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Politique

Covid-19

Révolte en Martinique contre la gestion coloniale de la crise sanitaire

Sur fond d’une situation sanitaire qui ne cesse de se dégrader, des révoltes ont éclaté ce week-end en Martinique suite aux annonces du gouvernement d’y restaurer le couvre feu en plus de l’extension du pass sanitaire. Des annonces qui ne passent pas auprès des Martiniquais.

mardi 20 juillet

Tout a commencé lundi dernier lorsque Emmanuel Macron a annoncé le retour de l’état d’urgence sanitaire en Martinique et à La Réunion, le couvre-feu a été restauré dès le lendemain de 21h à 5h pour la Martinique. Plusieurs manifestations ont eu lieu le long de la semaine pour dénoncer la gestion répressive de la crise sanitaire avec le pass sanitaire, et le retour du couvre-feu (la nuit de jeudi à vendredi dernier déjà près de 110 verbalisations ont été signalées pour non-respect du couvre-feu).

Les annonces d’Emmanuel Macron ne passent en Martinique

Des manifestations réunissant plusieurs centaines de personnes ont rapidement été réprimées par la police à coups de gaz lacrymogène, de grenades assourdissantes et d’arrestations, notamment celle de samedi dernier où des affrontements ont eu lieu à Fort-de-France. Dimanche, plusieurs jeunes, dont un de 14 ans, ont subi une interpellation musclé et ont été placés en garde-à-vue sans aucune justification. Sur place, les manifestations se sont transformées durant le week-end en révolte et ont mené à de spectaculaires scènes en marge des manifestations contre les restrictions sanitaires. Nous pouvons y voir des vidéos impressionnantes : incendie dans une bijouterie, l’accueil d’EDF incendié, affrontement avec la police en essayant de monter des barricades, voiture détruite, ou encore pillage des magasins d’électronique.

Si peu d’informations et d’analyses sont disponibles, nous pouvons néanmoins dire que cette révolte semble être une réponse spontanée aux nouvelles annonces autoritaires du gouvernement français quant à la gestion de la crise sanitaire qui ne fait que raviver les tensions coloniales et post-coloniales. Ces scènes expriment un profond mécontentement légitime, notamment de la jeunesse martiniquaise, qui doit faire face à une situation sanitaire plus qu’inquiétante, dans un territoire souffrant déjà auparavant de la gestion coloniale française.

Des révoltes sur fond d’une situation sanitaire qui s’empire

Comme nous l’écrivions déjà vendredi dernier, la Martinique connaît « une vive recrudescence des hospitalisations ». Le week-end passé, la situation ne s’est guère améliorée, elle s’est au contraire empirée. Dans un contexte hospitalier terrible suite aux politiques austéritaires, renforcées dans les territoires sous dominations française, des gouvernements successifs pour les hôpitaux, le CHU de Martinique annonce dans un communiqué : « la 4ème vague pandémique est bien là et met à mal le CHU de Martinique : en 2 semaines, le nombre de cas incidents dépasse déjà le pic de la 3ème vague ». Vendredi dernier, le nombre de cas de contaminations déplorées avoisine les 2000 personnes. Selon l’ARS, la barre des 700 cas positifs quotidiens pourrait être dépassée. Pour faire face à cette flambée des contaminations, déprogrammations d’opérations et transferts de malade vers la métropole sont en train d’être planifiés. Les soignants en viennent encore une fois à choisi quel malade prendre en charge ou non : « Nos soignants, ceux appelés "les soldats" et applaudis tous les soirs à 20h il y a encore quelques mois, se voient désormais confrontés au dilemme de prendre en charge une catégorie de malades plutôt qu’une autre ». Une situation alarmante dans un contexte où, d’après la direction du CHUM, l’hôpital est contraint de composer avec « des équipes, une période de congés (bien mérités) » […], et où les renforts semblent insuffisants. Une goutte d’eau alors que les services hospitaliers fonctionnent à flux tendu.

Si cette situation est le résultat de l’administration coloniale de l’Etat français du territoire martiniquais par le sous investissement et la précarité des services publics, le retard conséquent dans la vaccination n’en est pas exclu. Si seulement 14% de personnes sont vaccinés en Martinique, par rapport à plus de 50% en métropole, c’est le résultat du mépris impérialiste vis-à-vis de la campagne vaccinale sur l’île. Que ce soit le retard dans les livraisons de doses ou le nombre insuffisant de dose distribué avec un ratio de 38,3 doses pour 100 habitants par rapport à 54 doses en France métropolitaine, la Martinique se voit comme une zone secondaire dans la gestion de la crise sanitaire. À partir de là, il n’est pas étonnant de constater une défiance indéniable envers la campagne vaccinale répressive du gouvernement. Alors qu’il s’agirait de convaincre de l’importance du vaccin, l’Etat français continue d’appliquer une gestion répressive en Martinique, comme dans le reste des territoires d’outre-mer, avec le retour du couvre feu et la répression des manifestations.

Les révoltes en cours ont donc un lien direct avec une situation sanitaire qui s’empire et qui révèle au-delà d’elle-même toute la gestion répressive et coloniale de la France dans ses possessions outre-marines, tant sur le plan économique que social. Derrière l’opposition à l’obligation vaccinale et au couvre feu, c’est aussi la remise en cause de la domination française imposant la précarité dans ces territoires qui s’exprime.

De leur côté, les organisations syndicales CDMT, CGTM, FO, USAM, UCGTM et USAM ont appelé l’ensemble du personnel soignant à une mobilisation massive contre les annonces du gouvernement et, notamment l’obligation vaccinale pour les soignants, ce mercredi 21 juillet en déposant un préavis de grève illimité. Ils ont affirmé leur détermination « à préparer une riposte à la hauteur de l’attaque » du gouvernement].

S’il est important que les organisations du mouvement ouvrier entrent dans la danse et proposent un plan d’action pour face à ces attaques, elles doivent le faire en fusion avec les révoltes qui s’expriment ces deux derniers jours en Martinique en s’inspirant de la radicalité qu’elles expriment. Une chose est sûre, le gouvernement français et la classe capitaliste est responsable de cette situation de part sa gestion coloniale qui se fait particulièrement ressentir durant cette crise sanitaire. Il est important de pouvoir incarner une alternative en toute indépendance de classe des institutions coloniales pour garantir une réponse aux besoins sanitaires de la population et mener une campagne vaccinale satisfaisante. L’Etat français a montré toute son incapacité à la réaliser, il faut imposer une commission démocratique des travailleurs de la santé pour convaincre de l’importance du vaccin, mais aussi par la lutte lever les brevets criminels sur les vaccins et forcer les investissement dans le système de santé publique sur les salaires, l’embauche et le matériel.




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