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Scandale. Chez Michelin, des masques pour faire du profit plutôt que pour sauver des vies

Alors que le nombre de contaminés par le Covid-19 bat des records ces derniers jours, Michelin cherche à imposer la reprise du travail dans plusieurs de ses usines. Donner des masques aux ouvriers pour faire du profit plutôt qu'aux soignants pour sauver des vies, voilà la politique de la direction de l'entreprise !

samedi 4 avril

« Le monde ne peut pas rester confiné » déclarait Florent Menegaud, PDG de Michelin, dans un entretien accordé au journal Le Monde. Le groupe, qui possède 69 usines à travers le monde, annonçait la fermeture de ses usines en Europe dès le 16 mars, en raison de la propagation de la pandémie. Mais les 15 jours de fermetures étant écoulés, la direction a annoncé dès le lundi 30 mars une reprise partielle de la production dans plusieurs entreprises, alors que la France enregistre cette semaine des records en terme de nombres de décès.

Cette semaine, trois usines françaises étaient concernées : l’usine de Blavozy (Haute-Loire) spécialisée dans le génie-civil, l’usine de Troyes (Aube), spécialisée elle dans les pneus agricoles, et l’atelier de la Combaude à Clermont-Ferrand, qui fabrique des moules à cuisson pour les usines du groupe. Cette reprise, justifiée par la nécessité de « répondre aux besoins essentiels de la population », bien que pour l’instant partielle puisqu’elle concerne moins de 10% des effectifs, est destinée à s’élargir. Ayant repris également la production graduellement en Italie et en Allemagne, l’objectif en France est de ré-ouvrir deux autres usines dès la semaine prochaine.

Pour ce faire, le groupe se vante que les mesures sanitaires prises pour assurer la reprise sont « parfois même supérieures » aux recommandations nationales : une distance de deux mètres entre les salariés, des mesures de température à l’entrée du site, et des masques pour ceux qui ne peuvent appliquer des mesures de distanciation. Alors que le personnel soignant manque cruellement de matériel, celui-ci est fourni aux ouvriers pour les forcer à reprendre le travail et à mettre leurs vies en danger, pour alimenter les profits faramineux du groupe Michelin.

Le PDG insiste en plus sur le fait qu’il n’enverra pas au travail des personnes anxieuses ou angoissées, et que celles qui ne souhaitent pas reprendre le travail ne seront pas obligées de le faire. Certes, mais jusqu’ici, Michelin s’est bien gardé de garantir le chômage partiel à ses ouvriers, pour qui l’utilisation des congés payés a été imposée par la direction pendant la fermeture, comme l’autorisent les nouvelles mesures de la loi d’urgence sanitaire. La direction, dont le chiffre d’affaires s’élevait à 24 milliards en 2019, affiche fièrement avoir recours aux « mesures internes de solidarité », qu’on peut traduire par l’utilisation des droits des travailleurs, alors que leurs bénéfices auraient largement pu couvrir l’arrêt de la production.

La CGT Michelin Blavozy dénonçait en effet dans un communiqué : « Pour les usines en arrêt, la direction a imposé unilatéralement deux semaines -dont la 5ème semaine- de congés payés et des jours de RTT, de CET, de récupération ou autre », tandis que la CGT Michelin Troyes écrivait « Michelin nous vole 10 jours de congés, voire plus pour certains ».

Les syndicats des entreprises concernées par la reprise ont affirmé leur opposition à la réouverture des entreprises, déclarant que « le rappel de salariés, alors même que les spécialistes annoncent le pic de la pandémie mortelle pour ce week-end et la semaine à venir, c’est bien l’objectif business qui prend le dessus, et les travailleurs qui se retrouvent en première ligne. » et revendiquant la fermeture de toutes les activités en France, car la production de pneus n’est pas essentielle dans les circonstances actuelles.

L’attitude de Michelin est en effet criminelle : déjà que certains sites, qui produisent du matériel militaire, n’ont pas fermé pendant les 15 derniers jours, représentant déjà un scandale sanitaire en soit, la reprise de l’activité dans les entreprises met en péril la vie des salariés, envoyés au charbon pour que le groupe maintienne ses profits. Alors que le groupe justifie cette reprise comme « étant essentielle », jouant sur l’argument de soutenir le secteur agricole mis lui aussi en difficulté par la crise, exigeons la transparence au niveau des stocks, car il est difficile de croire que le second fabricant mondial de pneumatique se retrouve en pénurie.

Le cas de Michelin montre très bien que malgré l’image « sociale et protectrice » que cherche à se donner la direction, celle-ci n’hésite pas à renvoyer ses salariés risquer leurs vies, tout en utilisant leurs congés payés et leur RTT pour ne pas à avoir payer le chômage partiel. Alors que le nombre de cas contaminés continue de grandir, exigeons la fermeture des usines non-essentielles, qui participent à la propagation de la pandémie, mais également la rémunération maintenue à 100 % en chômage partiel, car nous ne paierons pas la crise des capitalistes !

Crédits photo : AFP




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