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Sous-traitance aéronautique

Sabena Technics. Après 4 jours de grève, quel bilan et quelles suites ?

Après quatre journées, la grève des salariés du sous-traitant aéronautique Sabena Technics s'est terminée ce lundi soir. Une première mobilisation pour ce site toulousain qui a été suivie par 100 % des ouvriers.

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La première grève du site Sabena Technics Toulouse

Après quatre jours d’une grève très suivie du site toulousain de Sabena Technics, la mobilisation s’est terminée ce lundi 10 octobre en fin de journée. Le mouvement avait débuté très fort le jeudi 6 octobre suite à l’appel à la grève de la CGT et de Force Ouvrière. Pour la première grève de l’histoire du site de Sabena Technics Toulouse, la totalité des ouvriers s’étaient mis en grève, intérimaires compris !

À l’origine de la colère, l’inflation et les bas salaires, avec une grande majorité des salariés rémunérés tout juste au-dessus du SMIC. De plus, avec seulement 50 euros d’augmentation en six ans, le mépris de la direction pour les salariés s’était fait fortement sentir. À cela s’ajoutent les conditions de travail très difficiles chez le sous-traitant de peinture aéronautique comme le décrit Damien Larsen. Comme l’écrit Damien, « la direction a voulu tester un management à la dure sur un nouveau site pour voir jusqu’où ça allait tenir » et ajoute même « qu’un des grévistes comparait son usine à un McDo ».

L’ensemble de ces conditions expliquent la colère des ouvriers de Sabena Technics Toulouse. Concrètement, l’appel de Force Ouvrière et de la CGT revendiquait une prime Macron de 1500 euros, des indemnités kilométriques conséquentes et une prime de décapage comme cela existe chez d’autres sous-traitants. Des revendications qui cherchaient à « parer l’inflation » comme l’a dit un gréviste et qui exprimaient une volonté d’être sur un même pied d’égalité avec les autres entreprises du secteur et d’avoir un juste retour sur tous les efforts fournis par les salariés.

C’est donc sur cette base que les ouvriers de Sabena Technics ont démarré une grève inédite. Déterminés à faire connaître leur combat aux autres entreprises situées au cœur du bassin aéronautique de Blagnac/Cornebarrieu, ils ont diffusé des milliers de tracts aux automobilistes et ont même organisé une opération escargot lors du troisième jour de grève.

Dans un contexte de grève des raffineurs où le gouvernement entend monter le reste des travailleurs contre les grévistes de Total et d’Exxon, certains grévistes ont pris le temps d’apporter leur soutien aux raffineurs en lutte. Contre le « diviser pour mieux régner », dont la sous-traitance aéronautique est un exemple frappant, les soutiens d’autres entreprises du secteur venus sur le piquet étaient particulièrement appréciés, comme c’est le cas d’Olivier Gidel, de la CGT Satys, entreprise sous-traitante concurrente de Sabena Technics dans la peinture aéronautique.

Une direction qui ne veut rien lâcher et méprise les salariés

Fin 2021, Philippe Rochet, le PDG de l’entreprise, vantait sa politique de recrutement en assumant le fait que « les gens [rentrent] au niveau du SMIC » et que « toute heure supplémentaire, toute heure faite dans les nuits ou s’il le fallait le week-end [...] [soient] majorées ». Ce dernier présentait donc comme un avantage ce qui est en réalité une simple application de la loi. Des propos qui en disent long sur les conditions salariales et sur l’hypocrisie de la direction sur cette question.

Face à la grève, la direction de Sabena Technics a perduré dans sa politique et a opté pour la méthode dure. Si pendant la grève elle a proposé un rendez-vous quotidien aux représentants syndicaux FO et CGT, les discussions sont systématiquement allées dans le sens d’une baisse des propositions . Au troisième jour de grève, elle a même fait sortir les avions des ateliers, envoyant un message aux grévistes montrant qu’elle se préparait un à conflit long et qu’elle pouvait contourner leur grève en confiant potentiellement les travaux de peinture à d’autres entreprises.

Finalement, au quatrième jour de grève, un accord a été signé sur la base de 500 euros de prime Macron, une prime kilométrique de 85 euros brut et une prime « décapage » de 250 euros. Si les revendications obtenus sont en dessous des attentes initiales comme en témoignent Ryan et Djamel, syndiqués CGT, cela reste une première avancée, d’autant plus pour la première grève de l’entreprise.

Après cette première grève, quels bilans pour la suite ?

Une fois de plus, c’est une première grève pour une entreprise de l’aéronautique. Après des décennies de répression et de passivité dans le secteur, le Covid a donné lieu à un début de réveil ouvrier, à quoi s’est ajouté l’inflation qui a provoqué une épidémie de grèves salariales, bien au-delà de l’aéronautique.

La grève de Sabena et son taux de grévistes vient confirmer la colère très large qui existe face à l’inflation. La participation d’intérimaires et de CDD, qui est rare dans les grèves, est à noter. L’unité syndicale FO-CGT est incontestablement une force dans la grève, alors que les syndicats FO dans l’aéronautique sont habituellement bien plus réticents à faire grève, et sont bien plus prompts à signer des attaques directes aux salariés, comme à Derichebourg pour ne prendre qu’un exemple, où le délégué syndical FO avait signé l’APC réduisant les salaires de plusieurs centaines d’euros.

Malgré ces points forts, la direction n’a rien voulu lâcher. Alors même que les revendications avancées ne portaient que sur des primes et avaient été pensées comme des mesures d’urgence pour sortir la tête de l’eau, le patron n’a pas voulu céder. Premièrement, celui-ci a expliqué que les questions d’augmentation de taux horaire ne pouvaient se discuter qu’en NAO, ce qui est faux puisqu’un patron peut à n’importe quel moment augmenter les salaires par une simple DUE (Décision Unilatérale de l’Employeur). Mais même une fois assuré que les revendications resteraient sur les primes, il a cherché à les limiter au maximum.

Néanmoins, il s’est vu obligé d’avancer les NAO à la fin d’année alors qu’elles étaient prévues pour mi-2023. Si d’un point de vue revendicatif, les salariés n’auront obtenu qu’une partie de leurs attentes, cette lutte a eu aussi le mérite d’être une première expérience, une première « école de la grève » pour la plupart. Comme l’expliquait un gréviste, « on a préparé le terrain pour les NAO et on a écorné leur image vis-à- vis de Airbus ».

Un premier apprentissage des forces et des limites, pour préparer la suite. En plus des forces que nous avons déjà mentionnées comme le taux de grévistes ou l’unité syndicale, il faut aussi relever que les grévistes ont pu s’appuyer sur l’expérience des anciens salariés d’ATE, une entreprise ayant fermé dont sont issus plusieurs salariés, qui avaient déjà fait grève face à leur ancienne direction. Cela a permis par exemple d’avoir un piquet bien organisé dès le premier jour et une diffusion de tracts aux nombreux salariés de cette grande concentration industrielle, qui, rappelons-le, est la plus grande de France. Le réflexe de la caisse de grève, même si elle aurait pu être davantage mise en avant pendant la grève, a été rapide, sur les conseils des salariés de Satys qui avaient eux-mêmes mis en place une caisse pour renforcer leur grève de 5 jours.

Néanmoins, au-delà des points forts de la grève, ses principales limites sont dues à la division des sous-traitants et de l’isolement des grèves qui ont été imposés par le patronat de l’aéronautique depuis des années. La mise en place des NAO à partir des années 1980 a habitué les salariés à ce que la question salariale ne se pose que boîte par boîte, et pas au même moment. Dans ce contexte, il est très difficile d’installer un vrai rapport de force sans avoir un plan de bataille qui aborde toutes ces questions : comment installer le conflit, comment durer, comment l’étendre à d’autres, comment le médiatiser ?

Dans l’aéronautique, le peu d’expérience de grèves passées fait qu’il est rare que les grèves aient un plan de bataille très clair dès le premier jour qui répondent à toutes ces questions. Néanmoins, pour accélérer l’expérience et pour transformer les grèves passives en grèves actives, où chaque gréviste est acteur de la lutte, les assemblées générales de grévistes sont une force, qui a été sous-estimée dans ce conflit. C’est ce qui avait fait la force de grèves comme celle des Ateliers de la Haute-Garonne, ou encore de la grève de 13 jours du sous-traitant Mécachrome. Cette méthode, pour que la « grève appartienne aux grévistes », aide beaucoup à maintenir l’unité dans une grève. En discutant tous ensemble, de tous syndicats ou non-syndiqués, des revendications, de la suite à donner à la grève, ces assemblées construisent une cohésion qui non seulement renforce la bataille, mais prépare aussi l’unité pour les futures grèves. Car il arrive fréquemment, notamment dans les fins de conflits, que s’expriment frustration et division si on a pas l’impression d’avoir décidé tous ensemble.

Enfin, cette grève a aussi été l’occasion de nouer des liens avec des militants d’autres entreprises du secteur, comme Satys, AHG ou Airbus. Une envie d’unité qui s’exprimait à la fin de la grève : « Il faut qu’on soit tous solidaires et essayer de faire un jour en commun avec toutes les entreprises du bassin aéronautique » (…) « On aimerait bien un jour qu’on bouge tous ensemble pour montrer à ces patrons qu’on est pas divisé mais ensemble ».

C’est ce pour quoi se bat Révolution Permanente, notamment au travers d’une campagne qui cherche à unifier notre classe autour de revendications s’attaquant à l’inflation :

Augmentations de salaire d’au minimum 400€, pour pouvoir sortir la tête de l’eau.

Indexation des salaires sur l’inflation, pour ne pas être condamné à ce que nos augmentations soient directement rognées par l’inflation.

Expropriation sous contrôle ouvrier des grands groupes de l’énergie, pour reprendre la main sur ces groupes qui profitent de la crise pour battre leur record de profits en montant les prix et en détruisant la planète.

Pour gagner, il faudra un vrai plan de bataille, qui aille au-delà des journées isolées et qui s’appuie sur les grèves des raffineurs et cherche à étendre la grève à tout le pays.


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Gaëtan Gracia, CGT Ateliers de Haute-Garonne

Militant à la CGT Ateliers Haute-Garonne
Twitter : @GaetanGracia

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