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Monde

Assouplissement des lois anti-corruption

Roumanie. Les plus grosses manifestations depuis la chute de Ceucescu

100 000 à Bucarest, plus de 300 000 partout dans le pays. La Roumanie vie aujourd'hui au rythme de la mobilisation de masse, avec des manifestations record depuis la chute du stalinisme en 1989. Les raisons du courroux ? Une modification du code pénal qui assouplit des lois anti-corruption par le gouvernement de coalition dirigé par les sociaux-démocrates portés à la tête du pays il y a un mois. Frédéric Apoyo

jeudi 2 février 2017

A peine arrivé au pouvoir en Roumanie, les sociaux démocrates (PSD) et ses partenaires doivent faire face à une mobilisation populaire d’une ampleur inégalée depuis la chute du stalinisme en 1989. Il faut dire qu’alors que la Roumanie obtenait la très peu flatteuse note de 3.1 à l’indice de perception de corruption de l’ONG Transparency international en 2006, que les scandales politiques liés à des affaires de corruption se sont succéder ces dernières années (affaire des neufs ministres trempés dans une affaire d’acquisition de licences informatiques en 2014 ; condamnation de l’ancien premier ministre Adrien Nastase à 4 ans de prison ferme en 2012), le PSD n’a rien trouvé de mieux que d’appliquer par décret d’urgence un assouplissement des lois anti-corruption !

On connaissait les plans du gouvernement depuis plusieurs jours déjà et d’importantes mobilisations avaient eu lieu la semaine dernière. Mais ce qui a mis le feu aux poudres c’est la décision du gouvernement de faire passer ceux-ci en force malgré la large contestation populaire. Ainsi, dès que l’on a fait savoir à la presse la décision de promouvoir les décrets mardi dernier la réaction a été immédiate. Et ces par centaines de milliers que les classes populaires roumaines ont pris le pavé pour manifester leur colère, dont 100 000 rien qu’à Bucarest, la capitale. « Je n’ai jamais osé penser que c’était possible. J’ai toujours considéré que la logique, le bon sens, feraient une loi valable. Étant donné ce qui s’est passé, je me suis trompé », a ainsi déclaré Florin Iaru, un écrivain qui a participé au défilé dans la capitale. Alors que des manifestants refusaient de quitter les lieux, face au parlement, les forces de répression sont entrées en œuvre. Lacrymogène et charge se sont donc abattues sur les manifestants. D’après la presse, le bilan du bon côté de la barricade est de deux blessés.

Ainsi, imposer un assouplissement des loi anti corruption par décret pour protéger les politiciens véreux et réprimer fortement les manifestants, tel est le bilan du... premier mois au pouvoir de la coalition dirigée par le Parti Social Démocrate. Une décision qui a provoqué une explosion de colère salvatrice, d’une ampleur que le gouvernement avait sans doute sous-estimée. Le rapport de force est engagé, et la poursuite et la massification du mouvement seront deux atouts majeurs pour faire plier le PSD dès son premier tour de piste.

D’ailleurs, sous la pression de la mobilisation le gouvernement commence à craquer : le ministre de l’Environnement des affaires, Florin Jianu, a démissionné ainsi que l’ancien secrétaire d’État pour les Fonds européens Ciprian Necula. Les gouvernements des pays centraux de l’Europe et celui des États-Unis ont demandé au gouvernement roumain de revenir sur sa décision et l’UE a même affirmé que le versement des fonds européens étaient en danger avec cette mesure.

De son côté le président Klaus Iohannis (centre-droite) essaye d’apparaître comme le défenseur de « l’Etat de droit » et de capitaliser pour un parti qui s’est complètement délégitimé au cours des années où il a été au gouvernement et a appliqué, sous les ordres du FMI et de la Commission Européenne, l’un des plans d’austérité les plus sévères d’Europe contre les classes populaires.

Pour le gouvernement et les membres de sa coalition c’est un bras de fer qui est engagé et reculer même partiellement pourrait l’affaiblir à peine arrivé au pouvoir. Il s’agit également pour celui-ci de blanchir certains des principaux dirigeants sociaux-démocrates, à commencer par son chef de file Liviu Dragnea et des ministres enquêtés pour corruption.

Au moment où nous écrivons de nouveaux rassemblements massifs ont lieu partout dans le pays, notamment à Bucarest où l’on compte pour le moment 60000 personnes. Dans les prochaines heures la pression s’accentuera sur le gouvernement risquant d’accentuer les fissures de la coalition au pouvoir.




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