Global climate strike

Retour sur la déclaration climatique de Lausanne

Georges Camac

Retour sur la déclaration climatique de Lausanne

Georges Camac

Du 5 au 10 août 2019, des centaines d’activistes écologistes étaient présents à Lausanne. Ils ont posé les bases d’une déclaration mettant sur le papier les exigences des jeunes mobilisés sur le climat.

400 jeunes représentant 38 pays et parlant 29 langues différentes se sont réunis à Lausanne au début du mois d’août. Si les délégués, de manière générale, n’ont pas reçu de mandat en particulier et ne représentait qu’eux-mêmes, cette déclaration est la plus aboutie depuis que le mouvement des grèves pour le climat a été lancé. Il exprime de plus une bonne part des préoccupations actuelles des jeunes qui descendent régulièrement dans la rue à l’échelle internationale.

La première revendication fixée par la déclaration est de « maintenir la hausse de température mondiale à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels ». Il s’agit du seuil critique pour éviter les scénarios irréversibles de multiplication des catastrophes selon les derniers rapports du GIEC. C’est aussi la principale menace imminente qui pousse les lycéens à exprimer leur colère depuis plusieurs mois.

Cette perspective est d’autant plus préoccupante que, malgré les alertes récurrentes des scientifiques, et la prise de conscience à une large échelle, le niveau d’émission de CO2 (principal responsable de l’augmentation de l’effet de serre) continue d’augmenter d’année en année pour atteindre 42,3 milliards de tonnes. Dans le même temps, des gouvernements climato-sceptiques font leur apparition dans de puissantes économies comme aux États-Unis avec Trump ou au Brésil avec Bolsonaro.

La déclaration de Lausanne articule cette lutte à celle pour « l’équité et la justice climatique », deuxième point de leurs revendications. « Dans la lutte contre la crise climatique, disent-ils, nous devons soutenir ceux qui sont les plus touchée-e-s donc les plus vulnérables ». Cette précision est particulièrement salutaire dans un contexte où les gouvernements et les grands groupes capitalistes cherchent à utiliser l’argument climatique pour faire payer les travailleurs et les classes populaires. Il suffit de penser à Macron qui a - en vain- tenté d’utiliser un discours teinté d’écologie pour décrédibiliser les Gilets Jaunes. Ils l’articulent également avec la question d’une solidarité internationale et la reconnaissance du statut de réfugié climatique.
Face à la catastrophe qui nous menace, les participants considèrent que « ce n’est pas notre responsabilité de trouver des solutions ». Si ce n’est effectivement pas à la population de porter la responsabilité de la crise que les classes dominantes ont créé, cette absence de proposition concrète tend néanmoins à laisser la balle aux gouvernements et aux grandes entreprises à travers la déclaration de « l’état d’Urgence Climatique ». Cette logique de pression sur les institutions, qui laissent reposer les solutions sur celles et ceux qui sont responsables de l’état dans lequel nous nous trouvons, ne peut pas venir à bout du problème.

Le cas de Tesla aux États-Unis est à ce titre particulièrement éclairant. Selon le LA Times, l’entreprise aurait reçu plus de 5 milliards de subventions publiques pour développer ses modèles de voiture électrique. Le PDG Elon Musk pourrait accroître sa fortune de 55,8 milliards de dollars et il a récemment licencié 7% de ses salariés soit 3000 travailleurs. De plus, le modèle de voiture électrique qu’ils ont développé est loin de répondre au problème. Outre que ces véhicules sont hors de prix - 48.600 euro pour l’entrée de gamme - ils renferment des centaines de kilos de batterie dont la production et le « recyclage » sont particulièrement polluants. A l’aune de cet exemple, on voit que « des investissements immédiats […] pour assurer la décarbonisation de l’énergie » ne seront pas suffisants. Il faudra changer fondamentalement le système de la voiture individuelle et cela suppose de remettre en cause la mainmise des grands groupes capitalistes sur la production pour passer à un système de transports public gratuit et performant sous contrôle de la population.

Sur un autre plan, la déclaration exige que les « réfugié-e-s climatiques doivent être reconnu-e-s comme des demandeur-euse-s légitimes dans le respect de la dignité humaine et de la nature ». Dans les scénarios migratoires qu’imaginent les experts avec l’amplification du réchauffement climatique, il est clair que la question des frontières va devenir clé. D’ailleurs, dans l’ombre des politiques climato-sceptiques, des « experts » et technocrates se préparent déjà au scénario barbare dans lequel il faudrait militariser encore davantage les frontières, ou même réduire drastiquement la population mondiale dans une perspective néo-malthusianiste. Cependant, la question de la mise en œuvre de ces mesures reste en suspens. En effet, aujourd’hui, ce sont les relations diplomatiques qui servent de premier critère à la reconnaissance du statut de réfugié. Accepter un statut de réfugié politique, cela signifie bien souvent pour un gouvernement impérialiste se fâcher avec le dictateur avec lequel on comptait faire des affaires. De plus, la gestion migratoire est de plus en plus déléguée à des pays tiers avec des conditions encore plus inhumaines que celles qu’on peut connaître en Europe. C’est pour cela, et parce que nous refusons la division entre « bons » et « mauvais » migrants, qu’il faut exiger l’ouverture des frontières et l’accueil pour toutes et tous.

Les ennemis qui bloquent tout changement face au changement climatique sont puissants. Ce sont eux qui tirent les ficelles du « système socio-économique » qui porte un nom : le capitalisme. Celui-ci est caractérisé par la recherche effrénée de profits d’une petite poignée de capitaliste qui exploitent l’immense majorité et antagonique avec toute transition écologique. Ainsi, la seule perspective viable pour apporter une réponse à la crise climatique actuelle est de les exproprier de leur propriété des moyens de production et de la placer sous le contrôle de l’immense majorité de la population.

Mais en attendant de pouvoir mettre fin au pouvoir de nuisance des capitalistes, nous devons et nous pouvons les faire plier, en nous mobilisant par millions dans les rues pour exiger des mesures concrètes et immédiates. Chaque mesure arrachée par les capitalistes sera un pas en avant ce sens pour un changement radical du système et un gain sur le plan de la pollution et du réchauffement. Récemment, l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen est venu mettre en lumière une nouvelle fois la dangerosité des capitalistes et leur impunité. Ainsi il a fallu quasiment une semaine pour que l’entreprise donne la liste des produits sur le site, pourtant classé en Seveso. Et on apprend que l’usine avait bénéficié d’autorisations d’agrandissement facilitées grâce à un décret du gouvernement passé en mars 2018. Face à ces situations concrètes, il s’agirait par exemple de se mobiliser pour exiger une commission d’enquête indépendante et la levée du secret industriel qui nous laisse dans l’ignorance face à ces catastrophes.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que les jeunes mobilisés pour le climat ont besoin de s’organiser par eux-mêmes, dans chaque collège, lycée, université : pour décider eux-mêmes des perspectives, et convaincre le plus largement de rejoindre la mobilisation et pouvoir porter dans les lieux de travail et d’étude, dans les quartiers, la contestation climatique.

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