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Politique

Nos vies, pas leurs profits

Sans garanties sanitaires, le gouvernement opte pour le déconfinement à tout prix

Déconfinement le 11 mai. Une date plantée dans le décor, mais bien peu de certitudes et de grands risques sanitaires.

jeudi 23 avril

Après les dernières annonces officielles d’Emmanuel Macron, évoquant une sortie de confinement le 11 mai, de nombreuses pistes semblent avoir été envisagées pour déconfiner progressivement la population. Mais aucune de ces pistes n’apporte de garanties sanitaires sérieuses, en ce qui concerne les mesures de protection des salariés qui seront forcés de reprendre le travail. Les principales mesures du plan, qui sera précisé par le gouvernement en début de semaine prochaine, concernent essentiellement la question des transports, les disparités entre régions, et la réouverture des établissements scolaires.

D’après France Télévisions-], un ministre disait en début de semaine : « On peut alléger le déconfinement dans les départements où le virus circule peu ou pas, mais à la condition que les gens habitant dans les zones où le virus est présent ne viennent pas importer le virus. Il faut éviter qu’il y ait un brassage de population, donc un brassage du virus »

Une restriction des transports interrégionaux et des mesures qui varient en fonction des zones géographiques également préconisées par Jérôme Salomon : « Ce qu’il faudra éviter ce sont les transports interrégionaux et les échanges de population entre des zones massivement touchées et des zones peu touchées, (ou) c’est comme ça qu’on va réactiver la circulation du virus. […] C’est une attitude que l’on doit avoir lors du déconfinement, d’être très attentifs aux flux interrégionaux ».

Pour autant, et en dépit des renseignements obtenus par les journalistes de France Télévision, « il n’y aura pas de déconfinement par région » a décrété l’Elysée ce jeudi. En réalité, un déconfinement entraînerait presque à coup sûr une deuxième vague d’épidémie, avec son lot de malades en réanimation et de décès tragiques, à l’heure où les victimes du Covid-19 en France ont franchi la barre des 21000. Et le gouvernement est conscient des risques engendrés par un déconfinement : « L’objectif est que le système sanitaire soit en capacité de supporter le déconfinement mais aussi que les Français apprennent à vivre avec le virus », déclarait Sibeth Ndiaye mercredi.

Contraint de jouer les équilibristes, entre risque de voir l’épidémie repartir de plus belle et volonté de faire rouvrir l’ensemble des entreprises, le gouvernement prépare les esprits à la possibilité de plusieurs périodes de confinement successives. La stratégie de « stop and go » est revendiquée par Édouard Philippe à demi-mots : « Cela fait partie des hypothèses, notamment si des clusters se développent dans certains territoires ».

Mais au-delà du discours, et des pistes concernant les mesures de déconfinement qui se concentrent essentiellement sur la question des transports et des écoles, aucune mesure sérieuse n’est prise pour endiguer l’épidémie. L’impréparation totale de l’après 11 mai est source d’une angoisse grandissante chez les soignants.

La docteure Anne Gervais, interviewée par Révolution Permanente témoigne : « On a très peur du déconfinement. On a fait zéro travail épidémiologique par rapport à d’autres pays où on dépiste chaque personne susceptible d’avoir contracté le virus, on retrace les contacts de la personne, on les teste et les isole. Nous on ne l’a pas fait, on a retardé tout ce travail et ça va repartir. L’erreur absolue c’est de ne pas profiter du déconfinement actuel pour dépister massivement. [...] D’un point de vue scientifique c’est une aberration. On ne s’est pas donné les moyens pour le faire : ni les masques pour réduire la transmission pour la population, ni les tests pour dépister ; ni les hôtels réquisitionnés pour isoler, ni réquisitionner des industries du médicament pour les médicaments qui frôlent les ruptures de stock. C’est de l’incompétence gouvernementale. »

Alors quel est l’objectif avec ce déconfinement qui s’annonce brutal, impréparé et qui menace des milliers de vies humaines ? Il s’agit pour le gouvernement, à la botte du grand patronat, de faire repartir la production, dans l’objectif de combattre les effets économiques de la crise, au détriment de la santé et de la vie des travailleurs. A l’heure où plus de la moitié de la population estime que les entreprises non essentielles doivent être fermées, et où 85 % des sondés affirment qu’un budget plus important devrait être alloué au secteur de la santé, la principale préoccupation du gouvernement concerne les profits du patronat.

Une logique qui transparaît clairement à travers le « plan d’urgence économique », chiffré à 110 milliards, dont une bonne partie sert à financer le chômage partiel et à préserver les profits des « entreprises stratégiques ». Un cadeau au patronat qui se couple à des mesures de déconfinement afin de renvoyer les salariés au travail le plus rapidement possible et dans les pires conditions sanitaires.

C’est également le sens des déclarations, à l’instar de Valérie Pécresse ou du PDG de la SNCF, qui exigent que le port du masque soit rendu obligatoire dans les transports… pour pouvoir les remplir à saturation sans respecter les distances de sécurité, afin de renvoyer les travailleurs dans les entreprises.

Face à l’irresponsabilité du gouvernement, et aux risques sanitaires qu’implique un déconfinement aussi peu préparé en termes sanitaires, il est urgent de revendiquer des campagnes massives de tests, pour tout le monde, de s’assurer que l’ensemble des conditions de sécurité sanitaire soient respectées dans l’ensemble des entreprises et des lieux qui vont rouvrir, sous contrôle des salariés, et le matériel médical et les investissements publics doivent revenir en priorité au secteur de la santé, et non au patronat qui veut relancer la production à tout prix, aussi peu essentielle soit-elle.




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