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Notre classe

Grève du 9 janvier

Retraites. À la manif parisienne, les journalistes particulièrement visés par la répression

Plusieurs journalistes ont été agressés par la police lors de la manifestation parisienne. Le gouvernement de plus en plus autoritaire face à une contestation qui persiste contre la réforme des retraites.

jeudi 9 janvier

Alors que jusqu’à présent, les manifestations contre la réforme des retraites s’étaient déroulées sans trop de répression en région parisienne, il y a eu ce jeudi un clair tournant dans la politique du gouvernement et de la police. En effet, pendant la dernière semaine, on avait constaté une répression policière de plus en plus importante lors des actions des grévistes de la RATP et de la SNCF, ce qui laissait présager que le gouvernement commençait à envisager la répression pour mater la contestation. Et c’est bien ce qui s’est passé. Mais en plus des grévistes et des manifestants, la répression policière a aussi visé les journalistes.

En effet, dès le début de la manifestation, on apprenait que Rémy Buisine, journaliste très connu sur les réseaux sociaux en raison de ses couvertures en direct de divers évènements et de mobilisations, avait été arrêté par la police. La raison invoquée par les officiers a été le port d’un masque pour se protéger des gaz lacrymogènes, un outil fondamental pour les journalistes voulant couvrir correctement les évènements en cas de répression, ainsi que pour les manifestants qui subissent directement ce type d’intimidations violentes. Plus tard, Buisine informera qu’à cause de cela, il a été arrêté par la police et retenu pendant 2h30 au commissariat du 11e arrondissement de Paris. Dans un cas semblable à celui de Buisine, un journaliste de l’agence Line Press a également été amené au commissariat à cause de son masque pour se protéger contre les gaz.

Jean Segura, photo reporter du collectif La Meute, a également été durement réprimé. Alors qu’il tentait de photographier une charge violente de la police, il a été violemment arrêté par la police, au point de laisser son chapeau et ses chaussures sur place. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Jean est toujours au commissariat. Le collectif Reporters en Colère appelle à un rassemblement de soutien demain à 15 heures devant le commissariat du 10e arrondissement (26 rue Louis Blanc) pour exiger sa libération.

Au moment où Jean a été arrêté, d’autres journalistes, bien identifiés, ont subi la charge policière, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessous.

Sur les réseaux sociaux, on fait aussi part d’une étudiante en journalisme, Marie, qui a reçu des coups de matraque sur la tête lui provoquant des blessures importantes.

Tous ces exemples témoignent d’une politique répressive délibérée visant tout le monde, manifestants comme journalistes, photographes. Ce n’est pas la première fois que la police et les autres corps répressifs ont le champ libre pour s’attaquer aux journalistes, notamment à ceux des médias indépendants. Au cours des mobilisations des Gilets Jaunes, on a vu des journalistes comme Taha Bouhafs ou Gaspard Glantz être persécutés dans l’exercice de leur travail ; c’est le cas aussi du photographe Noman. La plupart de ces journalistes sont d’ailleurs connus pour dénoncer les violences policières.

A ce propos, la position de la police vis-à-vis de cette claire entrave à l’exercice de la liberté d’expression et d’information relève d’un cynisme aberrant. En clair, leur justification de la répression se base sur le pseudo-argument selon lequel si un manifestant ou journaliste vient à une manifestation pacifique équipé de masque à gaz, c’est qu’il entend provoquer des violences. C’est en tout cas ce que le Syndicat Indépendant de Commissaires de Police a clairement répondu au journaliste du Monde, Nicolas Chapuis, sur Twitter : « Si la manif est pacifique, aucun risque. Étrange, de venir avec du matériel de guerre [un masque !] sur une manif ».

Les policiers viennent aux manifestations équipés de masques, de gaz, de matraques, des grenades, d’armes à feu, de tasers, entre autres ; ils provoquent (comme on a pu le voir tout au long de la manifestation) et répriment des manifestants pacifiques, sans aucune raison. Mais en plus de tout cela, ils s’attendent à ce que les manifestants restent complètement à leur merci, sans aucune protection minimale.

C’est d’un niveau de cynisme assez incroyable. Et ce discours est principalement répété dans les hautes sphères gouvernementales et véhiculé dans les grands médias. En effet, le gouvernement qui n’arrive pas à convaincre et qui se trouve de plus en plus dans une impasse, tente de résoudre la contradiction à travers la matraque. C’est dans ce cadre que la répression aux journalistes est une politique consciente de la part de la majorité mais aussi des « stratèges » du maintien de l’ordre au sein de l’appareil policier.

Le gouvernement de Macron a démontré, depuis qu’il est au pouvoir, que derrière son masque hypocrite, tout sourire, se cache une politique violemment pro-patronale, et que pour la mener jusqu’au bout, il est capable d’utiliser la force, et de bafouer des droits démocratiques élémentaires comme le droit à l’information. Mais en même temps, le recours à la répression est aussi un signe de faiblesse.

La force et la détermination des grévistes d’aller jusqu’au bout et d’imposer une défaite à ce gouvernement n’est pas seulement une garantie pour éviter un recul majeur sur l’aire des retraites, mais aussi une garantie pour défendre les droits démocratiques, face à l’autoritarisme d’un gouvernement qui ne représente que les intérêts d’une minorité de privilégiés.




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