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Entretien avec Abdel Ali Marsani délégué syndical CGT chez STPI PSA Mulhouse

STPI. Les travailleurs du nettoyage industriel relèvent la tête

STPI, Société Technique de Propreté Industrielle est une filiale de Veolia Environnement qui s’occupe du nettoyage de plusieurs sites industriels dans l’Hexagone. A PSA Mulhouse, une grosse majorité des travailleurs en CDI a débrayé le 3 juin : en colère contre des conditions de travail déplorables, des salaires de misère et des brimades au quotidien dans un secteur qui emploie une proportion très importante de travailleurs immigrés. C’est ce que nous raconte. Abdel Ali Marsani, délégué syndical CGT chez STPI sur le site de PSA Mulhouse.

lundi 8 juin 2015

Quelle est la situation de l’entreprise d’après toi ?

Pour le patron de STPI, tout va pour le mieux. La boite emploie plus de 600 personnes et fait plus de 22 millions de chiffre d’affaires. Côté Veolia Environnement, c’est plus encore : près de 23,8 milliards en 2014. Localement, en Alsace, STPI travaille avec Timken, Dupont de Nemours. Mais nous sommes également présents ailleurs, chez Volvotruck, par exemple.

Et quelle est votre situation, à vous, dans cette boîte de sous-traitance ?

STPI est un sous-traitant. En étant dans la sous-traitance, on subit trois fois plus que si on était chez le donneur d’ordres qu’est PSA. Comme STPI veut faire des profits maximum, chez nous la direction supprime des postes. Il y a eu par exemple la réduction de la fréquence du nettoyage des toilettes qui a baissé à une fois par jour. Depuis le mois de février, l’équipe de nuit est passée en journée. Pour les collègues, cela fait une perte sèche de 300 euros par mois. Les horaires pour les salariés en semaine du lundi au vendredi sont passés du vendredi au lundi, et même si le dimanche est payé 20 % en plus, cela a détruit toute vie de famille pour presque le même salaire mensuel.

La convention collective du nettoyage est la plus mauvaise des conventions. Dans cadre des NAO nous avons obtenu l’augmentation de la prime de présence, qui passe de 40 euros à 80 euros. Mais avec 1200 euros en moyenne, nous sommes largement en-dessous des vrais besoins pour vivre dignement.

D’où vos revendications…

A nos revendications, se greffent les questions de changements de poste, le manque de respect et les pressions exercées contre les salariés, les licenciements abusifs, le refus d’augmenter les salaires, le blocage de l’évolution de carrière, la perte des jours de congé des salariés qui sont passés en équipe de week-end.

Aujourd’hui, toutes nos revendications pourraient être satisfaites sans que l’entreprise n’y perde. Mais c’est une question politique beaucoup plus large. Le fait qu’une grande partie des salariés ait participé à la grève du 3 permet de mesurer le mécontentement qui règne dans la boîte.

La grève du 3 a été suivie ?

La grève a été très bien suivie. Sur les 128 salariés qui bossent sur le site de PSA, il y a avait plus de 80 % de grévistes sur les trois équipes. On peut parler d’un gros succès, pour ce premier débrayage.

Au secteur des vides GEV, le secteur où le travail est le plus dur, le « secteur de la galère », selon les collègues, avec des salaires très bas qui ne dépassent pas les 1250 euros en moyenne, la grève était totale. Et pourtant c’est un secteur où la direction joue à fond la carte du copinage pour faire passer sa politique, c’est-a-dire donner des postes plus faciles à des salariés qui acceptent tous les reculs, et où elle harcèle ceux qui résistent par des brimades permanentes. Pour ceux qui font les toilettes, c’est juste l’enfer. La crasse à laquelle ils doivent faire face est horrible. Là aussi, la grève était très suivie.

Pour ce qui est des collègues précaires, qui constituent plus de 50 % de l’effectif, ils n’étaient pas en grève. La plupart sont des travailleurs immigrés. Cela fait partie de la politique de la boîte de maximiser l’exploitation en embauchant une main-d’œuvre immigrée. Mais c’est le cas dans le nettoyage en général.

Et si la direction ne donne pas satisfaction, quelles sont les perspectives ?

Si la direction ne donne pas suite à nos revendications, on va continuer. La première grève, celle du 3 juin, était de 2 heures par équipe. On est prêts à passer à 4 heures, voire à une grève illimitée. Les collègues n’en peuvent plus tellement le travail est dur. Mais la détermination des travailleurs à poursuivre le mouvement est intacte. On devrait avoir une réunion sur nos revendications dans quinze jours. En attendant, on continue à mobiliser pour être prêts à remettre ça rapidement.

Quel regard portes-tu sur le mouvement mais aussi plus généralement sur l’exploitation capitaliste chez STPI ?

Les capitalistes se goinfrent sur notre dos. Ils pensent qu’ils ont affaire à une population d’immigrés qui ne savent rien. Ils pensent qu’ils peuvent bafouer régulièrement le droit du travail. La hiérarchie multiplie les brimades pour imposer toujours plus de travail, non payé bien souvent. Dans la société, l’immigration est ghettoïsée. Pour avoir un travail, tu es obligé d’accepter n’importe quel emploi mal payé, dans les pires conditions. Souvent, ta hiérarchie te demande de voir autour de toi, si tu n’as pas un cousin, un frère, pour lui proposer un travail.

A la télé, on nous raconte que le seul moyen, ce n’est pas de faire payer les riches, mais que le problème, c’est l’immigration. Et bien nous, on est comme les Palestiniens. Quand l’Impérialisme veut les massacrer, il dit que ce sont tous des terroristes, et cela pour justifier toutes les tueries aux yeux du monde. Et bien nous, nous disons aussi nous sommes des résistants. Et ça change tout.

Propos recueillis par Vincent Duse le 06/06/15.



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