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Bataille de l'opinion

Réveillon du 31 : les grévistes organisent leurs "contre-voeux" présidentiels

Après près d’un mois de grève et le dépassement du record de 1995, et alors que le gouvernement tente de jouer au « pourrissement » et d’isoler le noyau dur de la grève, l’allocution d’Emmanuel Macron du 31 décembre est un enjeu majeur pour cette « bataille de l’opinion », menée depuis le 5 décembre, et qui se durcit. Les grévistes, réunis en coordination, ont décidé de préparer des contre-vœux pour ne lui laisser aucune porte de sortie.

lundi 30 décembre 2019

Alors que le conflit sur la réforme des retraites qui oppose les travailleurs du transport, les professeurs et les raffineurs, au gouvernement, ne faiblit pas, l’allocution d’Emmanuel Macron est très attendue. Le gouvernement, qui, depuis le début des vacances de Noël, a choisi la stratégie du « pourrissement » pour faire faiblir la grève et tente de jouer sur le moral des grévistes, pourrait annoncer quelques fausses avancées, notamment pour satisfaire la CFDT ou l’UNSA, l’une et l’autre déjà bien engagées dans les négociations. Que ce soit sur l’âge pivot ou sur la question de la pénibilité, le gouvernement cherche à préparer le terrain aux négociations qui débuteront le 7 janvier pour isoler les deux secteurs moteurs de la grève : la RATP et la SCNF et les obliger à renoncer au retrait. C’est pour empêcher que ces deux types de discours puisse démobiliser et permettre à la base des travailleurs de décider elle-même de la suite du mouvement, que la coordination RATP-SNCF a décidé d’organiser des contre-vœux.

Durcissement de la bataille de l’opinion

De fait, le gouvernement cherche à tout prix à isoler les grévistes et à empêcher, de consort avec la faiblesse de la réponse syndicale, la généralisation de la grève. Ainsi, la RATP a tout fait pour qu’en ce début de semaine un maximum de lignes réouvrent, même si ce n’est que pour des créneaux de 3 heures et en utilisant tous les conducteurs disponibles. Une manière de faire croire à un faiblissement de la grève et de préparer le discours d’Emmanuel Macron, qui compte bien jouer sur une soi-disant reprise du travail de certains grévistes.

Comme a voulu le faire Jean-Baptiste Djebbari dans le JDD ce week-end, racontant qu’à la SNCF les taux étaient en grande baisse et que les allers-retours en vacances avaient été peu perturbés par la grève alors même que celle-ci continue de bloquer largement les trains avec une prévision de seulement 35% de TGV le 1er décembre.

Entre négociations par secteurs (avec les danseurs ou l’aérien), faux chiffres et discours sur l’individualisme des grévistes, le gouvernement est prêt à tout pour faire cesser la grève et les vœux du Président lui apparaît comme une nouvelle porte de sortie, en plein durcissement de la grève et échec de la stratégie de la trêve. Après le discours d’Edouard Philippe sur la trêve, celui d’Emmanuel Macron sur la nécessité « d’apaisement » des tensions, comme il l’avait fait l’année dernière avec les gilets jaunes, aura lui aussi, pour objectif de diviser la population et les grévistes.

Il n’y a pas eu de « trêve » à Noël

Malgré tout, les grévistes sont restés mobilisés cette dernière semaine et la grève tient depuis 26 jours. Les grévistes de l’Opéra ont refusé la clause grand-père et des raffineries rentrent progressivement dans le mouvement. Des actions de blocages conséquentes ont également eu lieu comme le 23 à Gare de Lyon ainsi que des manifestations le 26 et le 28 décembre, où la base des travailleurs a montré une forte radicalité et cela malgré des difficultés.

Encore ce matin, dans les différentes Assemblées générales, les grévistes ont réaffirmé leur volonté d’aller jusqu’au retrait de la réforme et de se battre pour que toutes les générations et tous les secteurs ne subissent pas cette attaque aux droits des travailleurs, sans attendre ni le 7, jour des négociations, ni le 9,d’un nouveau temps fort.

Des contre-vœux : la parole aux grévistes

Pour contrer ce discours du gouvernement sur un soi-disant affaiblissement « significatif » de la grève et réaffirmer leur agenda de lutte, sans se laisser faire par les dates syndicales peu combatives ou les appels du pieds à négocier par secteurs, les grévistes de la RATP et de la SNCF, réunis en coordination vendredi dernier, ont décidé de préparer des contres vœux à ceux du président. Après l’allocution, ils prendront la parole pour répondre aux dires d’Emmanuel Macron et porter leur voix contre ce gouvernement, sourd à la colère de la majorité de la population face à cette réforme des retraites. Une conférence de presse des grévistes aura donc lieu pour préparer la rentrée et réaffirmer la détermination des travailleurs en grève, décidée à aller jusqu’au retrait.

Seuls les grévistes doivent avoir la main sur le mouvement en cours et c’est à eux de décider de ses suites. Comme l’on fait les gilets jaunes l’année passée en allant réveillonner sur les Champs, la base a décidé de répondre immédiatement aux annonces de Macron et se réunira donc le soir même pour empêcher tous faux semblants et donner une suite au mouvement.

 Crédit photo : O Phil Des Contrastes 




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