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Islamophobie

« Rien à secouer » du burkini, François Ruffin cautionne-t-il l’offensive islamophobe du gouvernement ?

Ce lundi le conseil municipal de Grenoble a autorisé le port du burkini à la piscine municipale. S'en est suivi une déferlante islamophobe du gouvernement réactivant les attaques envers les musulmans. Interrogé sur le sujet le député France Insoumise François Ruffin, a simplement répondu qu'il n'en a "rien à secouer".

mercredi 18 mai

Crédit : RTL

Le climat islamophobe qui règne sous l’ère Macron n’est plus à prouver. Après plusieurs mois d’une campagne présidentielle aux teintes réactionnaires, le vote récent du conseil municipal de Grenoble autorisant le port du burkini à la piscine, ravive un acharnement polico-médiatique raciste du gouvernement et d’une grande partie de la classe politique. Alors que plusieurs tribunes contre cette autorisation ont été publiées depuis la semaine dernière, que les membres du gouvernement brandissent "la destruction de cet espace éminemment républicain", Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes va jusqu’à [couper toutes les subventions à la ville de Grenoble-https://www.revolutionpermanente.fr/Course-a-l-islamophobie-contre-le-burkini-Wauquiez-coupe-toutes-les-subventions-de-Grenoble], face à ce qui marque pour lui "une inquiétante dérive et un vrai retour en arrière ».

Une déferlante qui remet dans le centre médiatique la stigmatisation et le traitement raciste des musulmans. Interrogé à ce sujet au micro de RTL, le député de la France Insoumise François Ruffin a préféré botter en touche, assénant sèchement et sans hésiter qu’il « en [a] vraiment rien à secouer ». A l’objection du journaliste qui lui répond qu’il esquive la question, il réaffirme : « Ce n’est pas que j’esquive, j’en ai rien à secouer ! Il n’y a pas une seule personne qui va me parler du règlement des piscines municipales de la ville Grenoble. Qu’ils se débrouillent, ce n’est pas mon problème. La question c’est, est-ce qu’il y aura de l’eau dans les piscines municipales de Grenoble et ailleurs, voilà l’enjeu. »

Certes l’enjeu de l’accès à l’eau est central, pour autant il est malhonnête – si ce n’est méprisant - que cela serve de justification pour ne pas avoir à répondre à cette nouvelle offensive islamophobe du gouvernement. « Rien à secouer » que les musulmans soient de nouveau pointer du doigt et stigmatisés, et que la ville de Grenoble se retrouve privée de subvention car ils autorisent le port du burkini ? Cette indifférence assumée par François Ruffin est une position totalement inconséquente, une minimisation de l’attaque, si ce n’est une négation, qui pose question. N’étant même pas capable de dénoncer cette campagne contre les musulmans ou d’exprimer un soutien, François Ruffin en viendrait-il à cautionner l’islamophobie d’Etat ?

Cette ambiguïté n’est pas nouvelle chez le natif d’Amiens. Déjà en décembre 2017, le député de la France Insoumise avait refusé de soutenir clairement la famille Traoré qui se bat pour obtenir Justice et Vérité pour Adama, avant de revenir sur sa position quelques mois plus tard. De la même manière, il avait justifié son absence à la marche contre l’islamophobie en 2019 car il jouait au foot. Sur sa signature de la tribune y appelant, il déclarait : « ce n’est pas mon truc. J’étais en vacances. J’étais à Bruxelles en train de manger des frites et des gaufres avec mes enfants ». Des propos hésitants, qui ont sans cesse maintenu un flou chez lui sur la question de la lutte contre l’islamophobie ou contre les violences policières dans les quartiers populaires, alors même que le contexte est marqué par un renforcement de cet acharnement.

Bien plus que les déclarations de Ruffin, cela pose l’ambigüité historique de la FI sur l’islamophobie, que la naissance de la Nupes ne peut que renforcer. Ainsi alors que Laurence Rossignol, vice-présidente socialiste du Sénat, soutien de la Nupes déclare « qu’Éric Piolle -lui aussi membre de la Nupes- est un crétin […], sur le fond il a tort ! Cette décision pollue la campagne de la gauche », et que Fabien Roussel, investi par la Nupes, assène son allié de circonstance « d’être à côté de la plaque », la France Insoumise n’a pour l’instant pris aucune position officielle, Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas exprimé sur le sujet. François Ruffin s’en remet à la même rhétorique que les portes paroles du PCF, voulant poser « les vrais sujets », à l’instar d’Ian Brossat, l’islamophobie n’en étant pas un pour eux. Bien plus parlant, à Grenoble même, la première adjointe insoumise Elisa Martin, candidate aux élections législatives, a voté contre la résolution proposée par le maire EELV pour autoriser le Burkini.

Dans la même veine, il y a un peu moins de trois semaines, la France Insoumise s’est contraint à annuler leur appel à « un repas partagé après la rupture du jeûne », après « concertation avec l’union populaire au niveau national ». En réalité cette décision fait surtout suite aux pressions des futurs alliés de la Nupes, qui à ce moment-là étaient encore en pleine négociation, dont le maire PS de Villeurbanne.

Ainsi les contradictions au sein de la France Insoumise sur la question sont claires, elles s’approfondissent avec la Nupes dont l’accord préconise une adaptation toujours plus forte au régime pour tenir les bouts. Si la FI signalait déjà qu’ils n’étaient pas d’accord pour utiliser le terme islamophobie, l’appel à rejoindre la manifestation contre l’islamophobie en 2019 semble s’éloigner et cela marque un recul de l’organisation. Une distance qui au-delà de refléter certainement des tensions internes, est largement en dessous des enjeux de la période, où la déferlante islamophobe prend des formes de plus en violentes.

Face à ces nouvelles attaques islamophobes du gouvernement, qui ne font qu’encore plus donner des ailes à l’extrême droite, il s’agirait de faire front contre l’islamophobie et contre toute forme de racisme dans la rue. Cela commence par dénoncer sans égarement et le plus vigoureusement possible cet acharnement chaque fois qu’il se manifeste, chose que François Ruffin et plus largement la France Insoumise semblent abandonner.



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