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Retraite, Grand-Est

Saint-Dié des Vosges, l’exemple d’une lutte interprofessionnelle organisée pour et par la base

L’attention des médias grand public est essentiellement focalisée sur la région Parisienne depuis le début du mouvement massif de contestation contre la reforme des retraites DELEVOYE MACRON. Malgré une mobilisation exemplaire de la RATP, des cheminots et du personnel éducatif en Ile de France, le mouvement n’y est pas cloisonné et s’étend, heureusement, sur tout le territoire. Dans nos régions la mobilisation est très importante et la fameuse convergence se construit de jour en jour. Prenons l’exemple de Saint-Dié des Vosges, petite ville de 20 000 habitants.

mercredi 11 décembre 2019

Après la bataille du rail de l’année dernière, les cheminots Déodatiens sont de nouveau mobilisés, cette fois contre la reforme des retraites. Fort de leur expérience, ils sont convaincus que seuls ils ne gagneront pas. C’est pourquoi ils ont initié une assemblée générale interprofessionnelle dans leur gare le 5 décembre. Sans attendre un éventuel mot d’ordre syndical, ils ont rédigé un tract en ce sens. Plusieurs semaines avant le 5, ils sont donc allés à la rencontre d’autres salariés du public ou du privé avec très peu de moyens mais une détermination sans faille. Ce travail de l’ombre a alors reçu un écho très favorable auprès d’autres corporations, notamment chez les enseignants, les hospitaliers et les gilets jaunes du secteur. C’est grâce à cette notion du tous ensemble que ce projet d’AG interprofessionnelle a pris forme et s’est réalisé.

Le jour J c’est plus de 400 personnes de toutes horizons qui ont répondu à cet appel, la petite gare Vosgienne n’était pas assez grande pour accueillir tout ce monde. Les prises de parole diverses et variées concernant la reforme des retraites, mais aussi les conditions de travail ou les salaires démontrent un malaise général dans le monde du travail. Dans notre pays la situation des salariés devient de plus en plus insoutenable, c’est une réalité que beaucoup ont souhaité partager et qui explique aussi l’ampleur de la mobilisation. Un courrier à l’attention du président Macron a été rédigé et signé par les organisateurs de cette rencontre, et c’est un cortège de manifestants grévistes qui s’est rendu à la sous-préfecture pour remettre ce courrier à la sous préfète qui n’a eu d’autre choix que de recevoir une délégation dans son bureau. Il a été également décidé de provoquer une autre AG le lendemain devant l’hôpital de la ville.

Journée du 6 décembre : bilan du 5 et amplification de la suite

Le vendredi 6 décembre, c’est donc devant l’hôpital que s’est réunie une assemblée réduite en nombre mais très constructive. Voila le compte rendu de cette AG.
Etaient présents : des enseignants (SNFOLC, SUD) des hospitaliers (CFE-CGC, Acteur santé Saint-Dié) une délégation de gilets jaunes, des cheminots (SUD-Rail, CGT) des retraités, des salariés d’Enédis (CGT). Différentes interventions sont tout d’abord revenues sur le bilan très positif de la journée d’hier.

- assemblée générale et manifestation à Saint-Dié qui a réuni 400 personnes.
- dépôt de la lettre à Mme la sous préfète et entretien avec elle sur le contenu de cette lettre, sur le phénomène de paupérisation du bassin d’emplois de la Déodatie, sur la stratégie déplorable du gouvernement qui consiste à opposer les travailleurs entre eux et sur l’opacité du réel but de cette reforme des retraites.
- manifestation à Epinal 4000 personnes (chiffre officiel)
Les échanges ont ensuite eu comme objectif de donner des perspectives locales a ce mouvement. Après des prises de paroles très qualitatives de la part des différents intervenants présents, il a été décidé :
- De créer un comité de grève interprofessionnel sur Saint-Dié
- De mettre en place une liste de diffusion afin de communiquer plus facilement
- De reconduire la grève jusqu’à lundi
- D’organiser des AG dans chaque secteur d’activité lundi matin
- De rédiger et diffuser un tract commun pour un appel à un nouveau rassemblement le mardi 10 décembre sur le parking des bus du Lycée Jules Ferry à 10h.

A travers ce petit exemple de province, que nous trouvons très encourageant, nous constatons que lorsque les salariés réapprennent à se parler, échangent leurs différentes expériences, partagent leur envie de lutter, passent au dessus de leurs étiquettes syndicales en se respectant mutuellement, tendent vers une auto organisation : des choses inespérées peuvent voir le jour et mener vers une victoire contre la politique mortifère d’un gouvernement plus que jamais déconnectée de la réalité sociale du pays.
Il ne fait aucun doute que le mouvement de fond qui s’auto organise un peu partout en France est en train d’échapper progressivement au contrôle des directions syndicales (qui se retrouvent à courir derrière). Le gouvernement va se heurter à l’intransigeance des masses quant à la destruction de leurs acquis sociaux et peut-être même se voir confronté à leurs revendications légitimes qui dépassent largement le cadre des retraites.




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