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Politique

L’automne sera chaud

Retraites. Isolé, Macron tente de repasser à l’offensive et attise les braises

Un temps repoussée, Macron semble désormais déterminé à remettre la réforme des retraites sur le devant de la scène cet automne. Plébiscitée par le patronat et rêvée par le Président comme un remède à l’immobilisme, cette attaque contre les classes populaires jette néanmoins de l’huile sur le feu alors que la macronie est particulièrement affaiblie et isolée.

jeudi 15 septembre

Crédits photo : LUDOVIC MARIN / AFP

Tenter le tout pour le tout ? Depuis le début de la semaine, il semblerait que le gouvernement ait décidé de remettre au cœur de l’agenda la réforme des retraites qu’il avait pourtant abandonnée un certain temps, compte tenu du climat social dans le pays.

Ce lundi, le Président expliquait lors d’une rencontre à huis-clos avec l’Association de la presse présidentielle qu’il comptait sur son entrée en vigueur « dès 2023 ». Dans la foulée, c’est auprès des présidents des groupes de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale qu’il s’est exprimé jeudi sur son souhait d’accélérer la cadence concernant ce dossier phare de son projet depuis 2017. Selon une participante interrogée par BFMTV, Emmanuel Macron « considère que plus tôt on la fait, mieux c’est et qu’il n’y aura pas de meilleur moment politique dans six mois, un an ou deux ».

Concernant la méthode, l’exécutif n’hésite pas à agiter la possibilité d’un passage en force par le biais du Projet de loi de finance pour la Sécurité Sociale (PLFSS), qui pourrait faire l’objet d’un 49.3 si l’opposition envisageait de bloquer son adoption. D’une pierre trois coups, donc : l’entrée en vigueur du budget de la sécurité sociale, la mise en place de la réforme des retraites après des mois d’hésitations, mais aussi l’avantage de renouer avec une stature de Président réformateur. Une donnée importante alors que Macron subit le revers de sa victoire à la Pyrrhus en mai dernier et que l’immobilisme guette son second mandat.

En effet, après l’échec cuisant de son Conseil national de la refondation et malgré une journée de mobilisation nationale prévue le 29, le Président veut pour autant garder la face : « si on pense qu’il faut l’unanimité pour bouger, on ne fait jamais rien » déclarait-il ce lundi au Monde. De fait, Macron cherche à se recomposer autour d’un train de réformes soutenu alors que le patronat multiplie les signaux en faveur d’un retour en force des retraites. En outre, les pressions de l’Union européenne concernant les déficits budgétaires de pays membres tout comme la nomination d’une nouvelle Prime Minister aux accents thatchériens au Royaume-Uni ne sont pas étrangères à cette soudaine accélération du calendrier.

Toutefois, les choses sont loin d’être aussi simples qu’il n’y parait pour le gouvernement et l’exécutif reste conscient qu’il marche sur des braises. Avec une inflation qui continue de grimper et des factures d’électricité en hausse dès 2023, le retour au premier plan de la réforme des retraites pourrait en effet jouer un rôle catalyseur de la colère sociale.

Plutôt que d’agiter l’étendard du départ à la retraite à 65 ans, la macronie semble donc plus encline à allonger la durée de cotisation, qui a le mérite de « maintenir la fiction d’un âge de départ à 62 ans » résume un conseiller dans les colonnes de L’Opinion. Plus encore, sans grande surprise, le gouvernement cherche à justifier la réforme en s’appuyant sur le coût des miettes accordées à la population face à l’explosion de l’inflation. Ainsi, alors qu’il était interrogé sur France 2, le ministre du Travail Olivier Dussopt a expliqué : « c’est de l’argent, c’est la difficulté que l’on a à tenir les déficits et donc la dette. Donc il faut savoir être raisonnable. »

Tant d’arguments pour mieux faire passer la pilule mais qui témoignent néanmoins d’une fébrilité certaine chez l’exécutif malgré l’accélération de ces derniers jours. Autant dire qu’entre le spectre d’un mouvement d’ensemble et les besoins du patronat, la contradiction demeure largement insoluble pour la macronie.



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