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Saint-Denis : au moins 700 personnes à la rue après l’expulsion du camp de migrants de Porte de Paris

Le 17 novembre à l'aube, ce sont plus de 2500 personnes qui ont été expulsées du camp de migrants de Porte de Paris à Saint-Denis. Soit disant pour une « mise à l'abri ». Or ce sont au moins 700 personnes qui sont toujours à la rue, plus démunis que la veille, leur tente et leur matériel ayant été brûlé.

mercredi 18 novembre

Le 17 novembre à Saint-Denis, à partir de 4 heures du matin une opération d’évacuation de 2500 personnes, sous les ordres de la préfecture de Paris et du ministre de l’intérieur, a eu lieu pendant près de 11 heures.Une partie d’entre eux avaient sans doute du déjà dû faire face à des expulsions violentes. Au camp d’Aubervilliers, expulsé en juillet dernier, comme le note Médecin du Monde, se sont : « 2 000 personnes [qui] ont été évacuées d’un campement d’Aubervilliers [...] une partie d’entre elles s’est finalement installée encore plus en périphérie, au campement de Saint-Denis ».

C’est en effet la 66ème évacuation en Seine Saint-Denis, en seulement cinq ans. Et elle s’est déroulée une fois de plus sous le signe de la violence policière et le mépris des gestes sanitaires. En effet, les policiers ont multiplié les tirs de gaz lacrymogènes, les coups de matraques et ont mis en place une nasse durant plusieurs heures, sans accès à l’eau ni aux sanitaires et sans une distanciation sociale suffisante comme en témoigne les images de l’association Utopia 56.

L’objectif de cette évacuation était soit disant la « mise à l’abri » des migrants, tout du moins ceux en situation « régulière » selon les mots du préfet, avec la mise en place de plusieurs bus pour conduire les personnes vers des lieux d’accueil. La préfecture se félicite que « 3 000 personnes, dont 400 en famille, ont été prises en charge par les services de la préfecture de région d’Île-de-France, préfecture de Paris et se sont vues proposer une situation d’hébergement d’urgence. Ces personnes bénéficieront d’un diagnostic social, sanitaire et administratif ».

Or la réalité est tout autre. En effet, se sont au moins 700 personnes qui n’ont pas eu accès au bus et ont ensuite été violemment dispersé par les forces de l’ordre estimait Yann Manzi de l’association Utopie 56 auprès du Monde. Dans un communiqué pour dénoncer les mensonges de la préfecture et du ministère, l’association Solidarité migrants Wilson déclare dans le même sens : « Quand il a été avéré qu’il n’y aurait pas de place pour tous, les 500 à 1000 exilés restés sur place, ainsi que les associations que les accompagnaient, ont été nassés par la police au mépris de toutes mesure de distanciation physique. […] Les charges successives ont fini par disperser les exilés démunis, désorientés et choqués [...]. Beaucoup ont perdu leurs effets personnels ainsi que tous leurs papiers dans les charges successives. ».

Aucune solution de logement ne leur a été proposé et leur matériel a été détruit par les policiers. C’est donc dans la rue et dans le froid, isolés, et plus démunis encore que la veille, que des centaines de personnes ont passé la nuit après avoir été violemment chassé du camp par les forces de l’ordre. L’association Utopia56 va jusqu’à demander, à forte raison, la démission du ministre de l’intérieur et du préfet pour cette violente et scandaleuse expulsion.

Comme le disait Philippe du collectif Solidarité migrants Wilson au micro de Révolution Permanente : « Ces campements et ces évacuations, ce n’est pas un accident de la politique d’accueil, c’est la politique d’accueil de la France ». Loi Asile et Immigration qui a doublé le temps de détention administrative, interdictions à des associations non mandatées par l’Etat de distribuer de la nourriture à Calais, coups de matraques, passage à tabac et gaz lacrymogène : voilà les conditions d’accueil des migrants et migrantes. Les démantèlements successifs ont uniquement un but répressif et servent à éparpiller les personnes. Comme le rappelle les résultats d’un questionnaire réalisé par le Secours Catholique et Utopia 56 25 % des personnes qui vécu une évacuation n’ont pas de logement dès le soir même, et pour 45 % d’entre eux l’hébergement leur a été proposé pour une durée de un mois. Une situation d’autant plus que révoltante que rien que sur Paris 113.000 « biens immobiliers » sont considérés comme vides. Il est plus que jamais nécessaire d’exiger la réquisition de ces logements, pour que toutes et tous puissent avoir un logement digne. De la même manière il nous faut exiger la régularisation immédiate de tous les sans-papiers, sans distinction de statut.




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