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Crise du Covid

3e vague au Royaume-Uni : Johnson lève les restrictions pour relancer les profits des grands patrons

En Angleterre, depuis lundi, le port du masque n’est plus obligatoire dans les magasins et les transports, les jauges intérieures ont été levées dans les salles de spectacles, les stades, les boites de nuit et les pubs anglais. Une décision dangereuse alors qu'en arrière plan les contaminations flambent et à la justification purement économique.

mercredi 21 juillet

Source photo : AFP

Ce devait être un jour de réjouissance et de fête, on lui avait donné le nom de « freedom day », jour de la liberté. Mais ce jour aura vite été rebaptisé « anxiety day » - le jour de l’anxiété. En effet, depuis juin, le pays fait face à la recrudescence des contaminations du au très contagieux variant delta, ce qui n’a pas cesser d’entamer la pertinence et la légitimité d’une telle levée des restrictions. A l’heure actuelle, ce « retour à la normale » n’annonce rien de bon au moment où le pays enregistre plus de 50.000 nouveaux cas par jour..

Malgré la performance du pays dans la course aux vaccins, sur laquelle s’est appuyée le premier ministre Boris Johnson pour justifier le maintien de sa décision (68,3 % des adultes sont désormais complètement vaccinés au Royaume-Uni), la stratégie de Downing Street s’affronte aujourd’hui à un mur de critiques. Comme l’indique un sondage Kantar réalisé entre le 7 et 12 juillet, 66% des britanniques indiquaient être favorables au maintien de toutes ou une partie des restrictions après le 19 juillet et 60 % au maintien de l’obligation du port du masque dans les transports.

A l’horizon, comme en France, le gouvernement Boris Johnson prépare un nouveau bond en avant dans la gestion autoritaire de la pandémie avec l’instauration annoncée d’un pass sanitaire à la rentrée. En septembre donc, l’accès à de nombreux lieux rassemblant du public sera conditionné à la présentation d’une preuve de vaccination.

Une contradiction assumée par l’exécutif

Par-delà le désaveu démocratique c’est aussi quelques 1200 scientifiques du monde entier qui ont dénoncé cette stratégie comme une « expérimentation dangereuse et immorale » dans la célèbre revue médicale The Lancet. L’un d’entre eux, Sir David King, ancien conseiller du gouvernement, met en garde contre une nouvelle vague de décès et la minimisation des séquelles que va laisser dans la population cette stratégie « extrêmement dangereuse » qui prétend que l’on doit « vivre avec le virus ». Qui plus est, ils soulignent que laisser le virus circuler dans une population partiellement immunisée s’apparente au « meilleur moyen de faire apparaitre des nouveaux variants résistant aux vaccins » et de faire de l’Angleterre « une menace pour le reste du monde » comme le rappelle le Guardian -> https://www.theguardian.com/world/2021/jul/16/englands-covid-unlocking-a-threat-to-the-world-experts-say.

Le grotesque de la situation est pourtant clairement assumé par le nouveau ministre de la santé Sajid Javid qui, tout en étant un fervent partisan de la levée des restrictions, a reconnu que le nombre de contaminations pourrait atteindre les 100.000 cas par jour. Dans la même veine, le 16 juillet, Chris Whitty, le conseiller médical en chef du gouvernement, déclarait dans la presse que le nombre de personnes hospitalisées pourrait doubler environ toutes les trois semaines et atteindre, selon lui, « des taux effrayants » si la tendance se maintenait.

Par ailleurs, l’absurdité de la mesure n’a pas tardé à s’incarner symboliquement, puisque la veille de la levée des restrictions, le premier ministre Boris Johnson lui-même et son ministre des finances, Rishi Sunak, ont été déclarés cas contacts puis soumis à l’isolement pour une semaine.

Une impasse nationaliste

Ce que donne à voir la stratégie de Downing Street, c’est l’irresponsabilité capitaliste en matière de santé. Concernant l’Angleterre, le « mur de l’immunité acquise par la vaccination qui chaque jour s’élève » vendu par Boris Johnson se présente, dans l’état actuel, comme un mur de paille. Ainsi, la stratégie britannique renvoie une énième fois à la prévalence du profit par rapport à la santé, une stratégie qui place les classes populaires en première ligne.

D’autant plus que le gouvernement anglais, se fait le fervent défenseur du nationalisme-vaccinal. Seulement, pour éradiquer la pandémie à l’international, cette stratégie n’est qu’une impasse et ouvre la porte à la prolifération des variants comme le rappellent les 1200 chercheurs dans leur lettre au Lancet. A l’inverse, face au développement du variant Delta, il est plus que jamais nécessaire se battre pour la levée des brevets sur les vaccins afin de rendre la vaccination accessible à l’ensemble de la population.




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