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Royaume-Uni. Une variante du virus qui menace de saturer à nouveau les hôpitaux

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a déclaré aux médias que “dans les prochains jours” il pourrait ne pas y avoir assez de lits dans les hôpitaux face à l'augmentation exponentielle des cas de la nouvelle souche de covid-19. Alors que le Royaume-Uni, pays européen le plus endeuillé par la pandémie, fait face à un nouveau confinement strict, la France semble être la prochaine sur la liste.

mardi 12 janvier

Crédits photo : Tolga Akmen / AFP

Depuis lundi dernier, les habitants du Royaume-Uni font face à un nouveau confinement dur, à l’image du premier en mars dernier. Avec la stratégie d’immunité collective du gouvernement, le pays est l’un des plus touchés par la pandémie avec 77 000 morts et 62 000 nouvelles contagions annoncées hier. Face à l’échec de cette gestion de la pandémie, le gouvernement tente une politique de vaccination aventurière qui se base sur une vaccination à très grande échelle, au point d’épuiser les stocks de vaccin sans faire la seconde injection. En effet, pour que le vaccin Pfizer soit au maximum de son efficacité, il faut respecter l’intervalle de temps préconisé entre les deux injections. Pour vacciner le maximum de personnes le plus rapidement possible, le Royaume-Uni s’appuie sur le mélange de vaccins provenant de différents laboratoires, avec par exemple une première injection du vaccin Pfizer-BioNTech puis une seconde du vaccin AstraZeneca. Ce choix absurde, qui n’est absolument pas vérifié scientifiquement, révèle une politique court-termiste. A cela s’ajoute la nouvelle variante du virus dans une dynamique "incontrôlée" qui pousse le pays à confiner de nouveau les habitants du pays.

Une nouvelle variante du COVID-19 qui menace de saturer les hôpitaux

« La situation s’intensifie très rapidement. La semaine dernière, nous avons vu arriver 5 000 nouveaux patients Covid-19 dans les hôpitaux, soit l’équivalent de 10 hôpitaux remplis de patients en seulement sept jours », a affirmé Chris Hopson, directeur de NHS Providers, l’organisme public chargé de l’approvisionnement des centres médicaux, au micro de la BBC. Une nouvelle variante du coronavirus, qui se propage de 50% à 75% plus rapidement que la souche classique, est en effet apparue au début de l’année scolaire. Le maire de la capitale anglaise, Sadiq Khan, alerte sur la montée “hors de contrôle” de ce nouveau virus à Londres. Par ailleurs, il ne fait pas qu’envahir l’île, l’OMS ayant déclaré que sa présence a été détectée dans plus de 22 pays.

Baptisé VOC 202012/01, cette nouvelle mutation se démarque par sa grande contagiosité. Pour comprendre cette dynamique, aujourd’hui cette variante représente 62% des nouveaux cas alors qu’elle n’était qu’à 25% en septembre et devrait atteindre 90% d’ici la mi-janvier. Cette rapidité fait pâlir les hôpitaux qui n’ont pas les moyens de faire face à cette pandémie.

Par ailleurs, à l’inverse de ce que la communauté scientifique pouvait présager l’an dernière, les jeunes seraient un vecteur du virus très important. Le groupe des SAGE (acronyme anglais de groupe scientifique de conseil sur les situations d’urgence) explique que les adolescents de 12 à 16 ans transmettraient 7 fois plus le virus au sein des foyers que les plus de 17 ans. « On sait désormais que les enfants, qui n’ont que très rarement des formes graves du Covid, jouent tout de même un rôle important dans la propagation de la maladie. Ils sont aussi porteurs du virus, et ont la même charge virale que les adultes, et sont donc contaminateurs lorsqu’ils sont à l’école, dans des circonstances où les gestes barrières sont difficiles à respecter », explique Antoine Flahault, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’université de Genève. Le gouvernement britannique s’est donc retrouvé à devoir mettre en place un confinement sévère, au point de fermer les écoles, pour tenter de stopper la dynamique, un britannique sur 20 étant aujourd’hui touché par le virus. Le Royaume-Uni paye sévèrement sa politique d’immunité collective et sa réticence à fermer les activités économiques non-essentielles.

La France, prochain pays sur la liste

Depuis le 25 décembre, la France est elle aussi touchée par cette nouvelle variante du coronavirus. C’est à Tours que le premier cas français est détecté, et le second l’est en Corse. Yazdan Yazanpanah, directeur du nouvel institut sur les maladies infectieuses émergentes, estime que « Nous n’avons, pour l’instant, qu’une photographie partielle du variant anglais en France. On ne connaît pas exactement le nombre total de personnes infectées ». Le nombre de cas dans la métropole devrait être supérieur aux quelques dizaines de personnes déclarées positives à ce nouveau virus.

Face à cette menace, il est probable que la France se retrouve à devoir envisager de nouvelles mesures telles que la fermeture des écoles, puisque ce nouveau virus plus contagieux se transmet notamment par les jeunes. Mais le gouvernement est très réticent à rejoindre Boris Johnson à ce niveau là car les écoles, garderies du MEDEF, sont la condition pour pouvoir pousser les parents à continuer de travailler.

La situation au Royaume-Uni montre quelles sont les conséquences d’une gestion de la crise guidée par les profits, et en ce sens, face au spectre d’une troisième vague, il est impératif de mettre en place une véritable stratégie de vaccination mais également une stratégie de dépistage, pour ensuite alerter, protéger, et ainsi briser la chaîne de contamination de ce nouveau virus. Pour faire face à cette variante, il faut être capable de le détecter correctement, or seuls 10% des tests PCR faits en France le permettent. En réalité, seul le kit américain « Thermo Fisher » permet de détecter le gène mutant. Contrairement au Royaume-Uni, la France ne dispose aucunement des moyens suffisants pour surveiller le virus, et ses mutations. Mais pour cela, pour faire face à cette nouvelle vague, ce sont des moyens dans les hôpitaux qu’il faut, mais aussi dans l’éducation pour permettre aux jeunes de continuer d’étudier dans des conditions sanitaires à la hauteur de la crise.

Un an après le début de la pandémie, il est urgent d’investir massivement dans les hôpitaux et dans l’éducation, au lieu de donner de l’argent aux grandes entreprises qui profitent de la crise pour licenciement massivement et précariser la population.




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