productif. En septembre dernier, Catherine Nave-Beekhti, secrétaire générale du Syndicat de l’Education nationale (CGEN-CFDT), déclarait : « Beaucoup d’épidémiologistes disent que les plus jeunes pourraient être le nouveau réservoir de l’épidémie […] lever cette mesure barrière [le masque] sans avoir amélioré les autres mesures barrières, et notamment la question de la ventilation et de l’aération des salles de classes, ce n’est pas une bonne chose. »

Résultat, ce sera encore une fois aux travailleurs de composer avec les moyens du bord en l’absence de protocole sanitaire sérieux. Alors qu’Emmanuel Macron et son ministre de l’Education nationale se sont donné pour objectif de maintenir « l’école ouverte » – titre du dernier livre de Jean-Michel Blanquer – à tout prix, les établissements scolaires ne se sont vus accordé aucun moyen supplémentaire pour faire face à la crise sanitaire. Le ministère Blanquer a, au contraire, poursuivi sa politique de suppressions de postes et d’économies, allant jusqu’à rendre 400 millions d’euros sur son budget en 2021.

Pourtant, c’est le manque de moyens, que les travailleurs de l’éducation nationale dénoncent depuis le début de la crise sanitaire, qui est l’une des principales causes de la circulation du virus dans les écoles et qui, à ce jour, ne semble toujours pas être au centre des préoccupations du gouvernement.

Pour limiter la propagation du virus, et « limiter les brassages » comme le demande le protocole sanitaire, il serait en effet nécessaire de réduire le nombre d’élèves par classe, mais aussi de recruter massivement du personnel qualifié pour la prise en charge des élèves et de leur santé. Des investissements sont aussi nécessaires, par exemple pour l’achat de capteurs de CO2, qui, contrairement aux promesses du gouvernement, sont rares à avoir été mis en place et restent en majeure partie à la charge des communes ! Enfin, alors que l’accès, pour les directions d’établissements, au statut vaccinal des élèves a instauré une forme de « pass sanitaire » dans le secondaire, et que les tests sont désormais devenus payants pour les non-vaccinés, il serait nécessaire de renforcer l’accès à un dépistage gratuit à l’école comme à l’extérieur.

Contre l’autoritarisme de Macron, qui, espérant en finir avec la crise, ne jure que par un passe sanitaire autoritaire – le prolongeant même jusqu’aux calendes grecques, il faut que les directions du monde ouvrier s’emparent de ces questions. De fait, les directions syndicales ont beau jeu de dénoncer la politique sanitaire du gouvernement pour les écoles, alors qu’elles-mêmes se sont montrées extrêmement frileuses dans le soutien aux « grèves sanitaires » de novembre dernier, et qu’elles se sont, depuis, simplement contentées de déclaration d’intention plutôt que d’organiser la colère et de travailler à créer un véritable rapport de forces avec le gouvernement.

Si la situation sanitaire ne peut être évaluée de façon catastrophiste, étant donnée l’appui et l’apport massif de la vaccination d’une importante partie de la population, une nouvelle vague pourrait toucher particulièrement les populations les plus fragiles non-vaccinées ou faiblement vaccinées. Alors que le gouvernement nous a montré son refus de gérer véritablement la crise sanitaire, il nous revient d’imposer par le bas, depuis nos établissements, mais aussi sur tous nos lieux de travail, une gestion de la crise avec la mise en place d’un plan sanitaire d’urgence pour endiguer une possible cinquième vague en gestation.




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