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CHEMINOTS, USAGERS, MÊME COMBAT POUR LE SERVICE PUBLIC – PARTIE 8

SNCF : « C’est la galère tous les jours » témoignent des agents du RER B

Dans le cadre de la campagne pour les usagers et le service public, Révolution Permanente révèle des témoignages d’agents, et d’usagers de la ligne B du RER, ils nous décrivent leurs conditions de travail et les conséquences de la réforme sur ce dernier, mais aussi leurs conditions de trajets. Nous avons interrogé deux agents de la ligne et une usagère handicapée pour en savoir plus.

mardi 23 juillet

RP : Pourriez-vous expliquer ce qu’a changé la réforme du ferroviaire pour vous ?

« Sur la ligne B du RER on constate de nombreux fermetures de gares chaque jours, Comme les gares de la Courneuve / Drancy/Blanc-Mesnil /Villepinte etc... cela était inenvisageable il y a quelques années. Les voyageurs doivent acheter leurs tickets sur les bornes. Elles ne prennent pas les billets et parfois ne rendent pas la monnaie, faute d’agents pour recharger les machines. Beaucoup ne savent pas les utiliser, n’arrive pas à saisir leur gare de départ ou d’arrivée, l’orthographe doit être parfaite, et le nom des gares est parfois tiré par les cheveux, attention ! Voyageur non aguerrit prenez note, « la plaine/stade de France »(RER B)n’est pas la même gare que « stade de France /Saint-Denis » (RER D) et si vous tapez Saint-Denis vous aller avoir un ticket pour « Saint-Denis ville »(RER D et H) si vous souhaitez vous rendre à « Saint-Denis Basilique » ou « Saint-Denis Université » vous pouvez taper ce que vous voulez, vous ne les trouverez jamais, ça aurait été trop facile, ce sont des stations de métro de la ligne 13 de la RATP vous devrez donc prendre un ticket pour Paris… Et ne vous fiez pas au tarif, il a beau être le même d’un ticket à l’autre, si vous n’avez pas le bon titre, vous aurez 35€ d’amande, lors d’un contrôle si vous payez immédiatement et 75€ si vous payez plus tard. Et à votre avis que deviennent les agents des gares ? Et oui, des contrôleurs…

Ce qu’il s’est passé, c’est que les agents de vente se sont vu proposer des postes d’EML (équipe mobile ligne) pour « aider en situation perturbée, renseigner les usagers, communiquer sur les travaux, ouvrir les gares lorsque qu’il n’y avait pas d’agents etc... Alors beaucoup ont souhaité tenter l’expérience, de plus en plus d’équipes se sont constituées et les guichets ont fermés petit à petit. Il y a encore quelque mois ils étaient bien utiles pour aider les agents souvent seuls à gérer une gare. Mais aujourd’hui le travail des EML se transforme en équipe de contrôle. Un collègue EML m’a dit « je n’ai pas eu le choix, de toute façon on nous demande plus notre avis maintenant, je me fais insulter, les gens sont énervés, aujourd’hui les gares ou j’avais l’habitude de servir les gens, sont fermées et on nous demande de contrôler les usagers, ce n’est pas logique ».

Ce constat on peut le faire sur toutes les lignes SNCF, un agent au service du publique n’est pas rentable, mais un agent qui verbalise le devient. Il y a des quotas à réaliser un agent qui réussit à faire payer les contrevenants immédiatement générera une meilleure prime que celui qui dresse un PV, les primes sont par équipes, donc les moins performants se font haïr du reste de l’équipe. Voilà comment la SNCF a réussi à détruire la cohésion qui a toujours existé chez les cheminots, comment elle a réussi à nous faire détester des usagers, au nom du profit et de la rentabilité. »

RP : Les guichets ferment les uns derrières les autres, qu’allez-vous faire quand votre poste de travail n’existera plus ? La SNCF ne vous propose pas de reconversion ?

« On ne sait pas vraiment comment ça va se passer, il y a un mois on a tous reçu un message nous disant de nous renseigner sur le métier de conducteur. J’aime être en contact avec les gens je ne me vois pas être conductrice. On nous a expliqué que quand la concurrence arrivera soit on reste sur notre poste mais on change d’entreprise, soit on reste à la SNCF mais on ne pourra pas être mutés dans d’autres régions et sur d’autres métiers. Si rien ne nous va : on est viré. Alors je ne sais pas ce qu’il va se passer pour moi, j’habite dans le coin, j’ai mes enfants, il y a 3 ans déjà avec Proxilien (nom de la réorganisation pour plus de flexibilité et de polyvalence [contrôle]) c’était la guerre pour avoir un poste, il a fallu s’adapter, changer d’horaire de gare, réorganiser la vie de famille Et la ça recommence, je suis désespérée… »

RP : Pourriez-vous expliquer ce qu’a changé la réforme du ferroviaire pour vous dans vos conditions de transport ?

« Je prends le train tous les jours et je suis handicapé, ça faisait un mois que j’étais obligé d’aller deux gares plus loin pour récupérer mon train en direction de Paris parce que les ascenseurs ne marchent pas, vous trouvez ça normal ? J’ai changé mes horaires à mon travail pour partir plus tôt pour être à l’heure à la crèche, mais ma chef m’a dit oui seulement si c’était provisoire. À la RATP le matin il n’y a jamais de problème mais la SNCF c’est n’importe quoi ! On doit réserver pour avoir quelqu’un et y a personne, une fois c’est un chef qui est venu ouvrir la gare juste pour me faire sortir. « Il m’a dit c’est parce que à l’horaire auquel je prends le train c’est le changement d’équipe » et alors ? Ça devient grave, alors j’ai contacté une association pour des droits des handicapés et comme par hasard les ascenseurs ils remarchent. En tant qu’usagers nous ce qu’on veut c’est des agents dans les gares ! »

👉 Participez à la campagne de Révolution permanente :

N’hésitez à nous envoyer votre propre témoignage, que vous soyez cheminot ou usager, sur les conséquences de la réforme ferroviaire dans vos régions et métiers respectifs pour ce qui est des cheminots : siterevolutionpermanente@gmail.com

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Crédits photos : ©Geoffroy Van der Hasselt / AFP




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