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Solidarité internationaliste

Révolte à Foxconn : le retour de la classe ouvrière en Chine

Les images d’explosion de colère des travailleurs de Foxconn à Zhengzhou ont fait le tour du monde. Ils ont arrêté la production et ont affronté de manière radicale la police pour l’empêcher de rentrer dans l’usine. Le retour de la classe ouvrière est certainement le plus grand danger pour le régime de Xi Jinping.

André Barbieri

7 décembre 2022

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Jenny Chan, co-auteure de Dying for an iPhone (avec Ngai Pun et Mark Selden) et chercheuse sur les manifestations dans les différents complexes industriels de Foxconn en Chine, a décrit le scénario qui a déclenché la grève actuelle à l’usine de Zhengzhou, la plus grande usine de téléphones portables Apple au monde.

« Depuis la mi-octobre, l’usine Foxconn fonctionne en "circuit fermé", c’est-à-dire comme une bulle autonome, dans laquelle les travailleurs ne se déplacent qu’entre leurs dortoirs et les ateliers de l’usine. Le système fermé avait été adopté pour maintenir la production d’iPhone et minimiser la propagation du Covid19. Les travailleurs y sont isolés [...] Les choses ont empiré lorsque les travailleurs ont signalé que certains avaient été testés positifs au Covid. Il y a plus de 200 000 travailleurs dans cette usine de Zhengzhou. Leur vie se réduit à travailler, dormir et retourner au travail. C’est une situation chaotique pour les travailleurs, coercitive et exploitante. Il n’y a aucune transparence sur la situation sanitaire interne. Lorsque les travailleurs n’en peuvent plus, des grèves éclatent. »

La multinationale taïwanaise a désormais du mal à alimenter les chaînes de montage pour répondre à la demande d’iPhones en cette période de forte production. Et ce alors même qu’elle a reculé sur sa politique de retenues sur salaire (qui avait ouvert la voie à une grève il y a deux semaines sur le site de Zhengzhou) et promis des primes pour les nouveaux travailleurs.

Ce qu’explique Jenny Chan sur les événements de novembre fait écho à la tradition d’exploitation de Foxconn. En 2010, Chan et Pun ont décrit les manifestations de désespoir qui ont conduit à une vague de suicides dans cette entreprise, face à la surcharge de travail et aux bas salaires. Ils ont ensuite interprété ces évènements tragiques « comme une forme de remise en question du régime de travail largement pratiqué en Chine. Leur mort exige que la société réfléchisse aux coûts d’un modèle de développement soutenu par l’État qui sacrifie la dignité humaine au nom de la croissance des entreprises. »

La surexploitation en Chine par l’entreprise emblématique du capitalisme mondial (Apple) est à l’origine de la mort de ces travailleurs, auquel Foxconn a répondu par l’installation des non moins scandaleux « filets anti-suicide » autour du bâtiment de Shenzhen.

Un exemple-type qui correspond à la fin d’une période d’enrichissement de la Chine soutenue principalement par un modèle de croissance fondé sur les exportations manufacturières, à la fin du mandat de Hu Jintao. Cette fois, en 2022, la réponse des travailleurs a été différente. Le non-respect des promesses salariales pour la période de forte production, ainsi que le confinement des travailleurs ordonnés par la politique « Zero-Covid », ont été le déclencheur de manifestations inattendues des travailleurs de Foxconn avec de nombreux traits de radicalité.

Plutôt que de sombrer dans le désespoir individuel, les travailleurs de Foxconn à Zhengzhou - la capitale de la province du Henan, une partie de la Chine intérieure où la concurrence capitaliste a introduit des salaires plus bas que sur les zones côtières - ont attaqué l’entreprise et les forces de répression avec des méthodes de classe radicales. Ils ont arrêté la production. Ils ont verrouillé et défendu les portes de l’usine pour que la police ne puisse pas entrer. Ils se sont armés de barres de fer pour enfoncer les zones de défense de la police, qui était repoussée à coup de pierres dans les locaux de l’usine. Ils ont renversé des véhicules de police et enregistré des vidéos des affrontements qui sont devenues virales sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une démonstration de ce que le prolétariat chinois a produit de mieux au cours de la dernière décennie, notamment lors de la vague de grèves de 2010 qui a culminé avec la rébellion héroïque des travailleurs chez Honda.

Les événements de Zhengzhou sont une réaction inattendue à une combinaison de facteurs hautement inflammables. La situation politique en Chine a changé grâce à l’intervention décisive des travailleurs.

Des fissures dans l’infaillibilité de Xi Jinping

Cela représente quelque chose de nouveau dans l’ère Xi Jinping. Il y a eu de nombreuses grèves au cours des dix années de mandat de Xi, qui a été réélu il y a un mois à peine de manière inédite pour un troisième mandat en tant que secrétaire général du Parti communiste chinois, ce qui fait de lui le dirigeant le plus puissant depuis Mao Zedong. La période de 2015-2016 a connu un nombre record de grèves sous l’ère Xi. Le China Labour Bulletin a enregistré 2 774 grèves en 2015 (le double des 1 379 grèves de 2014, ce qui était déjà considérable), résultat de la dévaluation du yuan et du krach boursier de cette année-là ; en 2016, on a compté plus de 2 500 grèves, contre le non-paiement des salaires dans des secteurs de l’industrie et de la construction. Sur le plan politique, elles ont précédé le déclenchement des crises organiques dans le monde qui ont conduit au Brexit au Royaume-Uni et à la victoire de Trump aux États-Unis. Mais elles étaient tenues de manière circonstancielle dans le cadre des mécanismes de contention de l’État, en particulier par la bureaucratie syndicale liée au PCC, ou directement par la répression policière. Il s’agissait de grèves économiques contre les premiers effets du ralentissement chinois, mais qui visaient majoritairement l’employeur local. Ces grèves se faisaient les échos des caractéristiques qui avaient marqué les manifestations de résistance des travailleurs de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Selon le chercheur Tim Pringle, en recensant les grèves des années 2000,

« ... presque chaque semaine, les journaux de Chine et de Hong Kong relatent une action des travailleurs : une manifestation pour réclamer des pensions, une ligne de chemin de fer bloquée par des travailleurs en colère contre des salaires impayés ou une action collective contre le comportement illégal de patrons exigeant des heures supplémentaires forcées. »

Aucune de ces grèves n’a eu l’écho de celle qui a lieu actuellement à Zhengzhou. Le sentiment national d’usure face aux mesures restrictives de la politique « Zéro-Covid », qui ont entraîné le licenciement de dizaines de millions de personnes dans des villes comme Shanghai, Tianjin, Pékin, Chengdu, de l’augmentation du taux de chômage des jeunes (qui atteint aujourd’hui 20%, alors que le taux de chômage urbain moyen en Chine dépasse à peine 5%), a fait de la grève des travailleurs de Foxconn à Zhengzhou le symptôme d’un phénomène plus profond. Un défi sans précédent auquel la direction centrale du gouvernement de Xi doit faire face.

Bien que la portée nationale des mobilisations doive être nuancée, de jeunes étudiants et des secteurs de la classe moyenne dans les villes centrales telles que Pékin, Xian, Nanjing, Chongqing, Chengdu et Wuhan sont descendus dans la rue, reproduisant les tactiques de confrontation des travailleurs de Foxconn contre la police. La simultanéité des manifestations contredit la dynamique des dernières décennies, où les mobilisations étaient strictement cantonnées à des questions locales sans coordination. D’un point de vue politique, la nouveauté est que la protestation touche le gouvernement central, plus précisément Xi Jinping alors que traditionnellement, le gouvernement central de Pékin se retranche derrière les administrations provinciales, accusées de « fausser » les orientations gouvernementales. En Chine, il est courant que le gouvernement central impose des sanctions aux fonctionnaires locaux pour faire taire les travailleurs mécontents. Le vice-premier ministre Sun Chunlan a utilisé la même méthode en sanctionnant les fonctionnaires locaux et en leur reprochant des « excès d’application » de la directive centrale « Zéro-Covid » afin de donner des gages aux manifestants et les renvoyer chez eux. Le gouvernement a aussi dû reconnaître les limites de cette politique, que la période épidémique avait changé, et qu’il était nécessaire de recalibrer la politique de « Zéro Covid » à Pékin, Shanghai et Chengdu.

La répression policière a également montré ses limites. Il a fallu plusieurs jours à l’appareil répressif pour réprimer violemment les manifestations. Plus important encore, la grève des travailleurs de Foxconn a opposé une résistance physique à la répression de l’État. Suite aux réformes pro-capitalistes qui ont liquidé le réseau des droits sociaux garantis par l’industrie d’État (système des Danwei) et poussé des dizaines de millions de personnes au chômage, les luttes ouvrières ont été contenues par la force brute du Parti communiste. En 2001, Jiang Zemin a ordonné une augmentation des unités de police anti-émeute dans les principales villes-usines, avant l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce. Dans ce contexte répressif, pendant des années, les conflits du travail ont eu tendance à ne pas recourir à des méthodes radicales de confrontation, à quelques exceptions près (comme l’emblématique grève de Honda Foshan en 2010). Aujourd’hui, la colère des travailleurs contre la police sanitaire qui avait pour ordre de réprimer la rébellion, a créé un précédent. La perte progressive de la légitimité de l’appareil d’État répressif est une composante importante de la subjectivité qui émerge.

Un autre élément pertinent est la capacité avérée de la bureaucratie à diviser les travailleurs. La bureaucratie d’État, par l’intermédiaire de la Fédération nationale des syndicats de Chine, a traditionnellement utilisé de nombreux dispositifs pour diviser les travailleurs d’un même site de production. Selon Ching Kwan Lee dans Pathways of Labour Insurgency :

« ... les travailleurs urbains locaux et les travailleurs migrants sont divisés par leurs origines géographiques (travailleurs à l’intérieur de la scène urbaine et travailleurs "à l’extérieur"), par leurs origines socioculturelles (travailleurs urbains et ruraux), par leurs classes d’âge (les jeunes contre les vieux). Ces groupes se chevauchent souvent en termes de concurrence pour les mêmes emplois peu qualifiés et mal rémunérés dans les secteurs public et privé. »

A cela s’ajoute la séparation entre employés et chômeurs, utilisée par les employeurs et l’Etat pour attirer un afflux permanent de main-d’œuvre dans les pires conditions, selon les règles du marché capitaliste. La grève de Foxconn a démontré la capacité de ces secteurs fragmentés à s’unifier dans la lutte, même si tout reste encore à faire.

Une partie de ce changement est due à une nouvelle génération de travailleurs migrants, très différente de la première vague de migration en provenance des campagnes après la restauration capitaliste en Chine. Alvin So, dans son ouvrage Class and Class Consciousness in Post-Socialist China, note que la crise de 2008 marque un tournant dans l’émergence d’une nouvelle génération de travailleurs migrants chinois, comme le soulignent également Jenny Chan et Ngai Pun. Cette nouvelle génération, dont une partie était présente lors de la rébellion des travailleurs de Foxconn à Zhengzhou, diffère de la précédente en termes de vécu, d’identité sociale et de lutte pour des conditions de travail décentes. Cette deuxième génération - qui précède déjà une troisième, marquée par la pandémie et le ralentissement économique - n’a jamais travaillé sur la parcelle de terre attribuée à chaque habitant des zones rurales (0,07 hectare par personne) ou reconnaît qu’elle est largement insuffisante pour assurer sa survie. Il s’agit de travailleurs qui ont passé la majeure partie de leur adolescence et de leur vie d’adulte dans les villes, ce qui a un impact sur leur identité : selon une étude de la Fédération syndicale, cette deuxième génération s’identifie déjà à la fois comme ouvrier (32,2%) et comme paysan (32,2%), alors que la première génération avait une identité paysanne (58,4%) beaucoup plus forte que celle d’ouvrier (22%). Il s’agit également d’une génération de travailleurs plus instruits, plus ambitieux et plus conscients des droits fondamentaux du travail (prévus par la nouvelle loi sur les contrats de travail de 2007, qui énumère des droits élémentaires rarement respectés par les employeurs).

La grève de Foxconn est un symbole d’un processus de long terme en cours. Cette grève représente la recomposition subjective d’une classe qui a été fragmentée et humiliée au cours des dernières décennies par le Parti communiste lui-même.

Qualifier ce phénomène de "contre-révolution", comme le fait le chercheur Elias Jabbour, est le produit de la ligne politique officielle de Pékin, qui ne peut offrir à l’histoire que la défense d’une bureaucratie restaurationniste comme celle du PCC. En réalité, nous assistons aux premiers épisodes d’un retour de la classe ouvrière chinoise sur la grande scène des événements historiques. Cela inquiète non seulement le gouvernement de Pékin, mais aussi l’impérialisme américain lui-même, qui, par le biais de la presse, a conseillé à Xi de contenir les mobilisations en resserrant la ligne sanitaire. Il sera décisif de savoir si les travailleurs chinois se dilueront dans la population en général ou apparaîtront comme une classe indépendante qui sait ce qu’elle veut et sait comment obtenir ses revendications. Et le point crucial de ce moment est la fissure de l’aura d’infaillibilité de celui qui est considéré comme l’« indiscutable » Xi Jinping.

Les manifestations contre la politique « Zéro Covid » peuvent encourager la politisation de la conscience des travailleurs

Le fait est que le régime chinois est à la croisée des chemins. Il est aussi risqué de maintenir la politique « Zéro Covid » que de la suspendre. Bien qu’il s’agisse d’un régime bonapartiste qui a perfectionné ses mesures de contrôle social, le PCC est prudent dans ses relations avec les masses. S’il lève brusquement les restrictions et cède aux demandes, Xi risque de porter atteinte à l’image d’autorité inattaquable qu’il s’est forgée, et provoquer des effets imprévisibles sur le taux de mortalité dans un pays où l’efficacité de la couverture vaccinale est faible, notamment chez les personnes âgées. Comme l’écrit le magazine britannique The Economist, en faisant de la politique « Zéro Covid » un test de loyauté, Xi Jinping a transformé une crise sanitaire en une crise politique.

La rébellion de Foxconn et les manifestations de jeunes étudiants qui ont suivi ont été le lieu d’expression de tous les mécontentements : du chômage élevé des jeunes aux difficultés économiques, en passant par le régime autoritaire du parti communiste chinois. Le chômage des jeunes préoccupe particulièrement le régime. La politique « Zéro Covid » a contribué à l’érosion d’une économie qui perd son élan dans une année où près de 11 millions de diplômés universitaires sont entrés sur le marché du travail. Le taux de chômage des jeunes est passé de 15,8% en mars à 19,9% en juillet. Cela signifie que quelque 20 millions de jeunes de 16 à 24 ans sont sans emploi dans les moyennes et grandes villes. Les secteurs de la classe moyenne en général, quant à eux, constituent la base sociale sur laquelle s’est construit le projet de « grand rajeunissement de la nation chinoise » de Xi Jinping. Le chaos sanitaire promu par la politique de « Zéro Covid » a provoqué une dissension notable au sein de cette classe moyenne hétérogène, qui avait soutenu les mesures de projection internationale du gouvernement (modernisation des forces armées, nouvelle route de la soie). Beaucoup ont fait la dure expérience d’un confinement très autoritaire, ont perdu des membres de leur famille et fait face à l’hystérie des fermetures. Dans les secteurs les plus touchés par la crise, le chômage et le désespoir augmentent en même que le PIB ralentit. Cette section de la classe moyenne urbaine, qui a été formée par le PCC à haïr la classe ouvrière et craint plus que tout un retour au « statut humiliant » des ouvriers d’usine, a vu l’effet de la rébellion ouvrière à Zhengzhou. Dans la même ville où a eu lieu la fraude bancaire qui a anéanti les dépôts financiers de milliers de familles de la petite bourgeoisie, ces mêmes familles ont été réprimées lorsqu’elles ont protesté au siège de la Banque populaire de Chine.

La colère des secteurs de la jeunesse ouvrière et universitaire, ainsi que des segments inférieurs de la petite bourgeoisie urbaine, blessés par la récession économique et qui font partie des représentants des nouveaux chômeurs ou des précaires, pourrait être une dangereuse alliance contre le régime. Une alliance qui s’inscrit dans la continuité d’un autre épisode majeur de remise en cause de l’autorité du parti communiste chinois : les manifestations de Tiananmen en 1989. Celles-ci diffèrent en degré, en nature et en masse des protestations actuelles contre la politique de « Zéro Covid », dans un contexte historique très différent qui était celui de la fin de la guerre froide, du triomphalisme néolibéral et de la restauration capitaliste en URSS et dans différents États d’Europe de l’Est par les bureaucraties staliniennes elles-mêmes. Cependant, certaines des racines des protestations de l’époque permettent d’élargir la perspective actuelle. Le chômage des jeunes était élevé, et l’inflation historique de 1988-89, avec l’interruption du contrôle des prix, a accru le sentiment de pauvreté parmi la classe moyenne et la classe ouvrière. La plupart des emplois qui ont vu le jour en Chine dans les années 1980 étaient des emplois manufacturiers peu qualifiés, et cette situation a empiré dans les années 1990 avec l’orientation résolument pro-capitaliste de Deng Xiaoping. Le régime politique autoritaire était également remis en question, au-delà des intérêts cyniques de l’impérialisme américain. Les mobilisations ont commencé dans plusieurs villes, avec un rôle important des étudiants, mais bientôt la composante ouvrière s’est intégrée aux manifestations, d’abord dans les villes industrielles comme Shanghai. Cela a suscité l’inquiétude de la bureaucratie chinoise, comme le dit Julian Gewirtz : « Les dirigeants chinois de l’époque avaient analysé ce qui rendait les mouvements dans l’ancienne Union soviétique et en Europe de l’Est si menaçants pour les partis communistes au pouvoir, et la participation des travailleurs était l’un des faits centraux ».

Cette défaite en 1989 a été fondamentale pour l’installation d’un régime encore plus bonapartiste et anti-ouvrier, dirigé par un PCC qui achèverait la restauration capitaliste sur la défaite des travailleurs et des étudiants. La nouvelle génération de travailleurs et de jeunes, vivant déjà dans une Chine capitaliste en tant que puissance mondiale, en ralentissement économique et introduisant en son sein les contradictions de la crise mondiale, peut donner un résultat différent. Pour cela, l’expérience des défis de la lutte des classes est incontournable dans la récupération de l’indépendance subjective.

Lénine, en 1895, a traité précisément du rôle des grèves pour la recomposition subjective et politique des travailleurs. Selon lui, lorsque les travailleurs affrontent seuls les patrons, ils ne peuvent abandonner leur condition d’esclaves salariés. Mais lorsqu’ils élèvent ensemble leurs revendications et refusent de se soumettre, alors ils cessent d’être des esclaves, ils deviennent des hommes et commencent à exiger que leur travail ne serve pas uniquement à enrichir une poignée de parasites. C’est la première base de la perception de soi en tant que classe. Pour Lénine, la grève apprend aux ouvriers à comprendre où se trouve la force des patrons et où se trouve la force des ouvriers, elle leur apprend à penser non seulement à leur patron et à leurs camarades les plus proches, mais à tous les patrons, à toute la classe capitaliste et à toute la classe ouvrière. Les travailleurs voient alors clairement que l’ensemble de la classe capitaliste est l’ennemi de l’ensemble de la classe ouvrière et que les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes et leur syndicat.

Une partie de cette perception s’est manifestée lors de la grève de Honda elle-même en 2010. Le 3 juin, les représentants des travailleurs en grève ont envoyé une lettre à tous les travailleurs de Honda en Chine, ainsi qu’à la population, au milieu de la grève historique qui allait durer 19 jours pour vaincre la multinationale japonaise et l’appareil gouvernemental :

« Nous demandons à la direction de Honda d’entamer des négociations et d’accepter nos demandes raisonnables. L’entreprise réalise un bénéfice d’un milliard de yuans par an, résultat de notre travail acharné. Les travailleurs de Honda doivent rester unis et vigilants face aux manœuvres de division de la direction. Notre lutte ne vise pas seulement à améliorer les conditions de vie des 1 800 travailleurs de Honda, mais aussi l’intérêt général de tous les travailleurs de notre pays. Nous voulons être un cas exemplaire de travailleurs défendant leurs droits. »

Cela a été un épisode puissant du processus de prise de confiance des travailleurs en leurs propres forces.

Mais au-delà de cela, il y a la composante politique de la conscience sur laquelle Lénine a mis l’accent. Lénine attribue aux grèves la capacité d’élever la conscience des travailleurs, y compris la prise de conscience que le gouvernement est leur ennemi et qu’il est nécessaire de le combattre.

En effet, les grèves apprennent progressivement à la classe ouvrière de tous les pays à lutter contre les gouvernements pour les droits des travailleurs et pour les droits de tous les peuples. Des grèves isolées, les travailleurs peuvent et doivent passer, et passent dans tous les pays, à la lutte de toute la classe ouvrière pour l’émancipation de tous les travailleurs.

Le rejet de la direction politique de Xi Jinping explose après des années d’acceptation passive. Pour le moment, il n’y a pas encore de traduction politique de cette remise en question du régime portée par les travailleurs de Foxconn. La grève de Zhengzhou, qui a fait suite aux mobilisations des travailleurs à Guangzhou, n’a pas eu de continuité claire pour le moment. Cependant, il s’agit d’un symptôme important qui remet en lumière la classe ouvrière, que le PCC a maintenu dans l’ombre de la coercition et de la répression au cours des dernières décennies de restauration capitaliste en Chine.


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