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Politique

ORGANISATION A LA BASE

Réunion de coordination SNCF RATP : bilans d’un mois de lutte, et perspectives de la généralisation pour gagner

Deux jours après les contre-vœux des grévistes et à la fin de deux semaines noires décidées à la base, les grévistes de région parisienne continuent de montrer et organiser leur détermination avec une nouvelle réunion de coordination. Un mot d'ordre : étendre et généraliser la grève, pour taper fort dans la semaine décisive qui s'annonce et jusqu'au retrait !

vendredi 3 janvier

Réunion de la coordination RATP SNCF le 20 décembre 2019. Crédit O Phil des Contrastes

Ce jeudi 2 janvier, au 29ème jour de grève reconductible, dans le 18ème arrondissement de Paris, c’est plus déterminés que jamais que se sont réunis les grévistes de la SNCF et de la RATP d’Île de France pour une nouvelle réunion de coordination. Au programme, le bilan d’un mois de grève, des deux dernières semaines d’actions, la lutte contre la répression, et l’établissement d’un plan de bataille pour les jours qui viennent.

De nombreux secteurs étaient présents au niveau du :
- Dépôts de bus : Aubervilliers, Ivry, Flandre, Nanterre, Belliard, Vitry, Saint Denis, Montrouge, pavillon-sous-bois, Lagny, Malakoff, Fontenay
- Ferré : métro ligne 3 Gallieni, métro ligne 8, ateliers St Ouen, RER B Massy, RER A Varenne
- SNCF : St Lazare, le Bourget, Paris Est, Paris Nord, Châtillon, Auster, Vaires-sur-Marne, Lille

Deux semaines d’actions contre la trêve : les grévistes reviennent sur la réussite des « semaines noires » organisées à la base

Deux semaines jour pour jour après les dernières déclarations du gouvernement et des directions syndicales, qui appelaient ou instituaient de fait une pause dans le mouvement, au moins en ce qui concerne les dates de manifestations nationales pour ce qui est de l’intersyndicale, les grévistes présents sont revenus sur ces 15 jours d’actions. Quinze jours qui, s’ils étaient ceux de la trêve tant espérée par le gouvernement, se sont finalement révélés être un temps fort et important, à l’initiative de ce même cadre de coordination des grévistes dans lequel avait été défini un plan de bataille à la hauteur de la situation pour les vacances. « Il n’y a pas eu de trêve, et c’est grâce à nous ! », ou encore « On a pris notre grève en main ! » entend-on ainsi dès le début de la discussion, de la bouche de plusieurs grévistes, pointant le rôle décisif de ces réunions de coordination qui deviennent de plus en plus un véritable organe d’organisation de la grève par la base des secteurs-clés du mouvement.

Et en effet, il est une évidence à la fin de ces vacances, c’est que la trêve est bien loin d’avoir eu lieu ! Des piquets tournants - qui ont permis de bloquer chaque matin avec succès deux dépôts de bus, au sud et au nord de Paris – aux manifestations du 26 et 28 décembre, en passant par les actions d’ampleur à l’image de celle de la Gare de Lyon le lundi 23 décembre ou encore de la conférence de presse des contre-vœux de fin d’année des grévistes, c’est combatifs, acteurs de leur grève, et au devant de l’espace médiatique que se sont montrés les grévistes. Une politique et un ensemble d’actions très réussis pour l’ensemble des présents, qui soulèvent l’importance de ces deux semaines décisives pour le moral des grévistes et la cohésion avec les soutiens, restés en nombre à leurs cotés. Pour Karim, gréviste de Pavillon-sous-bois, « Cette coordination, c’est un sans faute ! Toutes les actions ont eu un impact ! »

Et si cette détermination, qui participe à faire de cette grève contre la réforme des retraites un mouvement historique, est présente depuis le 5 décembre, puis a fait un saut suite aux dernières annonces du gouvernement, il semblerait que l’entrée dans l’année 2020 voit la radicalité des grévistes s’exprimer de manière plus accrue encore. En effet, face à la détermination d’Emmanuel Macron, réactualisée dans ses vœux aux Français qui a déclenché la colère des classes populaires - exprimée dans cette réunion notamment à l’évocation du fameux dialogue respectueux et républicain « alors que ça n’a été que coups de matraque et compagnie ! » -, c’est une détermination encore plus grande qui se fait entendre dans le camp de la lutte. Une force qu’il n’est plus possible d’ignorer, y compris pour les grand médias et le gouvernement, comme en témoigne le succès de la conférence de presse des contre-vœux dont les grévistes se félicitent, et pendant laquelle ils ont réagi au discours présidentiel et exprimé leurs propres résolutions, de lutte et de victoire, sous les yeux et les caméras des journalistes ! C’est également ce signal de combativité qu’envoyait l’action au siège LREM le matin même, là encore organisée par la basse des grévistes en coordination. Aucun doute du coté de ceux qui se battent depuis bientôt un mois et prennent conscience dans la lutte de leur propre force : les prochaines semaines seront celles de la victoire, et ils iront la chercher.

La lutte contre la répression comme priorité : face aux tentatives de démoralisation et d’intimidation, s’organiser pour riposter et continuer de lutter

« À la SNCF, c’est bizarre, les chiffres descendent, mais y a pas plus de trains qui passent. Ils donnent et font des chiffres pour nous démoraliser. » explique Malek du dépôt de bus de Nanterre. Après un mois de mouvement, et alors que le bras de fer engagé avec le gouvernement ne cesse de se durcir, c’est à toutes les formes de tentatives de démoralisation ou d’intimidation, dont la répression la plus brutale, que se confrontent les grévistes. Ainsi, c’est la question des victimes de la répression ou des représailles patronales qui se pose dans la discussion, notamment à travers l’évocation des violences policières, extrêmement fortes depuis quelques temps sur les dépôts de bus notamment.

Mais au-delà même des coups de matraques et gaz lacrymogènes distribués à tour de bras par les forces de l’ordre, c’est une véritable répression disciplinaire et patronale que l’on voit s’abattre sur les grévistes. C’est ce dont témoigne Salman, du dépôt du Barrage à St Denis : « Il y a aussi une grosse répression de la part de la direction, avec des menaces de révocation pour ceux qui se sont mis en droit de retrait », les droits de retrait ayant été massivement exercés par le personnel non gréviste de la RATP suite au passage à tabac de leurs collègues en grève devant leurs dépôts. Plusieurs grévistes se retrouvent d’ailleurs au cœurs de procédures disciplinaires, menacés de licenciements, à l’image de Hani dont le conseil de discipline est prévu pour le 7 janvier, ou de Yassine le 13 janvier.

Mais face à cette répression, qui est à la hauteur de la peur et de la pression exercée par le mouvement sur le gouvernement et les directions d’entreprises, il n’est pas question pour les grévistes de céder, et il est clair que ce cadre de coordination doit aussi être celui de l’organisation des soutiens et de la lutte contre cette répression qui s’abat sur le mouvement. « On va gagner la grève jusqu’au bout, et on vous défendra jusqu’au bout ! Yassine, Hani, vous faites partie de la grève et on en repartira tous comme des princes ! Il n’y aura pas de sacrifiés chez nous ! » lance ainsi Clément, cheminot du technicentre de Châtillon en direction de ses camarades réprimés, dans le sens de cet objectif clair : une victoire totale.

Pour aller jusqu’à la victoire, généraliser la grève ! Le privé et la jeunesse en ligne de mire

Mais pour arriver à cette victoire totale, pour chacun il est clair que « l’heure est à l’extension de la grève ». Après avoir démontré la solidité des secteurs les plus déterminés ces deux dernières semaines, il est temps de faire la démonstration que le mouvement peut encore s’étendre pour faire basculer définitivement le rapport de force en sa faveur. Si raccrocher le wagon des profs dès lundi pour « réussir la rentrée comme on a réussi les vacances » est un enjeu important en direction de l’Éducation nationale, « troisième aile marchante du mouvement », réussir à faire entrer pour de bon des secteurs comme le privé ou la jeunesse dans la bataille devient absolument central. Pour Anasse, aiguilleur sur le secteur du Bourget, « La semaine prochaine, politiquement, il faut changer de braqué : combiner la pression sur le gouvernement et la généralisation, notamment en direction du privé. »

Pour Christian, cheminot à Paris Est, « Il est très important que quelque chose de significatif se passe la semaine prochaine. Cette semaine doit être mémorable, c’est important pour le rapport de force, et pour le moral des collègues ! ». Une idée soutenue par l’ensemble des présents, dont Frank du RER B, qui était le jour même à son AG qui rassemblait presque 200 personnes, toutes très déterminées pour la semaine à venir, avec des taux de grévistes encore très forts (20 roulants ce jeudi sur 320). En plus de la reconduction des piquets tournants et de la bataille pour la mise en grève de l’ensemble des collègues des gares et des dépôts pour la semaine importante qui s’annonce, c’est donc dans le sens d’étendre la grève au-delà de la base solide et radicalisée que forme la SNCF et la RATP que se poursuit la discussion, en essayant de penser des actions fortes en direction des autres secteurs dès lundi.

Sont ainsi pensées des actions de blocages ou de tractage vers des entreprises privées, déjà commencées par certains grévistes, pour les jours qui viennent, mais aussi d’autres moyens pour véritablement intégrer tout le monde au mouvement. Pour Samir, « C’est une grève politique, et il faut que le privé le comprenne ». Laura, cheminote du Bourget, explique ainsi l’importance des revendications avancées par le mouvement, et de leur élargissement pour tous les travailleurs, pour généraliser la grève sur des bases pour lesquelles l’ensemble des secteurs voudront se battre. Dans cette perspective, la lutte contre les licenciements et la répression patronale, d’autant plus vive dans le privé, apparaît centrale. « On a déjà fait la démonstration qu’on ne se bat pas pour nos régimes spéciaux, mais il faut affirmer en positif qu’on se bat pour le nivellement par le haut ! Que notre bataille est aussi celle contre la précarité ! » complète la cheminote.

Une bataille contre la précarité propice à s’adresser à un autre secteur, qui peut se révéler décisif s’il se décide à entrer dans la bataille : celui des étudiants, et les grévistes en sont bien conscients. Si en France le lien traditionnel entre les étudiants et les ouvriers dans les grèves importantes est habituellement incontournable, et « était absolument primordial en 2018 au moment de la bataille du rail » comme le rappelle Anasse, la jeunesse scolarisée tarde pour l’instant à entrer dans la danse, en dehors de la participation d’une frange d’étudiants déterminés qui se lèvent très tôt pour venir sur les piquets depuis le 5, et des cortèges jeunes en manifestations. « Si on a les étudiants avec nous, même pour les actions, ça ne sera pas la même histoire ! » Pour les grévistes, la rentrée de janvier doit donc être l’occasion d’interpeller cette jeunesse « qui sera la première touchée par cette réforme de merde », et de la rallier à la lutte à travers des actions fortes, pour que la masse et la radicalité du gouvernement aident le mouvement à se hisser jusqu’à la victoire.

C’est donc avec un nouveau plan de bataille pour les jours à venir et la conviction d’avoir entre leurs mains l’avenir du mouvement, aussi forte que la volonté de l’amener jusqu’au bout en arrachant une victoire totale face au gouvernement, que se termine cette réunion de coordination.




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