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Santé

Sandrine, gréviste à Sanofi : « Il faut sortir le médicament des logiques de marché »

La plupart des sites français du géant de l’industrie pharmaceutique Sanofi sont en grève, certains depuis bientôt deux semaines. Une mobilisation très combattive pour de meilleurs salaires, qui questionne aussi la gestion marchande de l'industrie pharmaceutique. Témoignage d'une gréviste de Montpellier.

Mathias Lecourbe

6 décembre 2022

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Photo : Révolution Permanente

Le site Sanofi de Montpellier, dédié à la recherche et au développement pour le géant de l’industrie pharmaceutique, est en grève depuis deux semaines, comme la plupart des sites Sanofi de France. Dans un contexte de forte inflation, les grévistes revendiquent des augmentations de salaire, mais dénoncent plus largement les effets désastreux des logiques marchandes dans l’industrie pharmaceutique. Sandrine, une gréviste explique : « On n’a pas l’habitude de se mobiliser sur les salaires mais il ne faut pas nous prendre pour des cons, ils font des milliards de profit sur le dos des patients, enfin des clients dit Sanofi, et là ils nous proposent 60€ d’augmentation net ! Il ne faut pas oublier qu’il y a de très petits salaires aussi chez Sanofi dans les usines. ». Une belle démonstration de solidarité des salariés de la recherche et développement avec les ouvriers du groupe. mais ils vont même plus loin.

Mais la dénonciation dépasse la question des salaires. Les salariés du site de Montpellier animent en effet le collectif Antisanofric qui dénonce les politiques de Sanofi, uniquement destinées à générer des profits au détriment de la recherche et des besoins de la population. Le collectif tient à jour depuis des années un document, la lutte Sanofi pour les nuls dans lequel ils dénoncent sans cesse les agissements cyniques du groupe pharmaceutique.

Depuis les suppressions de poste massives en 2010, jusqu’à l’échec du laboratoire à mettre au point un vaccin – ou un traitement curatif – contre le Covid-19, en passant par le scandale de la Dépakine, les profits monstres du groupe et sa proximité avec le pouvoir politique : tout est soigneusement consigné à charge du géant pharmaceutique.

Sandrine explique : « On dit que Sanofi est un laboratoire exemplaire, parce qu’à chaque fois qu’on veut dénoncer quelque chose dans l’industrie pharmaceutique, on trouve les meilleurs exemples chez Sanofi. C’est un des laboratoires qui rémunère le mieux ses actionnaires, le patron est un des mieux payés du CAC 40, il ne veut absolument pas reconnaître son rôle dans le scandale de la Dépakine qui cause des malformations et des troubles neuro-développementaux...

Sanofi revendique aussi de ne travailler que sur les médicaments les plus lucratifs. L’entreprise a arrếté de travailler sur tout ce qui est anti-infectieux, antibiotiques, antiviraux, anti-rétroviraux pour le VIH, anti-parasitaire pour le paludisme... Aujourd’hui on ne cherche plus à développer ce type de traitement. Par exemple, on ne cherche pas de traitement curatif du Covid-19 chez Sanofi. Quand l’OMS exhorte les chercheurs du monde entier à développer de nouveaux anti-biotiques pour lutter contre les souches de bactéries résistantes, les Big Pharmas ne travaillent pas dessus car cet antibiotique ne serait utilisé qu’en dernier recours, ce ne serait pas rentable ! On voit que le modèle capitaliste n’est pas adapté pour l’industrie pharmaceutique. »

Toujours pire, alors que les découvreurs de l’insuline ont fait don de leur découverte à l’humanité en renonçant à leur brevet, Sanofi n’hésite pas à spéculer sur les prix de l’insuline aux États-Unis, où ils atteignent des sommets. « Sanofi et deux autres laboratoires se sont entendus pour multiplier par 1000 les prix de l’insuline ces 20 dernières années, des jeunes se retrouvent sans couverture santé, se rationnent et parfois finissent par mourir d’une cétose ! »

 

Sandrine poursuit : « le nombre de pénuries de médicaments augmente de façon exponentielle depuis 10 ans. Cette pénurie n’est pas une fatalité mais résulte des choix stratégiques des géants pharmaceutiques, d’ailleurs elles ne touchent que les médicaments anciens, moins lucratifs ! Mais on ne fait qu’inciter fiscalement les entreprises, qui sont libres de choisir les axes de recherche à développer, alors que l’argent public les finance massivement, tout ça pour sortir quoi ? Rien, que dalle rien du tout ! Quand on voit la crise du Covid-19, ils n’ont rien trouvé parce que Sanofi n’avait plus les capacités, et Astrazeneca a récupéré un brevet issu de recherches de l’université d’Oxford !

Pareil pour les pénuries d’hormones pour les personnes trans, ce sont des médicaments anciens pour une population très minoritaire qui ne sont pas rentables. Il faut sortir le médicament des logiques de marché, au lieu de donner des crédits d’impôts aux Big Pharmas il faut les obliger à rechercher et à produire ce dont on a besoin. »

La question des salaires concerne l’ensemble des travailleuses et des travailleurs. Quand la direction de Total a préféré perdre en quelques semaines de grève plus que ce que lui auraient coûté les augmentations de salaires revendiquées, elle a montré à quel point le patronat est conscient qu’une victoire sur les salaires dans une entreprise est une victoire pour l’ensemble de notre classe. Mais la lutte des salariés de Sanofi pose aussi la question de la santé et des orientations de l’industrie pharmaceutique qui nous concernent toutes et tous, et ouvrent la voie à des revendications comme la mise de cette industrie essentielle sous le contrôle des travailleurs pour répondre effectivement aux besoins de la population, loin de logiques de profit meurtrières.


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