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Retraites : Macron manœuvre autour de la pénibilité pour nous faire travailler plus

Alors que s’ouvrait cette semaine le deuxième cycle de concertation sur la réforme des retraites, le gouvernement promet de rétablir certains facteurs de pénibilité pour endormir le monde du travail et avancer sur le fond de sa réforme : nous faire travailler plus longtemps.

jeudi 17 novembre

Crédits photo : AFP

Alors que s’ouvre cette semaine le deuxième cycle de concertation sur la réforme des retraites cette semaine, le ministre du Travail faisait le point lundi dans les colonnes des Echos. L’occasion de se féliciter des résolutions prises, et de se rassurer pour la suite : « le climat est bon » souligne Olivier Dussopt. En début de semaine dernière, le gouvernement a synthétisé en cinq pages ses échanges avec les organisations syndicales pour le premier cycle dédié à la pénibilité et l’emploi des seniors.

L’exécutif semble y promettre de réhabiliter trois des quatre facteurs de pénibilité supprimés en 2017 – le port de charges lourdes, les postures pénibles et les vibrations mécaniques – et d’en déléguer l’appréciation à la branche. « On pourrait par exemple tenter de définir les situations pénibles au niveau des métiers pour tenir compte des tâches effectuées. Il ne fait pas se contenter d’une approche par secteurs car cela risquerait de récréer des régimes spéciaux » indique-t-il en effet.

L’enjeu est de taille pour l’exécutif, puisqu’il s’agit de donner quelques gages aux organisations syndicales en échange d’un maintien du cap sur l’âge légal de départ à la retraite. Bien-sûr, si celle-ci n’est pas « un totem » selon les mots de la Première ministre, il est certain que l’objectif premier du second quinquennat reste de faire travailler plus longtemps la population.

Pour mieux faire passer la pilule, rien de mieux donc que d’avancer en premier lieu des concertations des concessions sur le terrain de la pénibilité, durement attaqué par Macron en 2017. Un discours aux allures de coup de com’ quand les conditions d’acquisition des points du compte professionnel de prévention sont si restrictives que depuis 2015, moins de 10 000 salariés ont pu l’utiliser pour partir plus tôt à la retraite selon L’Usine Nouvelle.

Mais si le ministre du Travail affirme que syndicats et patronat « convergent » sur l’élargissement du compte professionnel de prévention, la réalité n’est pas si rose pour le gouvernement. Y compris du côté de son principal allié syndical, le flou artistique du gouvernement agace : « Cela ne prédestine rien. Il n’y a aucune indication qui pourrait nous mettre sur la piste de ce que le gouvernement est prêt à lâcher » fustige ainsi la CFDT.

Côté patronal, le MEDEF par la voix de Geoffroy Roux de Bézieux cherche à durcir les conditions de départ anticipé à la retraite : « Nous, ce qu’on propose, c’est un examen médical qui peut avoir lieu à 50 puis à 55 ans pour voir l’usure au travail » a-t-il indiqué ce jeudi sur FranceInfo. Une individualisation de la problématique de la pénibilité, qui déboucherait sur trois possibilités – la continuation du travail, la reconversion ou le départ à la retraite – ce qui est une façon d’exiger que les salariés travaillent jusqu’au cercueil.

De ce point de vue-là, gouvernement et Medef sont alignés. De fait, outre les promesses vagues quant aux critères de pénibilité, l’enjeu central est d’allonger l’âge de départ à la retraite et/ou la durée de cotisation afin de faire travailler plus longtemps pour des pensions de misère. En témoignent les attaques contre les régimes spéciaux, qu’exécutif et patronat décrivent comme des privilégiés pour mieux monter les travailleurs les uns contre les autres et ainsi mieux détricoter les acquis de certains secteurs aux métiers particulièrement physiques et éreintants.

Encore une fois, il n’y a rien à attendre des concertations avec le gouvernement qui utilise ces rencontres pour légitimer des attaques de taille contre l’ensemble du monde du travail. Si le rétablissement des critères de pénibilité est une revendication légitime, il ne s’agit pas de la monnayer en échange de l’allongement du départ à la retraite. Il faut au contraire que les directions syndicales rompent avec la logique de dialogue social, et s’attèle à construire un plan de bataille commun pour l’ensemble du monde du travail afin de faire reculer le gouvernement sur cette réforme. De ce point de vue, la colère ne manque pas et s’est exprimé à de nombreuses reprises dans diverses branches du mouvement ouvrier, des raffineries au secteur du commerce en passant par la RATP.



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