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Retraites : Martinez et Berger doivent quitter immédiatement la table des négociations !

C’est comme un film sans fin. Cette semaine, Martinez, Berger et consorts seront reçus par le gouvernement pour discuter de la réforme des retraites. Un "dialogue" qui sème l'illusion que l'on peut négocier cette réforme et désarme les travailleurs. Martinez et Berger doivent quitter la table des négociations immédiatement !

dimanche 2 octobre

Laurent Berger (CFDT) et Philippe Martinez (CGT). Crédits photo : BERTRAND GUAY/AFP

Alors que Macron a précisé la semaine dernière qu’il comptait bien avancer sur la réforme des retraites d’ici janvier 2023, jeudi, depuis le cortège de la manifestation parisienne du 29 septembre, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, expliquait qu’il participerait aux premières concertations annoncées par le gouvernement sur la question de la réforme des retraites. De même, le secrétaire national de la CFDT déclarait qu’il prendrait part aux discussions s’« il y a une inflexion sur la méthode ». De son côté, Laurent Escure, secrétaire national de l’UNSA s’est félicité du changement de méthode revendiqué par la macronie. « Une bonne chose » selon lui.

En résumé, les directions syndicales participeront toutes à la première journée de « concertation » avec le gouvernement cette semaine.

Macron veut reculer la retraite à 65 ans : Martinez va lui présenter ses « propositions » !

Quelques heures plus tôt, Élisabeth Borne avait annoncé l’ouverture d’un nouveau cycle de « concertations » « avant l’hiver » à propos du nouveau projet de loi du gouvernement sur les retraites. La finalité du processus ne laisse guère place au doute. Il s’agit de préparer l’entrée en vigueur de la réforme des retraites 2.0 à l’été 2023 et d’avancer sur le « report progressif de l’âge de départ de quatre mois par an, jusqu’à 65 ans en 2031 ».

En d’autres termes, si la réforme n’est pas encore totalement ficelé, sur le fond, il n’est aucunement question de revenir sur les objectifs annoncés par Emmanuel Macron et donc sur la mise en place de la retraite à 65 ans.

Pas de quoi décourager le secrétaire général de la CGT qui, plutôt que d’opposer une fin de non-recevoir au gouvernement, a décidé de laisser la porte grande ouverte. Ainsi, « s’il y a une véritable volonté d’écoute sur les moyens de financer la sécurité sociale et donc la caisse nationale d’assurance-vieillesse », Philippe Martinez se déclare prêt à discuter pour présenter ses « propositions » à Élisabeth Borne.

Le gouvernement clair sur ses objectifs : mais quels sont ceux de Martinez et Berger ?

On a pourtant du mal à voir ce qu’il y a à discuter. Si Emmanuel Macron a un temps tergiversé sur l’âge de départ à la retraite (65ans, puis 64, puis 63, puis 65), le chef de l’Etat n’a jamais caché ses intentions sur la philosophie de la future réforme des retraites. Avant, pendant, et après les élections, il n’a eu cesse de marteler qu’il allait « falloir travailler plus longtemps ».

Cette semaine, Macron et son gouvernement ont fini par trancher. Sous pression de sa majorité et du MEDEF, le chef de l’État a fini par lâcher un peu de lest sur la forme, modifiant le véhicule législatif visant à l’imposer. Sur le fond, c’est le programme maximal et la retraite à 65 ans, et possiblement la fin des régimes spéciaux, qui ont été choisis. Une manière pour le gouvernement de miser sur la constitution d’un front commun (majorité gouvernementale, MEDEF, LR) pour mener à bien son offensive brutale contre la classe ouvrière.

Dans ce contexte, comment Philippe Martinez peut-il se montrer « ouvert » à la discussion avec le gouvernement ? Le secrétaire général de la CGT semble avoir parfaitement conscience du caractère surprenant de sa position, sinon il n’affirmerait pas que « s’il y a une concertation sur les retraites, pour nous expliquer “pourquoi il faut travailler plus longtemps“, je pense que la concertation ne va pas durer longtemps ». Mais justement : il n’y a pas l’ombre d’un doute. De là à conclure que Phillipe Martinez cherche à se couvrir quant à sa participation aux premières concertations, il n’y a qu’un pas.

La régression sociale ne se négocie pas : les directions syndicales doivent quitter les négociations maintenant !

En participant aux « concertations » et en maintenant le dialogue, malgré les camouflets répétés, Martinez et consorts sèment l’illusion que cette réforme pourrait finalement être amendée. Alors que les directions syndicales se retrouvent une nouvelle fois au chevet du gouvernement, il faut encore réaffirmer que la régression sociale ne se négocie pas. Leur participation à ces discussions ne peut que désarmer les travailleurs et donner l’illusion qu’il est possible de négocier des miettes. Les directions syndicales doivent quitter immédiatement les négociations !

De ce point de vue, il est particulièrement éclairant que même les journaux patronaux soulignent l’absence totale de répondant des directions syndicales face à l’offensive gouvernementale. Philippe Martinez « n’a pas brandi la menace de la grève générale » pointe à juste titre le journal patronal Les Echos. A rebours de cette logique qui nous désarme, l’heure devrait être à la construction de la riposte contre la réforme des retraites et pour les salaires.

Une perspective que les directions syndicales refusent, pour l’heure, de mettre à l’ordre du jour. Un refus qui s’est incarné le 29 septembre dernier et dans son bilan en demi-teinte. Indubitablement, le décalage entre la colère profonde et réelle sur les salaires, les grèves dans des secteurs stratégiques comme la pétrochimiel’automobile et une mobilisation nationale en deçà de ce qu’elle aurait pu être est lié à l’absence d’un plan de bataille à la hauteur.

Il y a pourtant urgence. Face à Macron qui accélère sur les retraites (après avoir déjà accéléré cet été sur l’assurance chômage et le RSA), l’heure est à la construction d’un réel plan de bataille qui articule l’opposition à tout projet de loi attaquant nos retraites et la bataille pour les salaires. Un plan qui se doit de s’appuyer sur les secteurs en lutte, pour les aider à gagner et à étendre leur combat, et qui porte un programme qui donne envie de se battre, capable d’unifier l’ensemble de la classe ouvrière, tel que l’augmentation de tous les salaires de 400 euros et leur indexation sur l’inflation. Le maintien "quoiqu’il en coute" du "dialogue social" par les directions syndicales montre une nouvelle fois qu’imposer cette perspective sera un combat.



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