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Politique

Val d'Oise

Sarcelles. 6 profs manquants au groupe scolaire Jean Jaurès, les parents s’organisent

Le manque d’enseignants dans les établissements scolaires a marqué la semaine de la rentrée des classes. A Sarcelles, élèves, parents et personnels de l’éducation ont dû improviser une rentrée malgré l’absence de six enseignants au groupe scolaire Jean Jaurès.

dimanche 4 septembre

« Le ministre s’en est vanté tous les jours : « vous aurez des profs », on est le premier septembre il n’y a personne ! » s’indigne un parent devant l’entrée du groupe scolaire Jean Jaurès à Sarcelles ce jeudi 1er septembre. Il vient de découvrir, comme l’ensemble des parents et élèves présents ce matin pour la rentrée des classes, qu’il manque six enseignants sur les listes de rentrée. Face à eux, les personnels sont eux-mêmes pris au dépourvu, et vont devoir assurer au mieux l’accueil de l’ensemble des élèves.

Les personnels et les parents se sont mis en ordre de bataille jeudi et vendredi pour trouver des solutions pour les classes impactées. Ces parents, qui travaillent pour la grande majorité, ont donc été obligés de rester à l’école afin de chercher à avoir une réponse de l’académie dans les plus brefs délais. En attendant, les personnels ont vu arriver quelques remplaçants, envoyés à la dernière minute, projetés dans une école où ils ne connaissent personne et où ils ne reviendront pas lundi. De leur côté, les aesh (accompagnants d’élèves en situation d’handicap) se sont retrouvées à remplacer au pied levé une enseignante. Une situation qui conduit donc à une grande maltraitance envers les personnels, les remplaçants, les parents et les élèves.

La maltraitance institutionnelle n’a pas tardé à entrainer énormément de détresse et de colère. « Nous sommes en colère aujourd’hui, c’est inadmissible qu’il n’y ait pas d’enseignants. Nous n’avons plus de moyens, ce n’est plus possible ! » s’énerve un parent. Une parente d’élève s’inquiète elle aussi : « Il y a un danger pour nos enfants parce que ça aura un impact sur leur apprentissage tout au long de leur parcours scolaire. On veut le meilleur pour nos enfants mais en face on nous abandonne, on nous méprise ».

Le sentiment d’injustice est fort. Les parents et les enseignants sont conscients qu’ils subissent une inégalité de traitement par rapport à d’autres établissements situés dans d’autres zones. Une maman d’élève décrit avec émotion cette situation : « On a beau nous dire que dans les zones soi-disant prioritaires nous sommes plus dotés mais sur le terrain ça ne se voit pas du tout tellement les difficultés sont grandes, tous les postes d’aide sont réduits ou partagés entre plusieurs écoles comme la psychologue, le poste d’aide aux enfants non francophones ou l’infirmière. Le médecin scolaire chez nous il n’y en a pas ! Pour avoir des soins on n’a pas les moyens, pour consulter un orthophoniste c’est deux ans d’attente… Depuis des années il manque des personnes pour accompagner les enfants en situation de handicap…Et maintenant même des profs on n’en a pas ? Quel avenir offrons-nous aux enfants, qu’ont -ils fait ? ».

La situation en cette rentrée à Sarcelles ainsi que dans de nombreux autres établissements en région parisienne et dans d’autres régions, est ainsi le reflet de l’état critique de l’éducation publique. Une situation à laquelle le gouvernement répond par plus de maltraitance en embauchant des contractuels sous-payés et mal formés, alors qu’il faudrait une refonte d’ensemble du système éducatif avec des augmentations de salaires ou encore des moyens pour les infrastructures, pour une éducation réellement gratuite et accessibles à tous et toutes.

Vendredi soir les parents d’élèves et les enseignants se sont réunis pour s’organiser et chercher à obtenir des réponses de l’inspection et de l’académie. Les 6 professeurs n’ont toujours pas été nommés malgré les nombreuses relances.

En sortant de la réunion, un père d’élève s’indigne « C’est inégal, c’est inadmissible, c’est injuste ! Ce n’est pas parce que nous habitons ici et d’autres ailleurs que nous ne devons pas avoir les même droits pour nos enfants ! Quand il y a du négatif il y a tous les médias, quand ce sont nous les victimes il n’y a personne ! On nous a vendu du rêve pendant les élections, on vient nous voir dans les quartiers, on sonne chez nous même ! Pour envoyer de l’argent dans le budget de l’armée, là on sort des milliards qui sortent, mais pour l’éducation rien ! On espère que les lignes vont bouger, nous sommes déjà dans des quartiers précaires et on enfonce nos enfants ! »

Un autre renchérit : « Ils ne savent faire que des radars et des commissariats, pendant le confinement quand on crevait dans nos appartements il y avait du monde pour arrêter et verbaliser ! Vous ne vous rendez pas compte de ce qu’était cet été, tous les gosses qui traînent dehors au quartier ou devant la télé parce qu’il n’y a rien d autre, parce qu’ici on n’a pas les moyens de partir, ou de payer des activités pour nos enfants, avec l’inflation la misère qui était déjà grande est devenue énorme, on n’arrive même pas à acheter des bouteilles d’huile pour faire à manger ! Et maintenant c’est la rentrée et il n’y a pas de nom sur les listes des classes ils ne comprennent pas, personne n’y croit ! Macron, Pap Ndiaye vous nous insultez, vous nous méprisez ! Leurs enfants eux sont où ? Dans des écoles privées ! »

Les parents seront présents à la première heure lundi 5 septembre devant l’établissement, et comptent bien y rester tant qu’il n’y aura pas une équipe pédagogique au complet. Ils ne seront pas seuls ce lundi à exprimer leur mécontentement. En effet, plusieurs établissements qui font face à la même situation de crise ont décidé de se mettre en grève dès aujourd’hui contre la casse de l’école publique.



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