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Obstruction

Retrait de milliers d’amendements : LFI cède face aux pressions du gouvernement

Après avoir multiplié les amendements pour « bloquer le texte » LFI a cédé aux injonctions du gouvernement et de l’intersyndicale, retirant des milliers d’amendements. Une capitulation qui illustre les limites de la stratégie insoumise sur son propre terrain, la bataille parlementaire.

Damien Bernard

16 février 2023

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Crédits photos : JULIEN DE ROSA / AFP

Changement de braquet. A 21h30 lundi soir, heure de la reprise des débats à l’assemblée nationale, LFI annonçait la suppression de 1000 amendements sur l’article 2 relatif à l’« index senior ». Une opération que les insoumis ont réitérée mercredi soir en retirant « plus d’un millier » d’amendements supplémentaire. Lundi, François Ruffin, accompagné de députés écologistes et communistes, et du président du groupe socialiste, Boris Vallaud, expliquait l’objectif de la manœuvre : il s’agit de s’escrimer sur « les propositions alternatives de financement », dont les mesures seront discutées après l’article 2.

Mais derrière cette décision, c’est toute la stratégie parlementaire de LFI qui est mise en question. Au cœur de la discussion, l’enjeu de savoir si un vote sur l’article 7, portant sur le recul de l’âge de départ à la retraite, doit avoir lieu ou non. Comme l’assumait justement lundi soir François Ruffin, le retrait d’amendements vise in fine à « aller à l’article 7 enfin. »

LFI cède à la fois aux pressions du gouvernement …

Jusque-là, pourtant, la France Insoumise avait multiplié les amendements pour entraver l’examen du projet de loi. Sans aller jusqu’aux 75 000 amendements évoqués en janvier, LFI avait ainsi déposé au 3 février près de 13.000 amendements. Une stratégie qui était alors défendue par une majorité de députés LFI. Aurélie Trouvé dénonçait en ce sens les pressions du gouvernement : « L’obstruction parlementaire, c’est le gouvernement qui la produit. Ce n’est pas à nous de retirer nos amendements parce qu’on a un gouvernement qui utilise un 47.1, c’est-à-dire un 49.3 déguisé ». Alexis Corbière validait une « bonne stratégie » et appelait « à faire du Parlement un lieu de résistance ».

Pourtant, une dizaine de jours plus tard, LFI opère un changement de pied. Accusés d’obstruction parlementaire par le gouvernement qui exigeait lundi soir le « retrait des amendements qui n’ont pas d’autre objet que de faire de l’obstruction et de retarder l’avancée du texte », les insoumis se sont exécutés. Après avoir prôné la « résistance », Alexis Corbière se dit désormais « favorable à une discussion de l’article 7 », sans pour autant « aller jusqu’au vote ». Partisans depuis le début d’une ligne « responsable », Francois Ruffin, réaffirme la « volonté [de LFI] d’avancer sur le texte ». Un revirement qui vise à faire baisser la tension.

Si l’on peut souligner le caractère anecdotique de ce revirement en comparaison au mouvement de masse en cours, la séquence politique ouverte par LFI a néanmoins des conséquences au plan politique : alors que le gouvernement était quelque peu asphyxié par la mobilisation et l’importante impopularité de sa réforme, la séquence parlementaire des insoumis permet à la macronie d’occuper l’espace parlementaire et médiatique, reprenant ainsi un peu d’oxygène. Une séquence qui permet aussi à l’exécutif de souder ses rangs fragilisés par la crise politique, face à l’adversité de la rue.

… et à la pression des directions syndicales

En capitulant face aux injonctions présidentielles, LFI s’adapte dans le même temps aux pressions exercées par les directions syndicales ces derniers jours. Celles-ci se ainsi montrés de plus en plus véhémentes dénonçant ouvertement « l’obstruction parlementaire » à l’instar notamment des déclarations de Laurent Berger qui a dénoncé « une connerie » et de Philippe Martinez qui a invité LFI à « retirer des amendements », pour que soit voté l’article 7.

En revendiquant de « bloquer le texte » telle que l’affirmait Jean-Luc Mélenchon au début de l’examen du projet de loi, La France Insoumise se retrouvait, malgré l’impuissance d’une telle stratégie, à « la gauche » des directions syndicales. En pliant aux injonctions de l’intersyndicale, LFI signe une adaptation à leur stratégie de pression de construire un rapport de forces sur le terrain institutionnel en pariant sur un possible soutien de la droite.

L’autre rapport de forces qui se joue traverse LFI et la NUPES, au sein de laquelle les différentes organisations cherchent de leurs côté à tirer leur épingle du jeu. Ainsi, les Insoumis étaient déjà tiraillés entre la position de François Ruffin, souhaitant « voir s’affronter la France des tableaux Excel et la France du réel » sur le vote de l’article 7, et celle de Jean-Luc Mélenchon, qui entend faire de la bataille parlementaire une « guerre de tranchée » dans laquelle « embourber » la coalition présidentielle. Du côté de la NUPES, l’occasion est idéale pour tenter de reprendre l’initiative alors que le PS et EELV sortent affaiblis de leurs congrès respectifs.

Socialistes et écologistes défendent l’idée qu’il faut absolument discuter l’article 7 sur le report de l’âge légal à 64 ans. Jusque-là indécis, les communistes ont, eux aussi, infléchi leurs positions. « On va y aller, même si nous n’avons pas beaucoup d’illusions sur ce qui peut sortir de ce débat » a expliqué Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône. De son côté, André Chassaigne estime qu’il faut entendre les syndicats qui appellent à ce que l’on procède au vote.

Obstruction raisonnée : une variante tactique de la « guérilla parlementaire » de LFI

Au début de l’examen du projet de loi, Jean-Luc Mélenchon avait été claire sur la stratégie et le rôle que pourrait jouer LFI en appui au mouvement contre la réforme des retraites : « C’est une bataille, il faut les embourber, peu importe ce que pense l’opinion petite-bourgeoise. Ce qui compte, c’est le peuple, qui attend de nous qu’on bloque la réforme. Il ne nous en voudra pas de bloquer le texte ».

Une affirmation qui avait l’avantage de la clarté : plutôt que de « débattre », le fondateur de LFI défendait clairement une stratégie visant à renouer avec la méthode de la « guérilla parlementaire » qui avait prévalue notamment en 2019 pendant la réforme des retraites. Une stratégie qui, malgré les petites forces parlementaires de LFI qui comptait alors seulement 17 députés, avait remporté un certain succès, obligeant notamment Edouard Philippe à dégainer, malgré sa majorité absolue, le 49.3.

LFI comptait bien reproduire cette stratégie en 2023 mais dans une forme radicalement amoindrie. En effet, alors que la perspective d’une obstruction totale avait été évoqué par Mathilde Panot au travers 75 000 amendements, les insoumis ont précisé que les amendements seraient finalement « enlevés au fur et à mesure pour pouvoir discuter ». « Nos amendements nous permettent d’être les maîtres du temps. C’est nous qui avons en main le tempo », confirmait ainsi le député Hadrien Clouet.

Un changement tactique que les insoumis ont justifié par l’utilisation du 47.1 par le gouvernement et les débats raccourcis. Une forme d’obstruction « raisonnée » qui a été mis en œuvre lors de l’examen de l’article 1 où plusieurs dizaines d’amendements ont été retiré vendredi dernier, permettant de faire adopter de justesse l’article premier qui met fin à certains régimes spéciaux.

Une capitulation face au régime ou les limites de la stratégie institutionnelle de LFI

Pourtant, face aux pressions du régime, la nouvelle tactique insoumise a explosé en plein vol. Cela illustre une nouvelle fois que les choix de tactique parlementaire (« Guérilla parlementaire », « Parlement à défendre », « ZAD parlementaire », obstruction « raisonnée » pour être « maitre du temps ») sont en définitive impuissants pour construire le rapport de force face à l’État et au patronat.

Ces tactiques parlementaires - d’autant plus lorsqu’elles sont pensées en tant que stratégie en soit - ne peuvent que semer l’illusion que le champ institutionnel constitue le terrain décisif de la lutte. Elle sème l’illusion que le rapport de force peut s’instituer à l’Assemblée nationale permettant dans le cas présent de trouver une « issue par le haut » à la lutte qui s’inscrit sur le terrain extra-parlementaire.

A rebours de la stratégie insoumise et de ses tactiques parlementaires – terrain que nous ne rejetons pas par principe si elle est réellement articulée à une stratégie dont le centre de gravité est la lutte de classe - c’est bien sur le terrain de la lutte de classe, et du durcissement du mouvement en cours par une grève reconductible large qu’un réel rapport de force peut se constituer.

Face à l’impasse de la stratégie institutionnelle et de pression parlementaire, il faut que la base des syndicats exige une rupture avec la logique parlementaire qui continue de prévaloir au sein de ses directions syndicale, tout en s’organisant dès maintenant pour préparer une grève reconductible à partir du 7 mars. Pour cela, les appels de plusieurs secteurs à la grève reconductible sont un point d’appui.


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