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Jeunesse

Violences policières

Saint-Denis. Les témoignages accablants des lycéens interpellés

Après avoir enflammé les lycées parisiens, la mobilisation contre les violences policières suite à l'agression de Théo a touché les lycées de banlieue parisienne, dans le 92 et le 93. A Saint-Denis, au lycée Suger, des fumigènes ont été allumés et des jets de pierre ont été lancé devant le lycée. Dans une ville où le moindre blocage lycéen est réprimé par la police montée, comme cela avait été le cas en 2014 suite à la mort de Rémi Fraisse, « se mobiliser », c'est d'ores et déjà devoir faire face à la violence policière. Et c'est ce qu'ont vécu une cinquantaine de lycéens, participant ou non à la mobilisation. Leurs témoignages, relayés par Le Parisien, sont révélateurs de la situation de militarisation, de violences et d'humiliations quotidiennes vécues dans ces quartiers populaires, pour faire baisser la tête à toute volonté de résistance.

vendredi 10 mars 2017

Marah Macna

Interpellations massives, violences et insultes à répétition

 
De ces cinquante jeunes, seulement six ont été mis en examen. Il s’agissait donc d’une interpellation massive, visant à faire taire toute volonté de contestation, par une répression généralisée. Et la manière dont ont été traités les lycéens témoigne de cette volonté. L’une d’elle, lycéenne de 15 ans, raconte : « Comme les jeunes et les policiers étaient sur le chemin que je dois prendre pour rentrer chez moi, j’ai voulu passer par une autre rue. La foule est arrivée vers moi, j’ai vu les policiers avec leurs flash-balls. On s’est mis au sol. J’ai vu des jeunes se faire frapper, recevoir des coups de Taser. Des policiers ont traité deux filles de p… ». Un autre, de 16 ans, explique : « Au moment de l’interpellation, les policiers m’ont frappé et m’ont donné des coups de Taser alors que j’étais par terre, menotté. »

Les conditions de détention ont elles aussi été particulièrement brutales, comme le raconte une lycéenne de 15 ans : « Le mercredi, on nous a mis à douze filles dans « une cage », une toute petite pièce. C’était serré, on respirait pas, on a demandé à ouvrir une fenêtre. Mais un policier est venu fermer les volets, a éteint la lumière en nous insultant. »

Dans ces conditions, il n’est donc pas étonnant de voir que des jeunes aient « craqué » et avoué quelque chose qu’ils n’avaient pas fait, comme le raconte l’un des lycéens mis en examen pour jets de projectiles et attroupement armé : « Je n’ai rien fait. Quand la tension est montée dans le lycée, on est sortis. Les policiers étaient juste en face, un mortier a été jeté. Ils ont tiré des lacrymogènes. On était tout un groupe. Par instinct, on s’est déplacés, d’autres équipes de police sont arrivées. Ils nous ont tous embarqués. On me reproche des jets de projectiles, un feu de poubelle. Je n’ai rien fait, mais le policier qui m’interrogeait m’a tellement mis la pression, il m’a dit que ça valait mieux pour moi que je dise que j’avais fait quelque chose. Alors j’ai fini par dire ça. »

La ministre condamnent « les casseurs »... mais de qui parle-t-on ?

 
Contre les critiques de la droite et de l’extrême-droite qui accusaient le gouvernement de « laxisme » face à la mobilisation lycéenne, Vallaud-Belkacem s’est défendue en affirmant que « des sanctions doivent tomber contre les casseurs ». Elle explique : « J’étais sur place dès le mardi pour discuter de la manière de mieux sécuriser les établissements (…) Et 55 casseurs ont été interpellés.  » La ministre avait donc, avant même le rendu de l’enquête, déjà décidé de la culpabilité des 55 interpellés.

Mais ce dont elle n’a pas parlé, et ce n’est pas étonnant venant d’une ministre ayant participé à la politique sécuritaire du gouvernement Hollande, c’est des violences policières dont ont été victimes les lycéens, ainsi que les étudiants venus en soutien. Face aux véritables « casseurs » que sont les politiciens de ce système et les policiers à leur service, soutenons la mobilisation lycéenne et revendiquons la libération immédiate de tous les manifestants !




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