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International

Non à la guerre !

Réunion de Ramstein. Un saut international dans la livraison d’armes pour l’Ukraine

Ce mardi, une quarantaine de pays se réunissait à la base militaire américaine de Ramstein en Allemagne, afin de tenir une réunion du Groupe Consultatif de Défense de l’Ukraine autour du Secrétaire à la défense américain et de ses homologues ukrainiens et allemands. L’objectif : coordonner de nouveaux approvisionnements d’armes et de matériel à destination de l’Ukraine.

jeudi 28 avril

Crédits photo : André Pain / AFP

Ce mardi, une quarantaine de pays membres de l’OTAN, de l’UE et alliés de Zelensky dont les Etats-Unis, le Canada, la Turquie, Le Royaume Uni, ou encore la France, la Pologne et le Qatar se sont réunis à la base militaire américaine de Ramstein en Allemagne afin de convenir du renforcement de leur soutien militaire à l’Ukraine et de coordonner les livraisons d’armes. L’objectif était de « générer des capacités supplémentaires pour les forces ukrainiennes », selon les mots de Lloyd Austin, le secrétaire américain à la défense. Une réunion qui marque un plus grand engagement des États-Unis et du bloc qu’ils hégémonisent dans ce conflit. Cette réunion et ses conclusions montrent également la volonté de ces puissances de capitaliser sur le retrait des troupes russes vers l’Est et le Sud-Est de l’Ukraine pour leur porter un coup important.

Les États-Unis veulent « voir la Russie affaiblie »

Cette réunion fait suite à la visite lundi des ministres américains de la défense et des affaires étrangères auprès de Zelensky et d’autres membres du gouvernement ukrainien. A cette occasion, le secrétaire de la défense Austin avait donné le ton, affirmant : « nous voulons voir la Russie affaiblie à un point qu’elle ne pourra plus faire le genre de choses qu’elle a fait en envahissant l’Ukraine » , poursuivant : « Elle a déjà perdu beaucoup de ses capacités militaires et de ses troupes, très franchement, et nous voulons les voir ne pas avoir la capacité de les régénérer rapidement ».

A la suite de cette visite, les États-Unis ont annoncé un nouveau renforcement de l’aide militaire de 700 millions de dollars, portant ce montant à 3,4 milliards de dollars depuis le début du conflit, ainsi que la livraison d’armes lourdes.

Cette dynamique ne semble pas être sur le point de s’essouffler. Mediapart relève ainsi : « Le Congrès a déjà adopté un budget d’aide militaire de 6,5 milliards de dollars (soit plus que le budget militaire annuel de l’Ukraine, de 6 milliards en 2021), dans le cadre d’un plan global de 13 milliards d’aide au pays. » Au-delà du plan financier et géopolitique où ils s’imposent, les États-Unis s’investissent au niveau tactique, avec la mobilisation de leurs appareils de surveillance, de renseignement et d’imagerie satellite, comme le rapporte Mediapart, ainsi que la formation qui accompagne la livraison de certains armements.

L’ampleur de ces investissements américains pour homogénéiser un bloc permettant de faire reculer la puissance militaire russe s’ancre dans le tournant opéré par les États-Unis autour de la zone indopacifique. Réduire la Russie au rang de partenaire secondaire de la Chine, en comptant sur l’Allemagne après son virage militariste et en moindre mesure sur les autres puissances européennes, lui permettrait de concentrer ses efforts sur cette zone, comme nous l’expliquions dans un article récent.

Toujours plus d’armes

A la sortie de cette réunion, la ministre de la Défense canadienne Anita Anand a annoncé aux journalistes présents sur place la livraison de canons M777 Howitzers aux forces ukrainiennes, ainsi que de milliers de fusils d’assaut, grenades et lances roquettes.

Alors qu’il avait jusque-là évité l’envoi d’armements lourds en Ukraine, le gouvernement allemand a quant à lui promis la livraison d’une douzaine de Flakpanzer Gepard, véhicules blindés antiaériens pouvant également être utilisés contre des cibles au sol. D’autres livraisons d’armement lourd seraient en discussion. Lundi, le porte-parole du gouvernement annonçait que la décision de livrer 100 véhicules de combat d’infanterie Marder serait tranchée prochainement. Après la rupture en février de sa politique de non-envoi d’armement en zones de guerres, et une très forte hausse de son budget en armement, le gouvernement allemand a fourni depuis le début de la guerre armes antitanks, des missiles sol-surface, ainsi que des munitions, grenades et explosifs aux forces ukrainiennes.

Mediapart dresse un inventaire partiel des livraisons d’armes en direction de l’Ukraine effectuées ou à venir. En tête des plus gros fournisseurs se dressent sans surprise les États-Unis, avec « 72 canons de 155 millimètres, des pièces d’artillerie lourde de dernière génération, ainsi que 184 000 obus […] 16 hélicoptères de combat, près de 6 000 missiles antichars Javelin, 7 000 autres missiles antichars, 1 400 missiles antiaériens Stinger, des roquettes à guidage laser, des radars anti-drones et anti-artillerie, des systèmes de communication, des blindés légers ainsi que 700 « drones suicides » Switchblade » ».

La France, quant à elle, est responsable de la livraison d’une centaine de millions d’euros de matériel militaire, dont des missiles antichar, et des canons Cazsar de dernière génération accompagnés de leur munitions. Mardi matin, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian publiait une annonce réaffirmant le soutien de la France après une rencontre avec son homologue ukrainien, notamment à travers la livraison d’équipements « dans le domaine de l’artillerie ».

Après cette surenchère militaire, l’Ukraine disposerait de plus de « chars opérationnels » que l’armée russe selon le Pentagone, comme le rapporte Mediapart.

Si cette surenchère militaire pourrait porter un coup important aux forces russes, c’est bien pour leurs intérêts propres que les États-Unis la mènent, comme le révèle leur volonté de voir « affaiblie » l’armée russe. Comme nous l’écrivions récemment, cette guerre, ainsi que l’escalade militaire qui l’accompagne, ne pourra avoir d’issue favorable pour les classes laborieuses sans processus de résistance en toute indépendance de Poutine et de l’OTAN, et, donc, de Zelensky. Ces envois d’armes des États-Unis font partie intégrante de la stratégie américaine pour faire de l’Ukraine un allié bien fidèle à ses projets impérialistes, notamment contre des rivaux directs comme la Russie.

En tout état de cause, face à cette escalade militaire entre super-puissances et celle que connaît également l’Europe, à l’instar de l’Allemagne qui a triplé son budget militaire, nous ne pouvons que revendiquer le retrait des troupes russes du territoires Ukrainiens et dénoncer l’escalade militaire de l’OTAN. Les conséquences de cette guerre auront toujours pour premières victimes les classes populaires, que ce soit à cause des conflits directs entre les armées, ou que ce soit les sanctions économiques imposées par l’Occident, qui, de la même manière, ne pourront qu’affecter les couches populaires.



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