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CHEMINOTS, USAGERS, MÊME COMBAT POUR LE SERVICE PUBLIC – PARTIE 14

SNCF. A la maintenance du matériel, la souffrance en silence

Alors que la réforme ferroviaire se met petit à petit en place, du côté du matériel la situation se dégrade fortement. Dans le cadre de la campagne pour le service public Révolution Permanente fait aujourd’hui le focus sur les métiers de la maintenance du matériel ferroviaire.

jeudi 1er août

crédits photo : Marc Ollivier

Généralisation du travail de nuit, management agressif, aliénation des travailleurs due à la simplification des tâches : du côté de la maintenance la situation se dégrade fortement. Pourtant ce secteur, concerné au même titre que les agents travaillant dans l’infrastructure, est complètement invisibilisé alors que la situation y est plus qu’inquiétante. En proie au sous-effectif et à la faiblesse des moyens qui leur sont donnés, les agents effectuant la maintenance du matériel roulant sont fortement confrontés à la souffrance au travail.

Généraliser le travail de nuit, détruire le métier et faire grimper la rentabilité

La première chose que l’on peut retenir, même avant la réforme ferroviaire, c’est que la plupart des technicentres de maintenance tournent en sous-effectif depuis des années, la SNCF ayant eu pour politique de ne pas remplacer les agents qui partent en retraite ou en mutation.
Depuis la réforme c’est la chasse à la rentabilité qui est menée sur tout et n’importe quoi. Les trains roulant le jour, augmenter la charge de travail la nuit est devenue la nouvelle « norme », notamment avec les trains low-cost comme le Ouigo. L’entreprise tend ainsi à généraliser le travail de nuit en réduisant la charge de travail la journée, tout en explosant les amplitudes horaires sur les repos avec des astreintes le week-end, certains agents enchaînant 2 semaines de travail sans aucun jour de repos.
Mais d’autres paramètres sont aussi à prendre en compte, comme la dégradation du métier d’agent de maintenance. L’injonction à la polyvalence se répand et avec elle la dégradation de la qualité du travail effectué. Par exemple, un électricien doit être capable de faire de la mécanique et inversement, ce qui représente de véritables dégradations de conditions de travail et un mal être, avec l’impression de toujours mal faire son travail.
Les nouvelles technologies jouent aussi un rôle néfaste car les agents sont souvent en manque de formation, notamment sur les nouvelles rames qui comportent énormément d’électronique. Si ces nouveaux trains sont aussi conçus pour ne pas tomber en panne et recevoir moins de maintenance, cela conduit donne lieu à des problèmes lorsque ce type de matériel tombe en panne. Le plan de transport est perturbé, et les gestionnaires de rames doivent trouver des rames rapidement au risque que le train soit supprimé.
Il existe deux types de maintenance pour les rames, la maintenance « corrective » et la maintenance « préventive », cette dernière ayant des coûts relativement élevés la SNCF a décidé de s’en passer en équipant les trains de capteurs qui alerteront dès qu’il faut remplacer la pièce défectueuse, mais aussi en développant de nouvelles technologies qui conduisent à des suppression d’emplois sans améliorer les conditions de travail de la majorité.
Si la direction de la SNCF est responsable de toutes ces dégradations, il ne faut pas oublier les responsabilités des régions qui gèrent la maintenance du matériel roulant régional et départemental et qui donc dégradent le service ferroviaire ainsi que les conditions de travail des cheminots. Lire dans le journal « les déclarations d’engagement » de Valérie Pécresse ou d’Hervé Morin pour un transport de qualité fait grincer des dents alors qu’ils exercent une lourde pression politique sur les établissements de maintenance, en faisant la chasse aux coûts !

Un management agressif, intrusif et anxiogène

Comme dans toute l’entreprise, les méthodes de management sont devenues bien plus agressives avec notamment la mise en place des petits collectifs, avec un dirigeant de proximité (DPX) à la tête d’une équipe d’une dizaine de personnes, toujours sur le dos des agents. Un management agressif par des supérieurs hiérarchiques sortis d’école armés de leurs objectifs à remplir (suppressions de poste, réorganisations) afin de gonfler leur prime de fin d’année.
D’être soumis à des points 5 minutes (mini réunions avec un manager sur la situation) ou ces chefs vous font culpabiliser de la situation avec leurs camemberts, ou vous parlent de challenges SST (ne pas faire d’accident de travail en échange de croissants ou de pizza), mais il y a aussi une volonté consciente de créer des conflits dans les équipes pour les diviser afin d’éviter une trop grosse résistance et ainsi mieux asseoir sa domination. Pour cela, déplacer des agents d’équipe est monnaie courante.
Mais pour diviser il faut aussi créer des inégalités conscientes, comme par exemple sur certaines primes en donnant des montant différents aux agents, ou sur le déroulé de carrière favorisant souvent uniquement un agent sur deux même lorsqu’ils ont exactement la même ancienneté, laissant le deuxième sur le carreau. Certains dépassent même leur droit en « fichant » des agents, sur des observations faites ou des erreurs pour mieux aiguiser leurs reproches.
Mais il ne faut pas oublier l’organisation du travail qui change en permanence et génère des SCOT (Souffrances Causées par l’Organisation du Travail) chez les agents, les réorganisations multiples qui s’effectuent sans arrêt et détruisent tout repère, et les foudres des supérieurs hiérarchiques, subies continuellement. Nous sommes donc en plein dans les méthodes de lean management, qui évoluent de plus en plus, favorisant la mise en concurrence de tous les agents, et exigeant toujours plus décès derniers, pour mieux satisfaire le monstre capitaliste et son appétit insatiable.

Une situation sociale alarmante

Face à cette situation, le nombre de démissions est très important. Depuis la grève du printemps dernier, avec un salaire qui diminue suite aux réorganisations en boucle et des conditions de travail qui se dégradent continuellement, les démissions s’accentuent.
Celles-ci s’expliquent également par la politique de la SNCF de recruter des travailleurs en Province pour les faire travailler en région parisienne en leur promettant à leur embauche qu’ils pourraient retourner chez eux grâce à une demande de mutation… oubliant de leur préciser qu’une demande de mutation dure en moyenne 10 ans en région parisienne. Beaucoup d’agents effectuent ainsi des temps de trajets allant parfois jusque 6h par jour aller-retour, ce qui explique une partie des burn-out et la situation anxiogène au sein de l’entreprise.
Ce n’est pas tout ! La médecine du travail ne joue plus son rôle et il devient de plus en plus compliqué de faire reconnaître les cas de souffrance au travail auprès de ces derniers, les seules solutions émises par les médecins du travail étant généralement soit de penser à une rupture conventionnelle, participant ainsi à la politique de dégraissage d’effectifs voulue par la direction, soit de prendre un logement afin de se rapprocher, très difficile puisque la SNCF brade son parc immobilier.
Enfin, pour terminer, le découpage de la SNCF en cinq Sociétés Anonymes pour 2020 ne va rien arranger car dorénavant dans certains cas les mutations vont être rendues impossibles, à cause de l’externalisation et du découpage de l’entreprise Le secteur de la maintenance du matériel roulant est d’ailleurs lui aussi concerné par l’externalisation et le transfert de personnel, car sous-traiter reviendrait moins cher à la SNCF en termes d’habilitation et de formation. Pour les salariés concernés, ce serait une précarisation de leurs conditions de travail.

👉 Participez à la campagne de Révolution permanente :

N’hésitez à nous envoyer votre propre témoignage, que vous soyez cheminot ou usager, sur les conséquences de la réforme ferroviaire dans vos régions et métiers respectifs pour ce qui est des cheminots : siterevolutionpermanente@gmail.com

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