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Du Pain et des Roses

Du Pain et Des Roses !

Retraites : l’intégration des primes des fonctionnaires, une mesure de plus au détriment des femmes !

Annoncée par le gouvernement comme une mesure exemplaire pour compenser les pertes de pension liées à la réforme des retraites, l’intégration des primes dans le calcul des points va renforcer les inégalités au sein de la fonction publique. Contredisant les affirmations d’Edouard Philippe, les femmes apparaissent ainsi une fois de plus comme les grandes perdantes de la réforme.

mercredi 22 janvier

Annoncée par le gouvernement comme une mesure exemplaire pour compenser les pertes de pension liées à la réforme des retraites, l’intégration des primes dans le calcul des points va renforcer les inégalités au sein de la fonction publique. Inégalement réparties entre les différents corps (Fonction Publique d’Etat, Territoriale ou Hospitalière) et métiers, inégalement réparties entre les titulaires des différents statuts (cadres A, B, C), la prise en compte des primes renforce dans chaque secteur les inégalités entre hommes et femmes. Contredisant les affirmations d’Edouard Philippe, les femmes apparaissent ainsi une fois de plus comme les grandes perdantes de la réforme. Le passage à la retraite à points et les différentes mesures programmées pénaliseront en effet les femmes, quel que soit leur secteur d’activité.

« À cause de Macron, les filles sont sous pression, bien plus que les garçons ! »

Alors que dans le système actuel, ce n’est pas le nombre d’heures travaillées qui permet de valider un trimestre à l’assurance retraite, mais les revenus perçus durant l’année (il faut accumuler l’équivalent de 150 h payées au SMIC, soit 1 504,50 € en 2019, pour valider un trimestre), le passage à un système à point, où chaque heure permet d’accumuler un nombre encore indéfini de « points retraites », aggrave les inégalités en pénalisant les carrières hachées, les interruptions de travail et les temps partiels. Or, aujourd’hui, les femmes cumulent ces handicaps : en 2019, 40 % des femmes ont une carrière incomplète, ce qui les conduit à cotiser en moyenne 40 trimestres de moins que les hommes, de même qu’elles sont 18 % de moins que les hommes à exercer à temps plein et exercent 4 fois plus de temps partiels subis. -

Ces inégalités seront encore renforcées lors du calcul des pensions. En se basant sur le montant des revenus de toute une carrière, et non plus des 25 dernières années (pour les travailleuses et travailleurs du secteur privé) ou des 6 derniers mois (pour les fonctionnaires), cette réforme renforce de facto les inégalités de genre. Les hommes connaissant en moyenne des carrières moins précaires et moins discontinues, mais ayant aussi en moyenne des niveaux de revenu de 18,5 % à 23 % plus élevés que ceux des femmes, ils obtiendront mathématiquement des pensions de retraite plus importantes. Ainsi, alors qu’aujourd’hui, le niveau de pension des femmes est déjà de 42 % inférieurs à celui des hommes, les écarts risquent encore de s’approfondir.

D’autant plus que les pensions de réversion, perçues après la mort du conjoint, et les droits familiaux, perçus à la naissance des enfants, permettent actuellement de réduire une partie de ces inégalités, reportant la différence de taux de pension à 29 %. Si, à partir de 2025, le taux de réversion devrait être harmonisé à 70 % des revenus du couple, ce qui pourrait avantager les femmes les plus précaires, les divorcé.e.s ne pourront plus percevoir cette pension. De plus, il faudra attendre l’âge de 62 ans pour percevoir cette pension, contre 55 ans pour les salarié.e.s du privé… et n’importe quel âge pour les salarié.e.s du public ! Il en va de même pour les droits familiaux : si, sur le papier, la réforme paraît avantageuse en prévoyant une majoration des pensions de 5 % à la naissance de chaque enfant, et non plus de seulement 10 % à partir de 3 enfants, elle pénalise en réalité les futures mères. Désormais, les parents, au lieu de recevoir chacun 10 % supplémentaires sur leurs futures pensions, pourront choisir lors du 4e anniversaire de l’enfant lequel d’entre eux bénéficiera de ces 5 %. Or, il y a fort à parier que les couples choisiront le parent à la meilleure retraite… Un homme dans la majorité des cas, les hommes percevant en moyenne de meilleurs salaires et ayant généralement des carrières plus continues.

FonctionnairEs une fois, deux fois, trois fois précaires.

Déjà victimes des coupes budgétaires et de la dégradation des conditions de travail et d’accueil du public, le secteur public va être d’autant plus impacté par les réformes que les niveaux de salaires y sont souvent moins élevés que dans le privé (un cadre du public est rémunéré 3.273 euros net en moyenne, contre 4.141 € dans le privé)... Ce qui coïncide avec une importante féminisation du secteur. 62 % des agents de la fonction publique sont des « agentes », contre 44 % dans le secteur privé. Cela n’empêche pas que l’on trouve dans le public les mêmes inégalités face à l’emploi que dans le privé. Si les inégalités de salaires femmes/hommes y sont moins fortes (autour de 12 %), en 2017, plus de 80 % des postes à temps partiel sont occupés par des femmes. De même, les femmes sont très représentées dans les catégories C et chez les contractuels, qui sont les deux secteurs les moins bien rémunérées de la fonction publique, et, pour les contractuels, subissent en plus la précarité liée à l’emploi. Ainsi, 63 % des effectifs de catégories C et 6 contractuels sur 10 sont des femmes. Loin d’être les « grandes gagnantes » de la réforme, les femmes, qui sont nombreuses à être fonctionnaires, se retrouvent donc une fois de plus en première ligne : moins payées et plus souvent à temps partiel, elles auront mécaniquement droit à moins de retraites.

En prenant en compte l’intégralité de la carrière et non plus les 6 derniers mois, la réforme des retraites pénalise tout particulièrement les fonctionnaires, qui commencent avec des niveaux de rémunération moins élevés, et, surtout, connaissent des évolutions de carrière beaucoup plus lentes que les travailleuses et travailleurs du secteur privé. Pour « compenser » la baisse des pensions, qui peut atteindre plusieurs centaines d’euros selon les corps de métier et le statut, la réforme prévoit ainsi de prendre en compte les primes accordées à certains fonctionnaires, qui, jusqu’alors, étaient exclus du calcul des pensions. Or, ce sont ces mêmes primes, qui, à l’heure actuelle, expliquent une bonne partie des inégalités salariales entre femmes et hommes dans la fonction publique ! S’appuyant sur les chiffres du dernier rapport annuel sur l’état de la fonction publique, un article publié aujourd’hui dans Les Echos explique : « Pour la catégorie A (cadres), « le manque à gagner moyen des femmes en termes de primes représente 20 % de l’ensemble des écarts de rémunération constatés » […]. Pour leurs collègues de catégorie B et C, les primes expliquent même respectivement 42 % et 38 % du différentiel de salaire à cet âge ». S’appuyant sur un système de « récompense » déjà inégalitaire, cette réforme va donc, de fait, renforcer encore les inégalités entre femmes et hommes.

D’autant plus que dans certains des secteurs les plus féminisés de la fonction publique, la prise en compte de ces primes n’aura que très peu – voire pas du tout – d’impact. Les personnels de l’Education Nationale, par exemple, qui sont composés à 68,3 % de femmes (avec plus de 80 % de femmes pour l’enseignement primaire !) ne touchant quasiment aucune prime, ils ne pourront donc pas voir leurs pensions « augmenter », bien que le gouvernement tente de rassurer les enseignant.e.s et autres personnels en promettant des « revalorisation » du métier et des salaires. Dans le cas du secteur hospitalier, où les femmes sont aussi très nombreuses, ce sont surtout les catégories A, c’est-à-dire les cadres, qui touchent le plus de prime (30 %). Or, c’est aussi le secteur le moins féminisé de la profession, avec 73 % de femmes, contre 78 % de femmes en catégorie C, qui, elles, ne touchent que 21,5 % de primes. Ainsi, les femmes, dont les salaires sont en moyenne moins élevés, sont aussi parmi celles qui touchent le moins de primes, et qui, donc, ne pourront bénéficier des promesses du gouvernement, à compter qu’elles aient une réalité.

L’analyse de la situation des femmes et des femmes dans la fonction publique montre ainsi comment la réforme des retraites que tente d’imposer le gouvernement, en prétextant de son caractère égalitaire et universel, ne fera qu’accroître et renforcer les inégalités. Les femmes, déjà précarisées du fait de leur identité de genre pendant leur vie active, se verront encore plus précarisées au moment de prendre leur retraite, et ce d’autant plus qu’elles occupent déjà un emploi précaire ou peu rémunéré. C’est pourquoi les femmes ont aujourd’hui un rôle essentiel à jouer dans la grève et dans la rue, et n’hésitent plus, les militantes qui l’ont chorégraphié, à faire entendre leur voix ; « A cause de Macron, on crie REVOLUTION ! »

Crédits photo : capture d’écran BFMTV