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Politique

Salon de l’agriculture : Macron cherche à faire contre-feu médiatique pour faire oublier les Gilets Jaunes

En plein cœur de l'acte XV des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron s'est donc rendu au Salon de l'agriculture. Si Macron a choisi de se rendre au salon de l’Agriculture, spécialement ce samedi, c’est pour faire contre-feu médiatique contre les Gilets Jaunes.

samedi 23 février

Crédits photos : © LUDOVIC MARIN / AFP / POOL

C’est un moment crucial de l’année pour chaque président : on se souvient des sifflets l’an dernier (et de l’oeuf reçu sur la tête) qui ont accueilli Macron, ou encore du « Casse-toi pauvre con » de Sarkozy. C’est le passage obligé de tous les présidents et hommes politiques. Et parfois un point chaud. On se souvient ainsi des sifflets l’an dernier qui ont tonné au passage de Macron, et l’œuf envoyé en pleine tête, ou encore, plus lointain le « casse-toi pauvre con » de Sarkozy. En effet, bien qu’en déclin, l’agriculture reste un bastion économiques et politique de la France. Cet événement majeur de la vie politique française.

Et en plein cœur de l’acte XV, il s’agissait pour Macron de changer de registre tout en maintenant la posture d’écoute adoptée jusque-là. Et si pour le moment tout semble se dérouler sans accrocs pour Macron, qui peut dérouler son grand débat aux agriculteurs et paver la voie à sa campagne des européennes, il s’agit de rappeler que le Salon s’étend sur plusieurs jours, et en cela est loin d’être terminé.
Macron ne pouvait donc y manquer. De passage au Salon de l’agriculture, ce dernier en a profité pour se réligitimer en tant que président, maintenant la posture surjouée de président à l’écoute des difficultés de la France, cette fois le grand débat change de registre et se décline ai monde rural. Une façon non seulement de lancer sa campagne pour les européennes, mais aussi passer sous silence la mobilisation des Gilets Jaunes qui se poursuit avec plusieurs milliers de manifestants dans les grandes villes de France.

Macron à l’écoute du monde rural ? Une campagne politique

Le discours était empreint de pathos, à la fois larmoyant et aux relents carrément chauvins. S’adressant aux agriculteurs, Macron le sait bien, il s’agit de s’adresser à un électorat qui ne lui est pas acquis, de casser l’image de président des riches qui lui colle à la peau et faire preuve, dans cette séquence de Grand Débat, d’une posture d’écoute et d’empathie. Au cours de son discours qui s’est étiré sur près d’une heure, Macron a évoqué tantôt les difficultés quotidiennes des agriculteurs, évoquant les suicides qui frappent la profession.

Se gardant évidemment de dénoncer les marges faramineuses des groupes agro-alimentaires qui asphyxient les petits producteurs agricoles, et le règne de quelques grosses entreprises qui pillent le secteur de l’agriculture, Macron a détourné le problème pour avancer ses propres éléments de programme – en vue de couper l’herbe sous le pied à la droite, voire à l’extrême droite, pour les élections européennes, faisant vibrer la corde nationaliste en évoquant un « patriotisme agricole » , et une vision de l’Europe opposée aux « puissances agricoles » comme la Russie ou la Chine. »

Epaulé de son ministre de l’Agriculture, Macron a mené une véritable opération d’offensive démagogique en vue de reconquérir une partie de l’électorat agricole et du monde rural, se posant en défenseur de leurs intérêts de façon totalement hypocrite, Didier Guillaume, ministre de l’agriculture, promouvant une « positive agriculture », et faisant l’éloge de « l’alimentation française », jugée « la meilleure du monde », le Président exhortant les agriculteurs à devenir « « les premiers militants de la transition écologique. »

Ce qui ne peut manquer d’ironie. En effet, autre épine dans le pied de Macron : la question du glyphosate. Après l’abandon de son interdiction d’ici trois ans, pourtant une promesse du gouvernement, c’est le ministre de l’Agriculture qui a pris le relai pour justifier ce qui peut difficilement être pris pour autre chose qu’un mensonge pur et simple du gouvernement.

Enfin, n’étant plus à un argument démagogique près, Emmanuel Macron a même tenté de récupérer, grossièrement, la mobilisation de la jeunesse mobilisée pour le climat, déclarant que « c’est la même jeunesse qui se réunit pour nourrir l’Europe. » Alors qu’il s’agit bien d’une mobilisation qui dénonçant entre autres l’inaction du gouvernement sur les questions écologiques.

Pendant ce temps, l’acte XV continue partout en France

Si le Salon est un véritable tour de Frances des productions agricoles, il est un autre tour de France que Macron aimerait bien enterrer : il s’agit de celui des Gilets Jaunes – toujours aussi mobilisés et déterminés pour leur acte XV, notamment en régions.

A Toulouse, des Gilets Jaunes ont bloqué la plateforme d’Amazon à la veille de l’acte XV, Amazon étant connue pour effectuer une véritable traque aux Gilets Jaunes dans son entreprise, n’ayant pas hésité à licencier sans autre forme de procès des salariés qui ont pu afficher leur soutien au mouvement sur Facebook. Les Gilets Jaunes ont ainsi distribué des tracts qui affichaient « Amazon détruit les emplois et la planète », démontrant combien la question écologique, instrumentalisée par Macron au Salon de l’agriculture, est présente au sein des Gilets Jaunes.

Par ailleurs, dans d’autres villes comme Bordeaux, Lille, ou encore Clermont-Ferrand (où ont eu lieu douze interpellations), la mobilisation se poursuit, avec plus milliers de manifestants dans les cortèges.

A Montpellier, c’est un cortège mené par les étudiants mobilisés contre la hausse des frais d’inscription, composé de plus de 1500 personnes, qui défile en ce moment même.

A Paris aussi, le cortège, imposant, composé de milliers de manifestants, a subi un encadrement serré des forces de répression, la foule descendant actuellement les Champs-Elysées.

Que ce soit à Paris ou en régions, le président ne pourra pas en faire l’économie : derrières les postures et les tentatives de se reforger une stature et un crédit présidentiel, les Gilets Jaunes ne fléchissent pas




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