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Du Pain et des Roses

Transphobie d'État

Royaume-Uni. Liz Truss, une nouvelle première ministre transphobe

Liz Truss, nouvelle première ministre du Royaume Uni, est connue pour avoir défendu des positions transphobes alors qu'elle était... ministre des droits des femmes et de l'égalité. Une nomination loin d'être anodine dans le contexte politique britannique où le mouvement TERF prend de l'ampleur.

mardi 6 septembre

Photo : ALBERTO PEZZALI / AP

Liz Truss, nouvelle première ministre du Royaume Uni, est connue pour s’être opposée à la simplification de la procédure de changement d’état civil pour les personnes trans en 2021, alors qu’elle était au poste de ministre des droits des femmes et de l’égalité dans le gouvernement Johnson. La ministre réagissait alors à une polémique transphobe semblable à celle qui a récemment visé en France le Planning Familial, ciblant une campagne publique de prévention s’adressant aux « personnes qui ont un col de l’utérus ». La campagne visait à inclure les personnes transmasculines qui peuvent avoir besoin de faire des frottis de dépistage mais sont souvent, de fait, exposées à des refus de soins ou à des mauvais traitements en matière gynécologique.

Ce genre de campagne peut donc permettre une sensibilisation à la fois de cette population et du personnel soignant. La dirigeante conservatrice avait alors déclaré : « Vous voyez toute l’absurdité des politiques de l’identité [...] qui finissent par dire que ‘les femmes n’ont pas de col de l’utérus’ ou que sais-je encore », une manière de dénigrer la campagne de sensibilisation en la tournant à l’absurde selon une rhétorique transphobe classique de ce type de polémique. Elle concluait alors qu’il « ne serait pas bon de permettre les changements d’état civil sans contrôles de la part du système juridique », faisant référence à une revendication très ancienne des personnes trans qui souhaitent pouvoir obtenir facilement de nouveaux documents d’identité pour ne pas pouvoir être identifiées en tant que personnes trans par chaque bailleur, employeur ou médecin, au risque de subir des discriminations ou des violences.

La loi britannique exige actuellement des personnes trans qu’elles aient vécu déjà au moins deux ans dans le genre revendiqué, présentent deux attestations psychiatriques indiquant qu’elles souffrent bien de« dysphorie de genre », et que la demande de changement d’état civil soit enregistrée par un notaire : une procédure qui coûte £140, qui viennent s’ajouter aux divers frais médicaux liés à la transition et aux attestations psychiatriques, alors même que les personnes trans ont deux fois plus de chances de vivre sous le seuil de pauvreté que la populationgénérale.

Cette prise de position n’est pas anodine dans le contexte britannique. En effet, la « question trans »au Royaume Uni s’est beaucoup construite autour de paniques morales et d’angoisses identitaires concernant le possible accès de femmes trans à des « espaces non-mixtes » et la transphobie s’est répandue dans l’espace médiatique,avec ses figures publiques telles que l’autrice réactionnaire JK. Rowlings, dont Liz Truss se faisait alors l’un des relais au gouvernement.

Au delà de cette prise de position polémique, Liz Truss est une femme politique de droite réactionnaire qui a obtenu la dissolution d’une association LGBTI+ au motif d’avoir défendu le droit au changement d’état civil libre pour les personnes trans, ainsi que la coupe des subventions de Stonewall UK, la plus grosse association LGBTI+ du Royaume Uni, comme le demandaient des groupes transphobes qui faisaient campagne contre l’organisation. Elle est à la tête du Parti Conservateur et succède au très droitier Boris Johnson avec lequel elle a gouverné, dans un contexte de grèves qu’elle entend réprimer en se présentant comme la nouvelle Margaret Thatcher. Elle a participé à un gouvernement qui a mené des attaques très violentes à l’encontre des services publics et sur les droits des travailleurs, participant à précariser toujours plus les femmes et les personnes LGBTI+.

Alors qu’on ne constate pas d’augmentation des violences sexistes lorsque les personnes trans gagnent des droits démocratiques, les gouvernements bourgeois cherchent à désigner les femmes trans comme une grave menace pour les acquis des femmes cis. Pourtant, comme le montre la situation aux États-Unis, ceux qui s’attaquent à l’auto-détermination des personnes trans ne tardent pas s’en prendre plus largement aux droit de disposer de son corps y compris pour les femmes cis, avec l’abrogation de Roe v. Wade qui interdit l’avortement dans plus de la moitié du pays. Ces attaques sont menées de concert pour diviser les femmes, les personnes LGBTI+ et les travailleurs qui pourraient se mobiliser dans un contexte de crise politique et sociale. Dans le contexte britannique marqué par une succession de grèves inédites depuis les années 1980, il est important de dénoncer et de démasquer les récits transphobes et de construire l’unité de notre classe pour répondre ensemble aux offensives des gouvernements bourgeois.



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