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Notre classe

Casse du service public ferroviaire

SNCF. Coup de gueule d’une usagère face à la suppression des agents de bord des TER

Les conductrices et conducteurs sont désormais les seuls opérateurs présents à bord des TER sur les lignes Toulouse/Foix et Toulouse/Montauban. Au-delà des suppressions de postes, 13 contrôleurs en moins d’après un communiqué de la CGT, dont la plupart des agents en CDD qui ne seront pas reclassés, cette mesure implique une profonde dégradation du service et une véritable mise en danger des passagers que nous sommes.

vendredi 14 décembre 2018

Empruntant quotidiennement la ligne Toulouse/Foix, je ne peux que m’inquiéter de l’absence totale d’accompagnement à bord qui résulte de cette décision prise par la direction de la SNCF. Déjà, ne plus avoir accès aux informations habituellement délivrées par les contrôleurs (correspondances, état du trafic, accueil en gare…) est problématique sur une ligne où les retards sont encore loin d’être exceptionnels. Maintenant on me dit que je serai seule et que cela améliorera le service. J’ai aussi déjà perdu mon téléphone dans le train : un contrôleur, qui connaît mon trajet, me l’a déposé en gare, ce qui n’arrivera plus. Mais surtout, je me demande sur quelle prise en charge je pourrais compter en cas d’accident. Situation sans gravité, mais courante sur la ligne : le train percute un animal et doit s’arrêter. Jusqu’à maintenant, le contrôleur nous informait, les autres passagers et moi, du problème. Il était visible dans le train, pouvait répondre à nos – nombreuses – questions sur la reprise du trafic, et pouvait, en cas de besoin, contenir ou rassurer les plus inquiets et les plus impatients, et en tout cas permettait de maintenir un climat serein dans le train. Aujourd’hui, comment le conducteur, qui a pour consigne de sortir du train pour constater l’accident, pourra-t-il en même temps nous informer et assurer notre sécurité à l’intérieur du train ? Et si son absence dure, comment pourra-t-il empêcher les passagers d’ouvrir les portes, sachant que plus un arrêt dure, plus c’est tentant ? De même, je ne suis pas toujours très sereine, mais je ne suis pas la pire : sans contrôleur, qui va gérer les crises d’angoisse, malaises ou éventuelles violences qui peuvent résulter d’une attente trop longue ? Le risque pour nous passagers, est de voir se multiplier les incivilités, les retards dus à des problèmes à l’intérieur du train ou les cas d’accidents de personnes ayant réussi à sortir du train.
 
Au-delà de ces cas généraux, je m’interroge aussi en tant que femme voyageant seule, sur le risque de prendre un train sans agent à bord. Continuerais-je à voyager en train et en particulier le soir sachant que personne n’est présent à bord pour assurer ma sécurité ? Dans la région lyonnaise, déjà, une jeune femme a été agressée dans un train sans contrôleur et sans que la SNCF ne prenne la peine de réagir. De même, sur la ligne Toulouse/Foix, je peux voir tous les jours des enfants voyageant seuls, parfois dès l’âge de 11 ou 12 ans pour se rendre au collège. Si j’étais parent laisserais-je mes enfants voyager seuls, sachant que personne n’est responsable de leur sécurité ?
 
A tous ces problèmes, la SNCF me donne une réponse qui a de quoi faire sourire : des affichettes placardées dans tous les TER nous invitent, en cas d’incident, à contacter le 3117, laissant la charge de la sécurité à bord à un opérateur téléphonique. Rassurant, quand on sait qu’un bon pourcentage de la ligne est coupé du réseau.
 
Ce mépris affiché par la direction de la SNCF à l’égard du bien-être voire de la vie même de ses usagers, ne va pas sans un certain cynisme. Car pour nous, la dégradation sans précédent de la qualité du service s’accompagne d’une répression renforcée. Ceux et celle d’entre nous qui n’ont pu acheter notre billet en gare ou valider notre pass se verront attribuer une amende forfaitaire de 50 euros et ce sans explications possible. Le guichet est fermé, votre pass n’est pas à jour à cause de la base : c’est de la faute de l’usager d’après la SNCF. Des EML (Equipes Mobiles de Ligne) composées de contrôleurs et d’agent de sureté SNCF commencent déjà à être déployées sur les tronçons Toulouse-Montauban et Toulouse-Auterive. Loin de se soucier de la sécurité des passagers, la seule mission de ces équipes de choc est de contrôler la validité des titres de transport. La SNCF prévoit par ailleurs la mise en place de CRQ (Contrôles Renforcés à Quai), avec le déploiement en gare de contrôleurs et d’agent de sécurité chargés de mettre en place de véritables barrages filtrants. Sans contrôleurs, nous serons donc encore plus « contrôlés » !
 
Cette situation reflète les orientations prises aujourd’hui par la direction de la SNCF, qui visent, toujours plus, à transformer ce qui était autrefois un service public en service purement commercial. La dégradation volontaire et brutale du service sur les petites lignes s’inscrit en effet dans la continuité de la loi qui vise à faire disparaître plus de 9000 km de lignes « non-rentables » et les services soi-disant « accessoires » comme les guichets en gare. J’ai donc aujourd’hui une petite pensée pour tous les passagers qui, comme moi, se rendent chaque jour dans des petites gares rurales, et sont dépendants du train pour leurs déplacements : commencez dès aujourd’hui à économiser pour votre future voiture, grâce à laquelle vous pourrez pleinement profiter de l’augmentation des taxes à venir sur le diesel. Ou plutôt, prenez part dès aujourd’hui à la défense du rail avec les cheminots qui se sont déjà mobilisés au printemps dernier, et aux luttes en cours afin que nous puissions, tous ensemble, par la grève, les blocages et les manifestations, gagner contre Macron et son monde.

Crédits Photo : Sevgi/Sipa




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