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Politique

Avis de tempête sur la macronie

Retraites. Les avocats jettent la robe avant le discours de la ministre de la Justice

Les professions libérales en 2018 étaient le deuxième secteur le plus satisfaits à l’égard de l’action d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui avec sa réforme des retraites, il touche large et des secteurs qui devraient être plus logiquement proches de la macronie s’en éloignent, à l’instar des avocats.

jeudi 9 janvier

Crédit photo : DR

Ce sont avec des actions coup de poing que les avocats durcissent leur lutte contre la réforme des retraites de Macron. A l’appel du Conseil national des barreaux, les avocats ont fait grève ce mercredi 8 janvier dans toutes la France, impactant la totalité des barreaux.

Ils ont en ligne de mire la réforme des retraites d’Emmanuel Macron, alors même que la majorité des avocats avaient voté pour lui dès le premier tour de l’élection présidentielle. Relayée par France Info, Rachel Saada, avocate en droit du travail, explique que les avocats « ont voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle. C’est assez historique de faire défiler des avocats dans le même cortège que la CGT ou FO. »

En effet, la caisse autonome des avocats s’autofinance et est excédentaire, ce qui permet de reverser à d’autres caisses de retraite. Macron souhaite donc les mettre sous le régime universel ce qui impliquerait selon les avocats le « doublement des cotisations à 28 % et la baisse des pensions ».

La journée du 8 a été une réussite, les avocats ont réussi à bloquer littéralement la justice, la quasi totalité des audiences ont été repoussées, certains tribunaux ont été occupés. Lorsqu’il a été décidé de maintenir les audiences comme à Toulouse les avocats ont fait bloc et ont défendu un prévenu à 40.

Une réussite que la Garde des Sceaux, Nicolle Belloubet elle-même a été obligée de reconnaître sur RMC. Elle en a profité pour condamner les actions. Selon elle, « il y a des justiciables qui sont ici en cause et ils méritent d’être défendus », sous-entendu que les actions des avocats empêchaient les prévenus d’être défendus. Or, on l’a vu à Toulouse, lorsque le président refuse de repousser le procès, les avocats se sont mobilisés en masse pour défendre le justiciable. Les faits et les propos de Nicolle Belloubet sont donc diamétralement opposés.

Sans doute n’a-t-elle pas encore digéré l’action des avocats à Caen. Ces dernier, on fait une action, reprise partout par la suite comme un symbole de la lutte des avocats, lors d’un discours de la Garde des Sceaux. Dans le hall du palais de justice, ils ont retiré et jeté leurs robes aux pieds de Nicolle Belloubet.

Une action qui a fait des émules puisque dans plusieurs villes de France, des avocats ont fait la même chose comme ici à Lille ou dans les Hauts-de-Seine.

La ministre a demandé aux avocats de « continuer de dialoguer » mais comme l’explique à l’AFP Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, cela semble compliqué. « On m’a indiqué jusqu’à hier soir qu’il n’y avait de négociation possible que si on acceptait le régime universel et pour nous, c’est non. »

Le durcissement de la mobilisation des avocats, des professions libérales est un problème supplémentaire pour Macron. C’est une partie de la base sociale de la macronie qui est dans la rue. Une base sociale qui était dès l’élection très restreinte et qui fond avec la réforme des retraites qui touche des secteurs très divers. Macron ne peut que jouer la carte de l’enlisement, en laissant pourrir le mouvement et en le réprimant, tout en espérant jongler avec le corporatisme afin d’empêcher le tous ensemble, seul moyen de faire reculer Macron sur sa contre-réforme des retraites.