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Lutte de précaires

« Sans nous, ils ne sont rien » : première victoire des livreurs contre Uber Eats à Saint-Etienne

Dans la ville de Saint Etienne, les livreurs de l'entreprise de livraison Uber Eats ont remporté une victoire en décrochant une rémunération minimum après avoir fait grève deux dimanche à la suite.

lundi 28 décembre 2020

Crédits photo : Philippe Lopez/AFP

Dès le début du mois de décembre, plusieurs grèves éclairs avaient été lancées nationalement par des collectifs de livreurs des plates-formes de livraisons comme Uber-Eats, Deliveroo, etc. pour dénoncer des conditions de travail plus que précaires. Dans un communiqué de presse datant du 8 décembre publié sur la page Facebook du Collectif des livreurs autonomes parisien (CLAP) et relayé dans plusieurs villes de France, un appel à une « grève générale » des livreurs de Uber Eats, Deliveroo, Glovo et Stuart avait ainsi été lancé pour la journée du 13 décembre. Celui-ci contenait plusieurs revendications comme une hausse du prix minimum des livraisons, un minimum horaire garanti, la régulation des recrutements, la fin du système de notation ainsi qu’un protocole de déconnexion plus juste.

Communiqué de presse

Dimanche 13 décembre 2020

Manifestations et grèves des #LivreursEnColère partout en...

Publiée par CLAP sur Mardi 8 décembre 2020

Une victoire peut en appeler d’autres

L’appel du 13 décembre a été beaucoup suivi dans des villes comme Strasbourg ou Saint-Étienne où plusieurs dizaines de livreurs ont refusé des commandes, déclarant ainsi le début de la grève. Alors que certaines directions, comme celle de Strasbourg, ont opté pour une méthode des plus cyniques en mettant en place une « prime anti-grève », proposant aux livreurs qui ne feraient pas grève ce dimanche une augmentation de 3 euros sur leur taux horaire, les plateformes des deux villes précédemment citées ont perdu plusieurs dizaines de commandes en un après-midi.

Cette mobilisation a permis d’arracher à Uber Eats Saint-Étienne une augmentation du minimum horaire aux heures les plus chargées de la journée. Un article du Monde paru dimanche 21 décembre détaille les résultats des négociations : « Uber Eats s’est engagé à garantir, dès le 21 décembre, à Saint-Etienne, un minimum horaire de 10 euros pour les courses effectuées entre 11 h 30 et 13 h 30, et de 12 euros entre 19 heures et 21 heures, tous les jours de la semaine, à condition de réaliser deux courses minimum dans l’heure. »

Au micro de France bleu, Junior et Pierre ont exprimé leur fierté face à cette première victoire : « Ce qu’on a réussi à faire ici, la petite ville de Saint-Étienne qui arrive à faire plier Uber, c’est beau. On appelle toutes les villes de France à faire comme nous. Si tout le monde nous suit, c’est eux qui vont s’asseoir et discuter. »

Malgré le silence de Deliveroo ainsi que les difficultés à se mobiliser dans des secteurs du travail précaire comme celui des plateformes de livraisons où le risque de se faire « déconnecter », c’est à dire viré car privé de la possibilité de travailler pour la plateforme, est important, les livreurs n’entendent pas s’arrêter là et continuent à revendiquer un minimum de 4 euros 50 par course ainsi qu’une revalorisation de la prime de pluie. En effet, les livreurs stéphanois commencent déjà à organiser déjà de nouvelles grèves pour la rentrée. « Une action qui dure plus longtemps, plus forte, On est un petit maillon de la chaîne, mais un maillon essentiel » expliquent-ils très clairement.

Cette petite victoire pave ainsi la voie pour d’autres luttes contre l’extrême-précarité que subissent des travailleurs avec le même statut, sous couvert de la « liberté de l’auto-entrepreneur » vendue par les entreprises qui ont Uber comme modèle. Elle montre que même dans les secteurs les plus précaires la mobilisation est possible, et que seule celle-ci peut permettre d’arracher des concessions aux géants comme Uber.




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