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La classe ouvrière entre en scène

Royaume-Uni : grève historique des transports contre l’inflation et pour les salaires

Après l’échec des négociations avec le gouvernement, le Royaume-Uni connaît ce mardi 21 juin une grève historique menée par les cheminots de la compagnie ferroviaire britannique Network Rail. Cette grève est la plus massive depuis trente ans et paralyse le pays avec 1 ligne sur 2 fermées et 4 trains sur 5 supprimés. D’autres secteurs comme l’éducation et la santé devraient se mettre en grève.

mardi 21 juin

Crédit photo : Reuters

Plus de 50 000 travailleurs de Network Rail, et de 13 autres compagnies ferroviaires rassemblées dans le syndicat RMT (National Union of Rail Maritime and Transport Workers) sont en grève pour dénoncer leurs conditions de travail, les suppressions d’emploi et le gel des salaires. Par cette grève, les travailleurs du syndicat RMT réclament une augmentation de leur salaire qui permette à minima de pallier l’inflation qui avoisine les 9% au Royaume-Uni et pourrait aller jusqu’à 11% à l’automne. Deux autres journées de grève sont prévues les 23 et 25 juin. Les quelques 10 000 travailleurs du métro londoniens sont eux aussi en grève ce mardi 21 juin contre les suppressions d’emplois et pour défendre leurs retraites.

Alors que la colère gronde, le gouvernement britannique peine à cacher son inquiétude face à une grève massive et historique. Dans le mépris le plus total, Boris Johnson a appelé au calme en dénonçant dans un communiquant l’usage des syndicats qui seraient selon lui, « nuisibles » aux intérêts des travailleurs. Le secrétaire d’État aux transports, Grant Shapps, a quant à lui usé d’une rhétorique classique pour tenter de diviser usagers et grévistes en accusant la grève d’apporter « souffrance et chaos à des millions d’usagers » allant jusqu’à évoquer avec hypocrisie le sort des jeunes passant leurs examens ou celui des personnes vulnérables qui ne pourront se rendre à leurs rendez-vous médicaux. Cela témoigne d’une inquiétude profonde de la part du gouvernement britannique que cette grève ne paralyse durablement le pays alors même que Grant Shapps avait avancé la semaine dernière la volonté d’autoriser le recours à des intérimaires pour remplacer les salariés grévistes et briser la grève.

Le gouvernement avait également annoncé qu’il chercherait un moyen de rendre le service de transports comme essentiel, afin de forcer les opérateurs à fournir des services minimums pendant les grèves, ce qui n’est pas le cas actuellement. Cette tentative d’affaiblir la grève est une tentative désespérée de ralentir un processus de luttes pour des augmentations de salaires qui s’inscrive dans la durée.

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Une grève susceptible de s’étendre à d’autres secteurs

Le gouvernement britannique a en effet des raisons d’être inquiet face à ce qui pourrait se transformer en un « été du mécontentement » rappelant ainsi « l’hiver de la colère » de 1979 au cours duquel les travailleurs britanniques de différents secteurs avaient mené des grèves durs contre l’inflation. De nombreux secteurs du public en tête desquels les travailleurs de la santé et de l’éducation menacent de se mettre en grève pour exiger l’augmentation de leurs salaires.

Dans le secteur de l’éducation, le plus grand syndicat NEU (National Education Union), exige du gouvernement une augmentation qui couvre l’inflation d’ici mercredi et exige des résultats des accords salariaux sous peine de prévoir des grèves massives dans les écoles dès l’automne. Dans un contexte de crise de l’enseignement avec 1 enseignant sur 8 qui démissionne la première année face à la charge de travail, la situation économique et l’inflation est venue ajouter au mécontentement de ce secteur, qui n’est pas sans rappeler la situation que vit le corps enseignants et les travailleurs de l’éducation en France.

La piste de la contamination de la grève dans le secteur de la santé est plausible d’autant que Christina McAnae secrétaire générale du syndicat Unison (plus grand syndicat du pays), alerte sur une probable pénurie de travailleurs de la santé. En effet, ces derniers risquent d’obtenir un accord salarial inférieur à l’inflation ce qui signifierait pour les infirmières une réduction de 10% de leurs revenus réels alors même que ces travailleurs étaient en première ligne de la pandémie.

Les syndicats estiment que les travailleurs britanniques ont perdu environ un tiers de leur pouvoir d’achat depuis 2008 en raison de l’inflation et de la non-actualisation des salaires, et affirment qu’il s’agit de la plus forte baisse des "salaires réels" depuis 1830.

Les postiers pourraient également rejoindre cette vague de grève d’ici l’été. Avec près de 115 000 travailleurs, il pourrait s’agir de plus important débrayage de cette vague de mobilisation ouvrière, comme l’explique le Guardian.

Dans un contexte d’inflation record et de crise politique du régime britannique

Ces grèves débutent dans un contexte d’inflation élevée (autour de 9% en avril) avec des salaires gelés depuis 2 ans entraînant une baisse du niveau de vie de la majeure partie de la population. Le sentiment de crise s’est d’ailleurs accentué la semaine dernière car la Banque d’Angleterre a déclaré que l’inflation atteindrait 11% cet automne en raison de l’augmentation du prix de l’énergie ce qui n’a fait qu’augmenter la colère des travailleurs déjà écrasés par des salaires toujours plus bas et un coût de la vie toujours plus haut. Cette situation économique est évidemment liée à la guerre en Ukraine mais également à des problèmes dans les chaînes d’approvisionnement et une situation post-Brexit qui laisse craindre une récession.

Cette vague de grève sans précédent s’inscrit dans un contexte de crise politique le premier ministre Boris Johnson traverse une crise politique majeure après avoir évité la démission forcée grâce à une majorité courte de 148 voix à la suite du scandale des « Partygate ». Il est décrié à l’intérieur même de son parti, le parti conservateur mais aussi en dehors de son parti avec une popularité en chute libre couplée maintenant d’une grève historique.

Cette situation politique et économique laisse présager une colère grandissante dans les classes populaires anglaises alors que la peur d’un remake de l’hiver du mécontentement (1978-1979), période de grèves massives pour l’augmentation des salaires pendant une période d’inflation, est évoqué par les politiques. Pourtant, les cheminots anglais montrent la voie par cette grève historique et massive dans un secteur qui a été à détruit par des privatisations massives menées par les gouvernements néolibéraux successifs dont celui de Thatcher a été la dur incarnation. Cette grève historique dans l’une des premières économies mondiales annonce peut-être un réveil des travailleurs à l’international dans une Europe qui fait face à une inflation record dans la quasi-totalité des pays.

A l’heure où la France est également touchée par une forte inflation et qu’Emmanuel Macron fait face à une crise politique sans précédent, cette grève est un exemple pour les travailleurs français. Elle montre que face à la dégradation des conditions de vie et de salaires, et face à l’impasse des résolutions parlementaires, la seule issue se trouve dans la construction d’un rapport de force par la grève et par la mobilisation dans la rue.



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