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Politique

Le gouvernement à l'offensive

Retraites : Édouard Philippe en croisade contre les « blocages » et la grève du 5 décembre

En cette rentrée sociale marquée par « l’esprit Gilet jaune » qui semble avoir déterminé certains secteurs stratégiques du milieu ouvrier à passer à l’offensive à l’instar des travailleuses et des travailleurs RATP, le gouvernement part en croisade pour tenter de contenir la dynamique autour du 5 décembre et qui pourrait bien mettre en péril le projet son réforme des retraites.

mardi 8 octobre

Crédits photo : Les Echos

Gilets jaunes, grève générale et scandale de Rouen : une rentrée sociale mouvementée qui approfondit la crise du gouvernement

Malgré les efforts du gouvernement pour faire taire les Gilets jaunes, force est de constater que la détermination de ces derniers est toujours au rendez vous pour la rentrée, après plus de 10 mois de mobilisation. En effet, les Gilets jaunes sont encore plusieurs milliers à manifester le samedi dans de nombreuses villes de France et se lient de plus en plus systématiquement à d’autres secteurs, à l’image du blocage du centre commercial Italie 2 organisée par plusieurs collectifs réunissant Gilets jaunes, militant-es écologistes, militant-es antiracistes portant la voix des quartiers, militant-es féministes, étudiant-es et tant d’autres.

Mais surtout, il semble bien que « l’esprit gilet jaunes » ayant fait réapparaitre le spectre de la révolution à l’horizon dans ses moments les plus forts s’étende aujourd’hui à des secteurs stratégiques du milieu ouvrier qui sont, de par leur place dans le système économique, en capacité de construire une grève générale à même d’augmenter le rapport de force face à Macron et son monde - c’est à dire face à la bourgeoisie. C’est néanmoins ce que semble montrer la journée de grève historique de la RATP qui, à elle seule, a permis de paralyser tout Paris le vendredi 13 septembre dernier. En effet, les travailleuses et les travailleurs de la RATP se sont mobilisé-es avec des taux records de grévistes pour s’opposer à la fois à la précarisation générale prévue par la réforme des retraites et aux négociations de cette réforme entreprises par les directions syndicales avec le gouvernement et qui ne peuvent aller que contre les intérêts de notre classe. Avec une telle grève organisée à la base des syndicats, en toute indépendance des institutions, les travailleuses et les travailleurs de la RATP ont pu contraindre les directions syndicales à signer leur appel à la grève générale illimitée à partir du 5 décembre prochain, se faisant dès lors locomotive d’un mouvement ouvrier en recomposition qui pourrait bien approfondir le rapport de force imposé au gouvernement par les Gilets jaunes s’il s’étendait à d’autres secteurs autour d’un programme combattif. Le fait que la SNCF (Sud-Rail et FO) et les routiers (FO) aient rejoint l’appel mais aussi les mobilisations qui se multiplient et se radicalisent du côté des profs ou encore du personnel soignant sont autant de signes de la nécessité d’une grève générale - et autant de « menaces à désamorcer » pour le gouvernement.

Dans ces circonstances, la crise dans laquelle se trouve actuellement ce dernier est par ailleurs approfondie par le scandale du tragique incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, qui révèle avec toujours plus de violence le vrai visage de l’État bourgeois : après l’explosion, le constat de la gestion complètement irrationnelle de l’usine qui est à l’origine de la catastrophe et le silence du gouvernement à ce sujet, qui peut aujourd’hui nier son caractère non seulement d’exploiteur et d’oppresseur mais aussi de pollueur et de menteur ?

De la stratégie du « bulldozer » à celle de la négociation

Au milieu de cette crise qui s’intensifie, le premier ministre Édouard Philippe est mis sur le devant de la scène, tel un fusible bien pratique pour Macron car il pourrait « sauter » si la situation se tend d’avantage sans que cela ne perturbe grandement le régime. Dans la lignée du tournant à « visage social » que prétend opérer le gouvernement mis sur la défensive à la rentrée, Philippe dans un interview au Journal du Dimanche nous refait le coup du « dialogue social ». Une réponse que l’on ne connaît que trop bien et dont on a du mal à imaginer qu’elle pourrait encore convaincre qui que ce soit après le « grand débat » de Macron pour contenir les Gilets jaunes, « le grenelle contre les violences conjugales » de Schiappa pour contenir le mouvement féministe qui commence à émerger autour de la question des féminicides ou encore le « j’ai changé » adressé à la jeunesse mobilisée pour l’écologie par Macron dans un interview sur Kombini.

Après la stratégie du bulldozer à réformes antisociales qui a dominé le premier acte du quinquennat de Macron, celle de la négociation est à l’ordre du jour pour l’acte II axé sur la réforme des retraites. Pouvant s’appuyer sur les directions syndicales qui ont accepté d’aller négocier notre précarisation alors qu’elles auraient pu appeler à la combattre par la grève, le gouvernement s’affiche sous des airs de conciliateurs :

Je crois au dialogue social. J’ai annoncé que j’étais prêt à négocier pour que la réforme préserve les droits acquis et les espérances légitimes.

Il poursuit en tentant de décourager les travailleurs de mener des « blocages », en essayant de les diviser sur la question des régimes spéciaux comme si les grévistes de la RATP ne se battaient que pour conserver leur propre régime de retraite - ce qui est complètement faux comme on l’a vu plus haut :

« Mais je ne crois pas que les Français acceptent de subir des blocages qui auraient pour objet de conserver des régimes particuliers qui n’ont plus lieu d’être », estime-t-il. 

On ne peut s’empêcher de lui répondre : qui êtes vous pour savoir ce que « les Français » accepteraient ou non de subir pour arrêter de subir la précarité et le désastre écologique que vous réservez à notre classe en France et partout dans le monde ? La réponse à cette question apparait très vite puisque sous ses airs de compromis, Édouard Philippe ne fait que réaffirmer l’intransigeance du gouvernement lorsqu’il s’agit d’écraser notre classe. Ce « système universel, par répartition, par points » devra être « à l’équilibre pour que les Français aient confiance en sa pérennité » et, « compte tenu de l’augmentation de l’espérance de vie, il faudra travailler plus longtemps », précise-t-il. Comme le rapporte Le Monde, il profite de cet entretien pour écarter la possibilité d’une baisse importante de l’impôt sur le revenu en 2021 : « Nous voulons que le travail paie davantage […] Ceux qui travaillent doivent avoir un avantage réel sur les autres. Le pouvoir d’achat, il vient d’abord du salaire ! » En somme, rien de nouveau à l’horizon du coté du gouvernement : même s’il est moins visible dans le discours et prend la forme de la négociation, le bulldozer est toujours présent.

La précarisation de notre classe ne se négocie pas : elle se combat !

La « croisade » qu’entreprend ici le premier ministre contre le mouvement ouvrier qui commence à se reconstruire autour de la date du 5 décembre témoigne de la détermination du gouvernement à imposer coute que coute sa grande réforme des retraites, malgré toute la colère que ce projet génère et dans un contexte qui est déjà explosif. Mais elle révèle dans le même temps la menace que cette organisation dans le milieu ouvrier représente pour l’État bourgeois, d’où la nécessité pour ce dernier de développer tout un discours d’apparence conciliatrice.

Contre les tentatives du gouvernement de nous diviser pour mieux régner, dans les syndicats et entre les différents secteurs notamment autour de la question des régimes spéciaux, opposons la construction d’un mouvement ouvrier qui se donne les moyens d’aller jusqu’au bout et de renverser ce système par l’auto-organisation de notre classe autour d’un programme de lutte qui soit résolument antiraciste féministe et internationaliste !




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