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Politique

Dans les coulisses de la conférence sociale

Retraite à 63 ans ? La nouvelle réforme qui ne dit pas son nom

Yano Lesage Vous avez dit sociale ? Au vu de ce qui ressort de la conférence sociale du 16 octobre, qui a réuni le Medef et l’ensemble des organisations syndicales, à l’exception de la CGT, elle n’en a, véritablement, que le nom. Car derrière les discussions, c’est une nouvelle réforme des retraites, la deuxième du quinquennat, qu’est bel et bien en train de faire passer le gouvernement, avec l’aide des directions syndicales et les applaudissements du patronat.

mardi 20 octobre 2015

Réformer sans toucher aux symboles…

Le Medef s’est entendu avec trois syndicats, la CFE-CGC, la CFTC et surtout la CFDT à la manœuvre, pour faire passer une nouvelle réforme concernant l’âge de la retraite à taux plein. Pas question pourtant de toucher cette fois-ci à l’âge légal, ni à la durée des trimestres de cotisations comme ce fut le cas avec la réforme Ayrault de septembre 2013, une année seulement après l’élection présidentielle.

Si la logique du « dialogue social » reste la même, le contexte a passablement changé. La « méthode Hollande » de négociation avec les syndicats, quoique toujours effective, accuse des signes d’affaiblissement. Le refus de la CGT de participer à la conférence sociale l’illustre. À cela s’ajoute le fait qu’Hollande et son gouvernement sont au plus bas dans les sondages, dans un contexte de ras-le-bol grandissant, sur fond d’accentuation de la crise économique et d’expressions nouvelles, radicales, quoique diffuses de la colère ouvrière. Bref, les circonstances ne permettent pas une attaque en règle et de front contre les retraites. L’idée est d’obtenir les mêmes résultats en s’attaquant à des éléments moins symboliques : les retraites complémentaires.

…mais reculer pour de vrai l’âge de la retraite à taux plein à 63 ans.

L’accord qui vient d’être conclu acte un nouveau dispositif qui consiste à reculer d’un an la possibilité de toucher la retraite complémentaire à taux plein, avec un système de malus et de bonus. Concrètement, à partir de 2019, un salarié partant en retraite à l’âge légal de 62 ans et ayant cotisé l’entièreté de ses annuités – entre 41 et 42 ans selon la date de naissance - verra sa retraite complémentaire retranchée de 10% pendant 3 ans. Pour toucher la retraite complémentaire à taux plein, il lui faudra repousser d’un an de plus sa décision de partir en retraite, donc à 63 ans, si tant est qu’il ait réalisé l’ensemble de ses annuités de cotisations.

De la même manière, les salariés qui atteignent 62 ans sans avoir accumulé le nombre de trimestres suffisant pour toucher leur retraite à taux plein devront également repousser d’un an leur date de départ en retraite pour bénéficier du taux plein sur la complémentaire.

Ces mesures, extrêmement complexes, sont en réalité loin d’être négligeables. Les retraites complémentaires représentent entre un quart et la moitié de la pension totale de retraite, et le mécanisme d’abattement va avoir un effet direct sur les montants perçus par les retraités.

Ce système a pour objectif d’inciter très fortement à la poursuite de l’activité au-delà de 62 ans, âge légal de départ, puisqu’au malus des 10% d’abattement, s’ajoute un système de bonus de l’ordre de 15% pour chaque année supplémentaire travaillée. Concrètement et dans les faits, l’âge légal est repoussé à 63 ans, en particulier pour les salariés disposant d’un faible revenu et qui ne peuvent se permettre de voir une partie de leur retraite imputée par l’abattement. Elle va également contribuer à accroitre les inégalités au sein des retraités, puisqu’elle ne prend pas du tout en compte la question de la pénibilité et de la possibilité physique de poursuivre son activité au-delà d’un certain âge. Ceux qui disposent des postes les moins pénibles et les mieux rémunérés, comme les cadres, peuvent avoir l’impression de profiter d’un système dit « à la carte » en s’assurant la rétribution d’un bonus pour chaque année supplémentaire travaillée. Pour les travailleurs qui subissent les conditions les plus pénibles, c’est la double peine d’un malus sur une petite retraite ou d’une prolongation de l’activité, au détriment de la santé.

La manœuvre gouvernementale est donc totale. À la fois sur les méthodes, en maintenant à tout prix le « dialogue social », et par les menaces sur les potentialités d’un renforcement du FN en cas de contestation ouverte des organisations syndicales. Mais aussi en évitant les embûches symboliques : c’est la première réforme des retraites depuis les années 1990 qui s’attaque aux retraites complémentaires, et non pas à l’âge légal ou au nombre d’annuités.

Si Force Ouvrière et la CGT ont dénoncé l’accord, et énoncé leurs oppositions à « un report de fait de l’âge de la retraite et à l’abaissement du niveau des retraites complémentaires », s’en tenir à une simple posture, ou dans le meilleur des cas, à un boycott de la conférence sociale pour la CGT, est insuffisant pour changer la donne. Pour passer des paroles aux actes, ce qu’il faut, c’est un véritable plan de bataille, étape que la direction de la CGT n’a pas encore choisi de franchir.




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