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Politique

Se préparer à riposter

Retraites : Macron prêt à s’attaquer aux régimes spéciaux avant la présidentielle

Alors que cette question divise toujours le gouvernement, Les Echos révèlent que Macron envisagerait de relancer une partie de la réforme des retraites dans les mois à venir. Il étudierait notamment la possibilité de s'attaquer aux régimes spéciaux avant l’élection présidentielle.

lundi 6 septembre

Crédits photo : AFP

Si le gouvernement n’a aucun doute sur sa volonté de mettre en œuvre sa contre-réforme des retraites, abandonnée du fait de l’épidémie de covid-19 et après deux mois d’une grève historique dans le secteur des transports, l’échéance d’une telle offensive fait débat ces derniers mois. En effet, à quelques mois de la présidentielle, le gouvernement craint de lancer une attaque qui pourrait susciter un large mouvement de contestation. Une inquiétude partagée par le MEDEF, alors que des alliés du gouvernement tels que la CFDT s’opposent également à cette option. De même, lors de la rentrée du dialogue social la semaine dernière, l’ensemble des directions syndicales se sont opposées au lancement d’une concertation sur les retraites.

En dépit de ce ces oppositions, Cécile Cornudet révélait dimanche dans Les Echos que le lancement de la réforme avant la présidentielle reste sur la table. « Emmanuel Macron s’apprête à rouvrir le dossier de la réforme des retraites que l’on croyait enterré. « Il y aura probablement encore des décisions difficiles », a-t-il averti fin août en conseil des ministres. Quelques jours plus tard, ses proches précisent : le chef de l’Etat voudrait supprimer les régimes spéciaux de retraite et instaurer le minimum de pension à 1.000 euros. » explique l’éditorialiste. Une relance partielle avec en ligne de mire les régimes spéciaux, qui vise à couper l’herbe sous le pied de la droite avant la présidentielle pour redorer le blason « réformateur » de Macron, mais également à répondre aux appels du pied d’experts de la bourgeoisie qui, de la Cour des Comptes aux économistes Jean Tirole et Olivier Blanchard, réclament en chœur des réformes.

Pour assurer ses arrières, Macron cherche à équilibrer son attaque en associant une offensive contre les régimes spéciaux à l’instauration d’un minimum de pension à 1.000 euros. Exit pour le moment l’idée de repousser l’âge de départ à la retraite, Macron préfère une attaque plus circonscrite. La première mesure est évidemment le cœur de la démarche du gouvernement : s’attaquer aux acquis sociaux de corps de métiers qui bénéficient historiquement de régimes plus favorables en lien avec les luttes menées et la pénibilité de leur travail pour niveler vers le bas les retraites de l‘ensemble des travailleurs. Parmi les cibles concernées, les travailleurs de la RATP, les cheminots, les électriciens et gaziers, les travailleurs de l’Opéra de Paris, de la banque de France, contre lesquels Macron cherchait en 2019 à liguer le reste du monde du travail sans succès. Quant au minimum de pension, contrairement à ce que la promesse laisse entendre, elle ne concernera que les personnes ayant cotisé une « carrière complète ».

Une telle option n’est pas encore lancée et continue de diviser le gouvernement. Pourtant si Macron l’envisage c’est que, au-delà de l’intérêt pour lui d’envoyer des signaux réformateurs quels qu’en soient l’issue, la situation lui semble favorable. D’abord, la situation objective de l’épidémie qui connaît une décrue ces dernières semaines en dépit du danger que pourrait faire peser la rentrée joue en faveur du gouvernement et peut légitimer a posteriori auprès d’une partie de la population la méthode autoritaire du pass sanitaire et de l’obligation vaccinale qu’il a mis en œuvre.

Surtout, du côté des directions syndicales, l’heure est loin d’être à la mobilisation. Si en cette rentrée elles ont fait bloc contre les concertations sur la réforme des retraites, les signes envoyés depuis cet été vont dans le sens de la passivité et de la routine. Cet été, les directions du mouvement ouvrier ont ainsi boycotté la colère qui s’est exprimée contre le pass sanitaire, se refusant à proposer des perspectives aux très nombreux travailleurs qui ont défilé chaque samedi, et laissant ces derniers à l’influence de l’extrême-droite. De même, la date du 5 octobre choisie pour lancer une date nationale de rentrée dénote d’une très faible combativité, tandis que l’appel de la CGT à manifester le 14 septembre dans la santé contre l’obligation vaccinale et pour des embauches massives est menée sans convergence avec l’ensemble des secteurs concernés par ces revendications.

Une dynamique que perçoit le gouvernement d’après Le Monde qui note : « Au sommet de l’Etat, l’hypothèse de voir à nouveau la rue s’embraser n’angoisse guère. On cite en exemple l’épuisement des récentes manifestations contre le passe sanitaire. » Pourtant, si la passivité des directions du mouvement ouvrier ouvre une brèche pour Macron, la relance de la réforme des retraites ne serait pas sans danger. En septembre 2019, ce sont les travailleurs de la base qui, à la RATP, avaient imposé par leur combativité la date du 5 décembre comme point de départ d’une grève reconductible, avant d’être rejoint par différents secteurs et d’amorcer un mouvement historique. En cette rentrée, des phénomènes par en bas pourraient également émerger contre l’attaque de Macron, et obliger les directions syndicales à sortir de la routine et du dialogue social, qui font le lit des attaques du gouvernement.




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