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Politique

Macron face aux quartiers populaires

« Saint-Denis en colère y en a marre de la misère ». En campagne dans le 93, Macron ne fait pas illusion

A deux jours du second tour, Macron s’est rendu à Saint-Denis, ville populaire de Seine-Saint-Denis dont les habitants ont été en première ligne des attaques antisociales et racistes du président sortant. Une tentative avortée de se la jouer proche des quartiers populaires face à Marine Le Pen.

vendredi 22 avril

Crédit photo : Anthony Lebbos-BFM TV

Le lendemain de son ennuyeux débat face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron s’est rendu en milieu de journée à Saint-Denis, ville populaire la plus peuplée du département de Seine-Saint-Denis. L’objectif : renvoyer l’image d’un candidat sensible aux préoccupations des habitants des quartiers populaires. Un remake de sa visite lors de l’entre-deux tours de la présidentielle de 2017 à Sarcelles, autre ville emblématique de banlieue parisienne. Mais sur le parvis de la mairie de Saint-Denis ce jeudi, beaucoup n’étaient pas dupes.

Accueilli par le maire PS Mathieu Hanotin qui appelle à voter pour le président sortant, Macron s’est vite retrouvé en terrain hostile face aux slogans d’une partie des habitants de Saint-Denis venus interpeler le président. A coup de « Saint-Denis en colère y en a marre de la misère », le célèbre chant des gilets jaunes « On est là pour l’honneur des travailleurs » ou encore « c’est la politique antisociale qui fait le lit du Front National », une partie des habitants présents ont ainsi fait savoir au président-candidat qu’il était clair pour eux que ce dernier ne représentait pas une réelle alternative à Marine Le Pen et à son projet raciste et réactionnaire.

Rapidement dans la foule, un slogan « Soutien à Pasteur » est lancé par des professeurs de l’école Pasteur de Saint-Denis. Ces derniers sont en grève contre la répression que subissent 6 professeurs de l’école. Ces derniers sont menacés de mutation forcée suite à l’offensive d’un média d’extrême-droite contre ces professeurs qui ont mené des projets pédagogiques visant à favoriser l’égalité filles-garçons et qui sont engagés syndicalement. Le directeurs des services départementaux de l’éducation (DASEN) de Seine-Saint-Denis s’est engouffré dans cette offensive contre les professeurs et a annoncé des mutations sanctions. Face à cet acte inadmissible les parents d’élèves se sont mobilisés à leurs côtés et de nombreux soutiens se sont exprimés. Laurence, professeure attaquée par cette sanction est présente, interpelle Macron sur la situation et sur son bilan en terme d’éducation. Ce dernier répond par une cynique langue de bois.

Parmi les habitants dyonisiens interrogés par les journalistes, beaucoup ne cachent pas voir dans la présence de Macron 2 jours avant le second tour une manœuvre grossière et une instrumentalisation des quartiers populaires pour se légitimer face au repoussoir que représente Marine Le Pen et son programme dans les quartiers. En effet, comme à Sarcelles en 2017, Macron a fustigé chez Marine Le Pen « un projet qui divise » et de « discorde ». C’est sans oublier que lui-même a fait énormément de mal aux habitants d’une ville comme Saint-Denis durant son quinquennat, dont une grande partie se trouve en première ligne de la précarité, du chômage et de la casse des services publics d’éducation et de santé et que les politiques de guerre sociale de Macron n’ont fait qu’approfondir. Ils ont également été les premiers à faire les frais des offensives racistes et islamophobes du gouvernement avec la loi séparatisme qui stigmatise toujours plus les musulmanes et les musulmans.

Le slogan « c’est la politique antisociale qui fait le lit du Front National » lancé à Macron à Saint-Denis montre bien qu’une partie des habitants présents lors de sa venue ont conscience qu’après ces cinq années d’attaques en règle contre les classes populaires, Macron représente aujourd’hui bien plus un tremplin pour l’extrême droite qu’un véritable barrage.



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