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Notre classe

Grève pour les salaires

Saint-Etienne. Les ouvriers de la Comefor en grève reconductible pour une augmentation de 8%

Les grèves pour les salaires touchent de plus en plus d’entreprises. Cette semaine, c’est à la Comefor qu’une grève reconductible s’est lancée pour les augmentations de salaire.

mercredi 11 mai

Cela faisait dix ans qu’une grève n’avait pas troublé la Comefor, une petite entreprise de la banlieue de Saint-Étienne. Mais après deux rachats par des grands groupes, et des changements managériaux, la situation s’est dégradée de manière express pour la cinquantaine de salariés. L’entreprise, qui produit des pièces de mécaniques de précisions pour les secteurs de l’énergie et de l’armement, a été rachetée par ACIGroup, qui a racheté une vingtaine de sociétés en l’espace de trois ans. A grands coups de subventions publiques et de rachat de PME en crise, le nouveau groupe qui compte maintenant 800 salariés presse ceux-ci comme des citrons.

Après trois ans sans augmentations de salaires, et avec un nouveau management qui a fait exploser le mal-être des salariés et les situations de harcèlement moral, les dernières Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, mettant 99% des salariés en grève. Alors que les salariés demandaient une augmentation de 8% de leurs salaires pour faire face à l’inflation cumulée des dernières années, «  on a eu que du mépris  », regrette, amer, Samy Tabti, élu CGT sur le site. « Pour eux, les NAO c’est juste le patron qui impose ses conditions sans négociations. Ils proposent une augmentation de 1,5%, avec une charte sur les conditions de travail -ils sont obligés légalement de le faire- et ils veulent faire passer ça comme une avancée » dénonce-t-il.

Alors que la direction explique aux médias locaux que ces revendications sont « déraisonnables », Samy dénonce le deux poids deux mesures de la direction : « de leur côté, ils ont des aides de l’Etat à hauteur de 600 000 euros pour construire un nouveau bâtiment à 2,4 millions sur le site pendant que nous, les ouvriers, on a aucune aide. » Pire : alors que la grève s’organisait, « tous les interlocuteurs auxquels on avait affaire, ont été invités à Lyon au Groupama Stadium pour un conseil de direction. On nous dit qu’il n’y a pas de sous, nos dirigeants mangent en restaurant gastronomique avec la direction du groupe » dénonce le délégué syndical.

Face à ce mépris, la grève a éclaté sans prévenir : vendredi dernier, au lendemain des NAO, un piquet est installé devant l’entreprise. Après l’arrivée des salariés du deuxième shift, tous les salariés sont en grève -sauf un- et décident en Assemblée Générale de reconduire la grève. Depuis, tous les midis, la même décision est prise par l’AG : la reconduction est votée par les grévistes. Samy Tabti, qui nous confie aimer ce fonctionnement de « démocratie participative », est surtout fier de cette grève, qui «  a renoué des liens dans une entreprise qui n’en avait plus : 99% des effectifs sont en grève. Je n’ai jamais vu autant de solidarité. On crée des collectes chaque jour : on demande à tous les syndicats locaux, et les UL de nous aider, pour apporter à manger, à boire, pour aider à continuer la grève. Cette solidarité fait chaud au cœur » conclue-t-il.

Le but pour les grévistes est aujourd’hui de maintenir le mouvement grâce à l’élan de solidarité locale. Ils ont même décidé de faire, chaque jour, un « journal de lutte », au dos de leur tract revendicatif, pour informer, sur les marchés, les habitants de leur lutte. Alors que toute la population fait face aux mêmes problèmes des salaires grignotés par l’inflation, la revendication d’augmentation de 8% des salaires, semble, pour toutes celles et ceux qui ont pu discuter avec les grévistes, bien moins « déraisonnable » que pour la direction.

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