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Sacrifiés pour des colis. La Poste recourt à l’intérim pour continuer les livraisons non essentielles

La Poste a annoncé le rallongement des jours de distribution du courrier et la réouverture, dès lundi 6 avril, de plusieurs centaines de bureaux de poste fermés pour mesures sanitaires. Elle fera appel au personnel de son sous-traitant Mediapost, ainsi qu’à des intérimaires. Si l’entreprise met en avant la volonté de répondre à la demande des allocataires sociaux nécessitant l’accès à leur compte, il s’agit avant tout d’assurer la livraison de colis non essentiels, en pleine explosion du commerce en ligne. Une situation qui pose la question de ce que devraient être les missions essentielles de l’entreprise, sacrifiant ses travailleurs les plus précaires.

samedi 4 avril

La Poste a annoncé la réouverture, dès lundi 6 avril, de plusieurs centaines de bureaux, fermés pour mesures sanitaires. De nombreux postiers ont en effet exercé leur droit de retrait en cette période de crise, face au manque de matériel de protection ou l’impossibilité de respecter les mesures de distanciation selon l’agencement des bureaux. Ce sont aujourd’hui simplement 1 600 bureaux de Poste qui sont opérationnels, sur presque 8 000. La distribution du courrier avait également été réduite aux mercredi, jeudi et vendredi.

Mais l’entreprise a décidé de faire appel à ses intérimaires et aux travailleurs de la filiale Mediapost, chargée habituellement de la distribution d’imprimés publicitaires. Ces derniers seront affiliés à la distribution de la presse régionale et quotidienne les lundi et mardi afin de maintenir les ventes hebdomadaires. La distribution de courrier et de colis devrait également passer à quatre jours par semaine au lieu de trois.

Un choix que La Poste cherche à justifier par la nécessité de répondre aux besoins des allocataires qui recevront leurs prestations sociales sur leur compte en début de mois, notamment les allocataires du RSA. Pourtant, l’entreprise ne peut se vanter de vouloir accomplir sa mission de service public, alors qu’elle multiplie depuis plusieurs années la fermeture de bureaux, notamment en zones rurales. Les dernières mobilisations menées en son sein par les salariés attestent également de conditions managériales exécrables, obligeant les postiers à satisfaire des cadences toujours plus élevées, alors que les moyens et le personnel manquent.

Ce qui est réellement en jeu c’est le maintien de la distribution de colis : face à la fermeture des magasins, le commerce en ligne explose. Alors que sur son site internet La Poste indique modifier « son organisation pour se recentrer sur ses missions essentielles tout en préservant la santé de ses clients et des postiers » les salariés dénoncent l’augmentation des livraisons non essentielles. Serge Taza, syndicaliste de l’UNSA des Bouches-du-Rhône déplorait ainsi sur RTL : « exposer des postiers pour distribuer des baskets ou du maquillage, c’est superflu ! ». D’un autre côté, il déplore les retards dans la livraison de biens médicaux avec l’augmentation des paquets, et l’impossibilité de les différencier. Du Côté de la Champagne-Ardenne, un chauffeur-livreur, dont l’activité a augmenté de 20% ces deux dernières semaines alors qu’il ne livre plus les professionnels, confiait également au journal l’Union « On prend des risques à faire des kilomètres pour livrer des choses dont on n’a pas besoin en ce moment. Quand on est confiné, on n’a pas besoin de se faire livrer une nouvelle paire de chaussures […] des vélos et trottinettes ».

Alors que les postiers sont exposés aux échanges de colis (une étude américaine a en effet révélé que le virus pouvait survivre une journée sur le carton) et aux contacts avec des centaines de particuliers, pour maintenir les profits des entreprises de vente en ligne, il est plus que jamais nécessaire que ceux-ci puissent définir ce qui relève ou non de leurs missions essentielles. Mais aussi, appeler à l’arrêt de la production et de la livraison de biens non essentiels, mettant en danger les travailleurs qui les fabriquent et les transportent : les plus précaires.

Crédits photo : AFP/ARCHIVES - LOIC VENANCE




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