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Politique

Réforme des retraites

Retraites : vers un âge de départ à 64 ans ? Rien ne change sinon l’urgence d’un plan de bataille !

Le dernier round des concertations sur la réforme des retraites s’est achevé ce mercredi. Alors que le gouvernement n’a pas réussi à briser le front syndical, il semble désormais privilégier une autre option pour sa réforme : le décalage de l’âge légal à 64 ans combiné à une accélération de l’application de la loi Touraine. Une manœuvre qui témoigne d’une certaine fébrilité, face à laquelle le mouvement ouvrier doit opposer un plan de bataille.

jeudi 5 janvier

Crédit photo : AFP

La nouvelle série de consultations menée par la Première ministre avec les organisations syndicales s’est achevée mercredi soir. Alors que les directions syndicales n’ont pas bougé sur leur refus de tout recul de l’âge de départ à la retraite à la sortie de leurs rendez-vous à Matignon, Olivier Dussopt s’est empressé de livrer hier dans les colonnes du Parisien des détails sur l’avancée des réflexions du gouvernement.

Décalage de l’âge légal à 64 ans, accélération de la réforme Touraine : isolé, l’exécutif manœuvre

En général, les ambitions et les grandes lignes du projet présidentiel n’ont pas bougé : il va falloir « travailler davantage ». Cependant, après que la cheffe du gouvernement, invitée de France Info mardi matin, ait expliqué que repousser l’âge légal de départ à 65 ans n’était « pas un totem », le ministre du Travail a précisé que le gouvernement n’écartait pas l’hypothèse d’une réforme sur des modalités un peu différentes.

A propos de l’objectif visé par le gouvernement, Olivier Dussopt a ainsi expliqué : « nous pourrions l’atteindre [l’objectif] avec la mise en place d’une mesure d’âge à 64 ans, si tant est qu’elle soit accompagnée d’une accélération de la mise en œuvre de la réforme Touraine, pour arriver plus vite aux 43 ans de cotisations. » Avant de préciser : « cela fait partie des pistes que nous avons présentées aux partenaires sociaux avec la première ministre ».

Un choix tactique avec lequel l’exécutif tente de se frayer un passage pour faire aboutir la réforme la plus explosive et la plus impopulaire du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Il vise en effet à la fois à séduire la droite, dont une partie plébiscite une telle solution, pour éviter le recours au 49-3, mais aussi à se montrer ouvert au dialogue et à la discussion. Le tout continue de dessiner une offensive profonde et inacceptable contre les travailleurs, mais ce choix n’en est pas moins un témoignage de la fébrilité de l’exécutif.

Concertations : du temps gagné par l’exécutif, les directions syndicales ont joué le jeu de Macron

A l’issue de la séquence de concertations ouverte par le gouvernement, le pari de l’exécutif de neutraliser les syndicats dits réformistes, et notamment la CFDT, a cependant échoué. En témoignent les déclarations de Laurent Berger de ce mardi à l’issue de sa dernière entrevue avec Elisabeth Borne : « Je le dis ici et je l’ai dit à la Première ministre : s’il y a un report de l’âge légal de départ en retraite à 64 ou 65 ans, la CFDT se mobilisera pour contester cette réforme ». De son côté, Philippe Martinez rappelait hier qu’il restait « inacceptable de travailler plus longtemps ».

Dans un communiqué publié début décembre, les organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU s’étaient opposées à un recul de l’âge légal du départ à la retraite ou à une augmentation de la durée des cotisations. A l’issue des concertations, le front syndical très large, inédit depuis 2010, semble ainsi se maintenir.

Si l’on peut s’en féliciter, on ne peut que dénoncer le choix de participer à l’ensemble des concertations depuis novembre. Celles-ci n’ont en effet fait que maintenir l’illusion qu’un dialogue était possible et retarder la construction de la mobilisation face au gouvernement, permettant à l’exécutif de gagner du temps ou de présenter un certain nombre de mesures discutées comme un progrès pour faire avaler la pilule de la réforme. Toujours dans Le Parisien, Olivier Dussopt insistait hier que les concertations « ont été utiles parce qu’elles ont permis d’élaborer des mesures d’accompagnement qui n’existaient pas il y a trois mois, notamment avec les syndicats réformistes. »

A moins d’une semaine de l’attaque sur nos retraites, l’urgence d’un plan de bataille

A l’heure où l’offensive du gouvernement s’affine, l’urgence devrait désormais être d’annoncer un plan de bataille. Certes, Borne et Macron sont loin d’être sereins. Ils craignent un embrasement dans lequel converge la colère contre la réforme des retraites, la hausse des prix et la crise énergétique qui explique leur volonté de s’afficher au chevet des boulangers ces derniers jours. Cependant, le gouvernement reste déterminé à nous faire travailler plus et ne reculera pas facilement devant cet objectif.

Or, de ce point de vue, l’annonce de premières dates de mobilisation continue de se faire attendre. Sur ce plan, le choix des directions syndicales de privilégier le « dialogue social » a pesé lourdement, retardant la préparation du combat contre les retraites. Désormais, la préparation de la riposte ne peut plus attendre.

Alors que la réforme des retraites sera présentée mardi prochain, il est essentiel de commencer à construire des perspectives pour une lutte d’ensemble, qui lie la bataille contre les retraites à la lutte pour les salaires, autour de laquelle de nombreux travailleurs se sont mobilisés ces derniers mois. Or, pour vaincre le gouvernement et le patronat, une énième succession de journées de grèves isolées ne suffira pas. Il faut organiser le blocage de l’économie.

C’est dans ce sens que les directions syndicales devraient travailler, profitant de leur front large pour commencer d’ores et déjà à solliciter leurs bases et les préparer à mobiliser le plus largement et le plus rapidement possible afin de construire une première journée de 48h qui permette de préparer le terrain à la reconductible, seul moyen d’imposer le rapport de forces nécessaire pour faire reculer Macron.



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