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Politique

Sarkozy jugé pour « corruption », l’arbre qui cache une véritable tradition de la Ve république

D’ici quelques jours (après examen médical d’un des prévenus) s’ouvrira le premier procès devant le tribunal correctionnel impliquant un ancien chef de l’Etat sous la Ve République. L’affaire des écoutes, ricochet judiciaire de celle dite des financements libyens de la campagne de 2007, n’est que la partie visible d’un ensemble de pratiques illégales érigées en véritable tradition sous la Ve République.

mardi 24 novembre 2020

Crédits photos : REUTERS - CHARLES PLATIAU

Retour sur les faits

L’affaire des écoutes met en cause Nicolas Sarkozy, son avocat et ami Thierry Herzog et l’ancien haut magistrat Gilbert Azibert. L’ancien président est accusé de corruption et trafic d’influence pour avoir tenté d’obtenir auprès de Gilbert Azibert, alors magistrat à la cour de cassation, des informations confidentielles à propos d’une autre affaire en cours. Nicolas Sarkozy aurait notamment proposé au magistrat d’intercéder en sa faveur pour lui obtenir un poste de prestige à Monaco en échange de ces informations classées.

Cette affaire est le ricochet judiciaire de celle des financements illégaux de la campagne présidentielle de 2007 par la famille du dictateur libyen Mouammar Kadhafi. C’est dans le cadre de cette enquête que les enquêteurs ont notamment découvert que Sarkozy et son avocat Thierry Herzog communiquaient via des téléphones « secrets » enregistrés sous des noms d’emprunts.

Derrière l’affaire des écoutes, le vrai visage du Sarkozysme

Cette affaire dans l’affaire révèle en creux le caractère fondamentalement trouble du Sarkozysme. L’ancien patron de l’UMP est ou a été impliqué dans pas moins de 10 affaires de 1995 à 2012. La liste dressée par Olivier Laffargue pour le journal Le Monde https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/03/21/les-dix-affaires-dans-lesquelles-nicolas-sarkozy-est-cite-ou-mis-en-cause_5274274_4355770.html est édifiante. De « l’affaire Karachi » et des « hélicoptères du Kazakhstan » impliquant des rétro-commissions illégales sur des contrats d’armement, aux affaires crapuleuses du type « Bettencourt » ou « Tapie » en passant par les financements illégaux des campagnes de 2007 (financements libyens) et 2012 (Bygmalion), l’ère Sarkozy aura été copieusement alimentée par ce genre de pratiques qui n’ont plus rien de l’exception.

De plus, les affaires ont révélé le népotisme caractéristique des années Sarko, et la nomination à des postes clés dans la justice, la police et la haute administration, d’amis de l’ancien président. Côté police, son réseau très étoffé remonte aux années passées place Beauvau. Proche de Michel Gaudin, préfet de police de Paris (2007-2012), de Christian Flaesch, patron de la PJ parisienne et de Bernard Squarcini, directeur central de la sécurité intérieure, Nicolas Sarkozy bénéficie de nombreux soutiens qui interrogent sur l’indépendance des institutions. Côté justice, les nominations de Patrick Ouart comme superviseur de la chancellerie, de Philippe Courroye à la tête du parquet de Nanterre où sont traitées notamment des affaires politiques et financières, ou encore de Jean-Claude Magendie en qualité de président de la cour d’appel de Paris posent là aussi un certain nombre de questions.

Une ère Sarkozy dans la continuité des années Chirac

Le système politique semi-mafieux de Nicolas Sarkozy, quoique particulièrement sophistiqué, n’est pourtant pas un accident du cours de l’histoire de la Ve République. Enfant légitime du RPR de Chirac, l’UMP s’inscrit dans la stricte continuité d’un ensemble de pratique illégales qui font système. L’ouvrage intitulé Histoire de la corruption sous la Ve république dirigé par Jean Garrigues http://www.informaction.info/sites/default/files/pdfLivres/histoire-de-la-corruption-sous-la-5e-republique.pdf dresse le tableau de mandats de Chirac « cernés par les scandales de financiers ».

L’ouvrage revient également sur les relations étroites qu’entretient Sarkozy, véritable militant décomplexé de la cause patronale, avec les dirigeants du grand capital dont certains, comme Vivendi et Bouygues, sont des clients directs. Bernard Tapie, qui sera au centre d’une affaire de favoritisme impliquant Lagarde et Sarkozy, aurait ainsi été reçu « pas moins de cinquante fois à l’Élysée durant le quinquennat, dont douze par [le président] ».

Sa grande proximité avec le milieu des affaires et des grands patrons est la clé de voûte d’un système politique crapuleux qui a longtemps été l’instrument du grand capital pour la défense de ses intérêts. Il faut en finir avec l’impunité traditionnelle des anciens chefs de l’Etat pour qui la justice n’est jamais expéditive. Toutefois, que Sarkozy soit ou non condamné et ses réseaux progressivement démantelés ne changera pas le caractère fondamentalement opaque et hostile aux travailleurs du système cinquième-républicain.




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