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Edito

Retraites : « Après 60 ans, travailler à la chaîne c’est une tentative d’assassinat »

Le projet mortifère de Macron d’imposer le report de l’âge de départ à la retraite est non seulement une déclaration de guerre, mais aussi une atteinte à la vie de toutes et tous.

vendredi 23 décembre 2022

Crédits photos : L’Alsace/Thierry Gachon

Lancée pour préserver les profits patronaux, la réforme des retraites veut coller les ouvriers au boulot jusqu’à la mort. Pour toutes celles et ceux qui vivent et travaillent dans la précarité, ce n’est pas une réforme mais un crime social.

Trente années de travail sur une chaîne, comme je l’ai fait, personne n’en sort indemne. Peugeot-Citroën est un l’exemple parfait de comment les conditions de travail se sont dégradées ces dernières décennies, usant de plus en plus les corps et la santé. Après la grande grève de 1989, l’objectif du patron a été de casser tous les collectifs pour empêcher la solidarité entre collègues. Un an plus tard, c’est la « chasse aux temps morts » qui a été lancée : tous les gestes devaient être productifs, tout était chronométré, le tout pour supprimer des postes et en surcharger d’autres. Avec le lean management et le toyotisme, les cadences ont été à nouveau élevées : impossible de parler à ses collègues par peur de ne pas tenir le rythme, c’est la mort par épuisement moral et physique.

D’années en années, les tendinites s’accumulent, ainsi que les troubles musculo-squelettiques. A la fin de chaque arrêt maladie, vous avez droit à un « entretien de retour d’arrêt », où le patron vous explique comment votre arrêt perturbe le fonctionnement de l’entreprise. Il y a 30 ans vous aviez des « postes à capacité restreinte », attribués aux plus vieux et à ceux qui avaient des incapacités, mais ils n’existent plus aujourd’hui, étant donné qu’ils ont été transférés à des sous-traitants.

Une fois que l’on est usé jusqu’à la corde, on vous propose un plan de départ à 57 ans, sans retraite à taux plein. Mais c’est cela ou le licenciement faute d’être assez productif. Partir à la retraite à 65 ans, après 40 ans de chaîne, c’est une tentative d’assassinat avec préméditation.

On parle souvent de la proposition de finir sa carrière dans un bureau, mais qui croit à cela quand on a été ouvrier toute sa vie ? En réalité, on finira par partir de l’usine en cercueil. Les grandes annonces sur la pénibilité sont totalement mensongères : seuls 9500 personnes ont profité de l’ancien système de pénibilité. A part avoir un bras en moins, impossible de partir avant 62 ans aujourd’hui.

Pour les précaires, c’est la même situation, en pire. Dans les usines automobiles, beaucoup de jeunes enchaînent les missions d’intérim, et la majeure partie d’entre eux viennent des quartiers populaires. Privés de CDI, affectés aux postes les plus difficiles, au moindre problème ils sont mis en fin de mission et jamais réembauchés. Sur ma chaîne à PSA Mulhouse, nous avions le poste des « joints arrière », que tout le monde dans l’usine appelait « le tueur d’intérimaire », tellement les conditions étaient horribles.

Pour les travailleurs, ce qui est en jeu, avec le report de l’âge de départ à la retraite à 65 ans, c’est l’impossibilité d’avoir une retraite en bonne santé, voire d’avoir une retraite tout court. Selon l’INED (Institut National d’Études Démographiques), en 2016, 23% des hommes les plus pauvres étaient déjà morts à 60 ans. A 65 ans, c’est 31% des plus pauvres qui sont morts et qui ne verront donc jamais la retraite. De la même manière, 25% des hommes les plus pauvres du pays sont morts à 65 ans. Concernant l’espérance de vie en bonne santé à la naissance, c’est-à-dire l’espérance de vie sans incapacité, l’INSEE donne les chiffres de 65,9 ans pour les femmes et 64,4 ans pour les hommes.

Autant dire que la retraite à 65 ans n’est plus le repos après une vie de travail mais une période de convalescence. Il faut urgemment revenir à la retraite à 60 ans, et 55 ans pour les travaux les plus pénibles : il en va de notre santé.



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